La bataille Napoléon fait toujours rage. Celui que ni les royalistes ni les républicains n'ont réussi à faire disparaître de notre mémoire et de nos places sera-t-il effacé du paysage de nos villes par la vague woke et la mode de la repentance ? Depuis un an, la polémique s'est cristallisée autour de la statue de l'Empereur située sur la place Charles-de-Gaulle de Rouen. Le 31 octobre, le candidat à la primaire Éric Ciotti s'indignait, dans un tweet, de la volonté du maire PS de « déboulonner » cette statue : « À Rouen, la mairie de gauche retire la statue de Napoléon installée depuis 1865. Le wokisme et la déconstruction de notre identité en action. Je dis stop aux déconstructeurs et aux déboulonneurs. » Il proposait même de la récupérer pour l’installer dans son département des Alpes-Maritimes.

Le maire mis en cause a réagi le lendemain, dans l'arène Twitter : « Cher Monsieur Éric Ciotti, vous êtes surtout le candidat du mensonge. La statue n’a pas été "retirée", au contraire. Rouen dépense 200.000 euros d’argent public pour la restaurer. Que vous soyez aux abois pour grappiller trois voix ne vous autorise pas à dire n’importe quoi. » Et la presse de gauche (Le HuffPost) en a profité pour prendre Éric Ciotti en flagrant délit de « mensonge ». Ces traqueurs impitoyables d'inexactitudes devraient être moins péremptoires, bien obligés qu'ils sont de reconnaître que Nicolas Mayer-Rossignol - le maire PS de Rouen - a bien le projet de déplacer la statue : « Toutefois, il est vrai que la statue de Napoléon fait partie du débat public rouennais depuis plus d’un an. En effet, dans le cadre de la féminisation de l’espace public décidée en 2020, l’empereur des Français pourrait être remplacé par une figure féminine et déplacé ailleurs dans la ville », rapporte le site 76Actu. Si ce n'est pas du « wokisme »... Et Gisèle Halimi fait partie des noms cités.

Ce « déplacement » (tiens, pourquoi ne pas aussi parler de « remplacement » ?) suscite une forte mobilisation des milieux conservateurs, notamment du syndicat étudiant UNI, et plusieurs pétitions circulent pour s’opposer à projet. Une votation citoyenne a même débuté le 22 octobre, selon LCI.

Alors que Napoléon semble en mauvaise posture sur la Seine, une contre-offensive inattendue est venue du sud-ouest de la France, région peu suspecte d'enthousiasmes bonapartistes, contrairement au département de M. Ciotti. Et plus particulièrement de Montauban, préfecture du Tarn-et-Garonne, jadis bastion du radical-socialisme, aujourd'hui terreau d'une droite populaire qui a donné, avec Moissac, sa première ville du Sud-Ouest au RN.

Ce jeudi 4 novembre, donc, une sculpture d’un mètre de haut a été officiellement inaugurée, jour de la création du département de Tarn-et-Garonne par l’Empereur, devant plus de 300 personnes, comme le rapporte La Dépêche. Pour Philippe Bon, président de la Société des membres de la Légion d’honneur 82 à l'origine du projet, cité par le journal, c'est un moyen de « réparer un oubli de l’histoire locale, en rappelant le rôle majeur qu’a joué Napoléon dans la création de notre département ». Il n'a pas hésité à faire allusion à la polémique rouennaise : « Alors que déboulonner les statues de personnages célèbres est aujourd’hui un signe de déculturation à la mode, la municipalité a fait un choix courageux avec cette inauguration. » Le maire de Montauban, Axel de Labriolle, présent avec d'autres élus, a lui aussi pris ses distances avec la polémique : « Ceci n’est ni une commémoration ni une réunion à caractère politique. Il s’agit d’une inauguration qui doit être l’occasion de revisiter notre passé national dans un esprit apaisé, sans polémique inutile autant qu’artificielle. »

Cette inauguration a le mérite d'attirer l'attention sur l'apport décisif de Napoléon à l'organisation administrative française après la création des départements par la Révolution en 1790. À l'heure où cela n'est plus vraiment enseigné à l'école, il n'est pas inutile de rappeler que c'est lui qui institua les préfets. Le Tarn-et-Garonne fut l'un des derniers créés, en novembre 1808, à partir de morceaux du Lot, de la Haute-Garonne, du Lot-et-Garonne, du Gers et de l'Aveyron, à la demande de notables montalbanais. Deux siècles après, ils ont l'élégance de s'en souvenir.

Ainsi Montauban devient-elle la première ville du Sud-Ouest à se parer d'une statue de Napoléon. De quoi donner des idées à d'autres qui doivent bien avoir une dette envers lui, si elles cherchent bien ? En tout cas, avec Le Vœu de Louis XIII dans la cathédrale (actuellement fermée pour restauration) et le magnifique musée Ingres-Bourdelle rénové qui avait fait, cet été, le pari d'une belle exposition sur "Ferdinand Philipe d'Orléans (1810-1842), Images d'un prince idéal", pas très woke mais originale et instructive, Montauban célèbre toutes ses gloires. Et Montauban a bien raison.

 

6 novembre 2021

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