Editoriaux - Religion - Société - Tribune - 28 décembre 2019

Les actes de baptême désormais conformes à la norme Taubira ?

L’Homme nouveau attire l’attention de ses lecteurs sur une novation suggérée, le 13 décembre, aux diocèses par la conférence des évêques de France sous la plume de son président pour les questions canoniques, Mgr Joseph de Metz-Noblat, évêque de Langres. Sur l’acte de baptême, l’état civil du baptisé qui était formulé ainsi : « Fils – fille – de… et de… domiciliés », sera reformulé ainsi : « Noms et prénoms des parents ou des autres titulaires de l’autorité parentale ». Ceci afin d’éviter que l’Église ne soit attaquée en discrimination par des parents en couple homosexuel dont l’un serait géniteur et l’autre adoptant.

Qu’il faille réfléchir à la question qui se posera un jour est évident. L’essentiel est bien entendu, du point de vue chrétien, de conférer le sacrement du baptême quelle que soit la situation de l’enfant, que son état civil soit conforme à la réalité de son engendrement ou non. Dans ce non, il y a des situations connues ou inconnues qui n’ont pas gêné l’Église jusqu’à présent : enfant d’une mère célibataire, enfant conçu lors d’un adultère, enfant né d’une procréation médicalement assistée avec don de gamètes, enfant adopté… Comme l’indique fort justement L’Homme nouveau, une mention même fausse ou incomplète dans un registre n’emporte aucun jugement moral sur ceux qui demandent ce sacrement.

La cour d’appel de Caen a statué, en 2016, dans l’affaire du débaptisé de Coutances. L’Église reste bien maîtresse de ses registres. Si elle mentionne effectivement qu’une personne a bien renié son baptême, rien ne l’oblige à se plier aux caprices de ceux qui voudraient, par exemple, effacer des registres la trace de ce dont ils témoignent.

Le risque de voir un couple homosexuel demander un baptême pour ensuite se plaindre de la rédaction de l’acte qui en témoigne n’est pas nul. Que l’Église soit réticente à subir de nouveaux assauts judiciaires et médiatiques est compréhensible. Son travail n’est pas de défendre ses intérêts à la barre ou dans les médias dans un monde en déchristianisation, mais de sauver des âmes en témoignant de la vérité, et en baptisant.

Mais les capitulations en rase campagne alors que le ban de l’armée d’en face n’a pas encore été publié semblent témoigner d’une prudence, certes une vertu cardinale, excessive et bien inopportune. En effet, en ces temps de mobilisation contre une nouvelle dérive sociétale, le projet de loi de bioéthique profondément incompatible avec la vision anthropologique de l’Église catholique, est-il pertinent d’entériner en douce dans ses formulaires administratifs la dérive précédente qui ne date que de six ans ? « Dieu se rit de ceux qui chérissent les causes dont ils déplorent les effets », écrivait Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, et L’Ecclésiaste, en 3, 8, parle d’« un temps pour la guerre et un temps pour la paix ». Une paix munichoise ?

Il n’est pas dans mon habitude de critiquer ouvertement l’Église et le discours de ses prélats. Des prélats et des clercs sont parmi les rares de qui j’accepte l’argument d’autorité. Il est bien sûr possible, et même souhaitable, que de très bonnes raisons justifient d’un tel changement. Que ma réflexion ne m’ait pas permis de les identifier seul n’emporte de jugement que sur la faiblesse de mon intelligence et de mon travail. Mais pourquoi ces bonnes raisons, si elles existent, ne sont-elles pas ouvertement expliquées coram populo, et quand le seront-elles ?

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