Il faut dénoncer, vitupérer, condamner, ruer dans les brancards, n’avoir pas peur d’être traité de tous les noms ! Les insultes importent peu mais il ne faut surtout pas, par une lâche complaisance, s’habituer.

S’habituer, ce serait valider l’ignoble, légitimer le pire ! Il ne convient pas de laisser ce pouvoir en repos qui semble indifférent à ces scandales quasiment quotidiens. Il est vrai qu’il ne s’agit que de la religion chrétienne et des ! Il a tant d’autres chats à fouetter, tant d’autres grévistes à mater !

En l’espace de dix jours, trois vandalisations de la crèche ont été perpétrées à Notre-Dame de Dijon, la scène de la Nativité a été souillée par des ordures et des sacs-poubelle. Les dégradations n’ont plus aucune limite : elles touchent même la petite étincelle de sacré qui demeure dans les esprits et les cœurs, dans cette France et ce monde qui se vantent, comme si c’était un progrès, de tout tourner en dérision.

Au cours des nuits du 18 au 19 décembre, du 19 au 20 décembre et du 24 au 25 décembre, ces dévastations ont été commises. Quelqu’un s’est éloigné le 25 au matin en disant : « Ce sont des cadeaux pour le petit Jésus » (Morandini).

Surtout ne pas s’habituer, ne pas faire preuve de résignation.

D’autant plus que ces transgressions suprêmes se multiplient ici ou là dans d’autres crèches, des santons brisés ici, des saletés versées là.

Surtout ne pas s’habituer en se félicitant seulement des nombreux messages de soutien reçus par le curé de la paroisse de Notre-Dame de Dijon, de chrétiens, de musulmans et de juifs !

On ne s’est que trop consolé avec de la compassion, de la solidarité et de l’émotion, des discours et de solennelles afflictions. Il faut retrouver ces petits monstres du quotidien et frapper fort. Sanctionner, et durement.

On pourra les comprendre tant qu’on veut. S’ils sont capables de s’expliquer entre toutes les interprétations possibles de leur malfaisance. De la haine islamiste ? La conséquence d’un catholicisme tendant trop les deux joues ? De la bêtise crasse ? Une volonté de saccager un intolérable reste de respect ? Pousser jusqu’à l’extrême le débridement d’une société prête à tout et la mettre au défi de réagir ? Montrer que nous sommes arrivés dans une barbarie qui s’honore de parler une autre langue, celle d’une immense, intense violence des mots, des gestes et des sacrilèges ? Le divertissement d’alcooliques oisifs pour passer le temps ?

Mais, le mystère dissipé ou non, sortir de la fausse empathie, de la considération humaniste, de la misère sociale, de la miséricorde politique, de la bienveillance culturelle pour dire tout simplement non. Grâce à la Justice si elle veut bien se rappeler son rôle essentiel qui est de sauvegarder, de restaurer les sûretés, les équilibres et les décences d’un pays, mission capitale que le pouvoir, avec ses obligations régaliennes, laisse en jachère ou dont il s’acquitte mal.

Surtout ne pas s’habituer. Refuser le à quoi bon. Ne pas pétitionner mais se battre. Ne pas pleurer collectivement mais s’armer démocratiquement. Quitter les territoires de la faiblesse pour aborder ceux de l’honneur.

Celui qui nous fera résister à l’innommable, quelle que soit sa forme, son visage.

Mais surtout ne pas s’habituer. Jamais.

Extrait de : Justice au Singulier

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