Editoriaux - International - 7 décembre 2019

L’ennemi actuel de l’OTAN (2)

Il y a une incroyable distance entre la prodigieuse puissance militaire de l’, le poids économique de ses membres et la réunion mondaine dont le 70e anniversaire a donné l’affligeant spectacle à Londres. M. Macron avait joué les matamores avec la formule ravageuse de « l’OTAN en état de mort cérébrale ». Des critiques acerbes lui avaient répondu : Erdoğan n’avait pas hésité à l’insulter, le président Trump à le gourmander et Mme Merkel à se désolidariser… On allait voir ce que l’on allait voir… Et on n’a rien vu du tout !

Erdoğan n’a pas été menacé d’exclusion malgré la Syrie et l’achat de missiles russes. Il a, en revanche, accepté l’adoption des nouveaux plans de sécurité régionaux pour la Baltique, la Pologne, la Turquie et le flanc sud de l’Alliance, et a signé le texte final, car celui-ci condamne le terrorisme « sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations » et le considère comme « une menace persistante pour nous tous ». Dans le texte, les alliés se sont notamment entendus sur le « défi » chinois et « la menace que représentent les actions agressives » de la Russie. Pas un mot sur la réponse que les alliés pourraient faire à une attaque contre les troupes turques en Syrie où elles interviennent sans mandat de l’OTAN et en dehors des règles internationales, sauf le vague rappel de l’article 5 du traité de Washington qui stipule la solidarité entre membres. Rien n’a changé, la paralysie générale a répondu à la mort cérébrale, et on chercherait en vain le moindre succès de la diplomatie française.

La question fondamentale posée par le Président Macron était : qui est l’ennemi ? Selon lui, la Russie est à la fois une menace, un voisin et un partenaire. Elle demeure néanmoins la cible principale, mais pas la seule puisque la Chine est désormais visée, elle aussi. En revanche, tout le monde semble d’accord pour considérer le terrorisme comme le principal ennemi. Pour , ni la Russie ni la Chine ne seraient des ennemies. Ce serait le terrorisme, qu’il a cru bon préciser en nommant « Daech » et, quel progrès, Al-Qaïda, mais en évitant soigneusement le mot « islamiste ». Que cache cette soudaine pudeur ? L’ennemi s’est pourtant désigné lui-même : en Afghanistan, c’est l’islamisme des talibans. Au Sahel, où la France est en première ligne, c’est l’islamisme, entre autres, de l’EIGS. En Syrie, l’ennemi, ce sont toujours les groupes soit de l’État islamique, soit ceux d’Al-Qaïda, ex-Al-Nosra devenue Tayat Tahrir-Al-Cham, qui domine largement la poche d’Idleb et auxquels nous ne faisons pas la guerre. Ce sont les Russes et les Syriens qui la font.

Quelle est l’attitude de la Turquie ? Elle soutient en Syrie d’autres rebelles, des islamistes aussi, liés aux Frères musulmans, qui ont joué un rôle de premier plan dans la guerre suscitée dans le pays avec différents masques, l’ASL, notre grande alliée « démocratique », puis le FNL qui a rejoint la prétendue « Armée nationale syrienne » chassée d’Idleb et qui se bat aujourd’hui contre les Kurdes le long de la bande territoriale occupée illégalement par l’armée turque. Chacun sait que ces supplétifs sont, pour beaucoup, d’anciens tueurs de l’État islamique dont le comportement révèle l’origine. Et, si on regarde la Libye, on voit une fois encore cette alliance entre Turquie et Frères musulmans, alliés aussi au Qatar, à travers les puissantes milices de Misrata. C’est elle qui entretient la partition du pays et maintient la porosité et les trafics avec les pays du Sahel et d’ subsaharienne. Objectivement, c’est la Turquie qui est notre ennemie, et avec elle un certain nombre d’États musulmans avec lesquels nous faisons des affaires. Mais manifestement, il ne faut pas le dire, ni même le penser.

À Londres, on a peu parlé de l’Iran, un pays essentiel à tous points de vue, dont les États-Unis ont fait « leur » ennemi privilégié. Les intérêts de l’Europe, et en particulier de la France, n’y ont pas avancé. On espérait, avec l’ouverture vers la Russie et l’idée d’une Europe-puissance plus que marché, une sorte de néo-gaullisme. On a compris qu’avec une défense européenne, pilier de l’OTAN, il n’en était rien. Beaucoup de bruit pour rien…

À lire aussi

Coronavirus : les leçons d’une pandémie (III)

Cette politique de Gribouille aura deux conséquences désastreuses : la mise en sommeil de …