Il y a 80 ans, de Gaulle prononce le discours de Bayeux
Le discours prononcé le 16 juin 1946 par le général de Gaulle à Bayeux reste le plus célèbre, car il conserve encore aujourd'hui son caractère fondateur de ce qui deviendra notre Constitution de 1958.
Il convient de resituer cette allocution dans l'atmosphère troublée de l'époque. Le 21 octobre 1945, les électeurs ont décidé d'enterrer la IIIe République et d'élire une Assemblée constituante. Cette assemblée, majoritairement composée de communistes et de socialistes, avec une forte minorité de démocrates chrétiens du Mouvement républicain populaire (MRP), se réunit le 6 novembre 1945. Elle entre rapidement en conflit avec le Général qui présidait le gouvernement provisoire et qui démissionne le 20 janvier 1946. En effet, la gauche veut doter le pays d'une Constitution totalement vouée au régime des partis, avec une Assemblée unique qui élirait à la fois le chef de l’État, le président du Conseil (le Premier ministre) et les ministres… rien que ça ! De plus, le préambule du projet ainsi que la force du Parti communiste révèlent des visées collectivistes, ce qui amène le MRP, suivi en cela par la majorité des électeurs, à voter contre son adoption lors du référendum du 5 mai 1946.
D'où l'élection, le 2 juin 1946, d'une seconde Constituante avec un renforcement des droites et du MRP. C'est pour infléchir les débats que de Gaulle prend la parole à Bayeux, le 16 juin. Le choix du lieu n'est pas le fait du hasard : cette sous-préfecture était la première visitée lors de son débarquement, le 14 juin 1944. C'est donc là que le Général s'était fait acclamer et qu'il avait réinstallé l’État.
Le fabuleux destin du discours
En relisant les journaux de l'époque, on constate que le discours n'a suscité que peu d'échos. La presse s'intéresse surtout à une fraude au baccalauréat, à la traque du grand mufti de Jérusalem ainsi qu'à l'augmentation de la ration de vin qui sera désormais portée à trois litres par mois et par personne ! L'intervention du Général est surtout commentée du fait de l'excellent accueil qui lui a été réservé… en Grande-Bretagne !
Finalement, la Constitution de 1946 sera adoptée de justesse, le 13 octobre 1946, par seulement 36 % des électeurs inscrits… un très mauvais présage. Elle débouche sur un parlementarisme exacerbé, inféodé au régime des partis, déstabilisé par leurs combinaisons d'appareil et qui sera emporté par le problème de la décolonisation.
C'est donc très naturellement qu'en 1958, les Français se tournent vers le général de Gaulle, dont le discours du 4 septembre 1958 reprend très exactement les principes posés à Bayeux, douze années plus tôt : un exécutif fort, tenant sa légitimité d'un Président arbitre au-dessus des partis, qui préside le Conseil des ministres, prend les décrets, promulgue les lois et garantit le respect de notre intégrité territoriale et de nos engagements internationaux.
On notera, cependant, que le discours de 1946 n'annonçait pas clairement le recours au référendum. Pas plus qu'il ne prévoyait l'élection du chef de l’État au suffrage universel : cette désignation était simplement retirée aux députés.
Mais inversement, il est dans l'analyse gaullienne de la société française des remarques qui n'ont pas pris une ride : « Tant de secousses ont accumulé dans notre vie publique des poisons dont s'intoxique notre vieille propension gauloise aux divisions et aux querelles… parce que tout se tient dans le malheur d'un peuple. »
Tout est dit.
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4 commentaires
Oui « tout se tient dans le mahuur d’un peuple » et ça le mytheux l’a bien compris dès 1981… et a été suivi depuis.
Faux , ce ne sont pas les français qui ont remis au pouvoir de Gaulle en1958 , mais l’armée française. La même armée qu’il a ensuite trahi …la même armée dont il a fait fusillés des membres …
C’est bien d’affirmer certaines choses mais elles ont de la valeur en donnant des infos précises ce qui n’est pas le cas donc un coup d’épée dans l’eau dommage
Quand on voit ce que les successeurs du Général ont fait de la Constitution de 58 …. : retour au régime des partis, gouvernement par des démagogues en utilisant toutefois toutes les possibilités que donne la Constitution de se maintenir au pouvoir et de nommer des affidés à différents postes de pouvoir pour continuer à gouverner en utilisant le pouvoir de « l’état profond ». Autrement dit, en trahissant sans vergogne, si ce n’est la lettre, du moins l’esprit. Et on n’évoquera pas les abandons de souveraineté multiples et variés qui ont fait de la France une province du grand ensemble européen.