Editoriaux - Santé - 14 février 2019

Le riche projet de loi d’Agnès Buzyn

Le riche projet de loi de santé d’Agnès Buzyn présenté, ce mercredi, en Conseil des ministres sera débattu à l’Assemblée le 19 mars et il contient de nombreuses évolutions pour les étudiants comme pour les professionnels de santé. L’expérience commande, toutefois, de se souvenir qu’en la matière, il y a souvent loin de la coupe aux lèvres.

Premier gros morceau, la réforme des études de médecine, avec la suppression de la PACES (première année commune aux études de santé) et de son numerus clausus, bien mis en scène dans le film éponyme de Thomas Lilti. Guillotine qui conduisit des milliers de recalés à se former dans des pays de l’Union européenne moins regardants, et de croiser en chemin les médecins roumains venus s’installer dans l’eldorado français de leur fantasme. Évidemment nécessaire, la sélection devrait désormais se fonder “sur l’expertise du terrain et l’initiative des acteurs” pour diversifier les parcours et les profils des étudiants, mais l’essentiel sera dans les décrets d’application, actuellement encore à l’étude.

Supprimé, également, l’ECN (examen classant national) qui permettait d’accéder à l’internat. C’était un faux concours où tout le monde était reçu : les premiers choisissaient (à vie) la spécialité qu’ils voulaient, les derniers prenaient… ce qu’il restait ! Demain, il faudra obtenir une note minimale aux épreuves de connaissances et de compétences pour valider leur second cycle, mais le nombre de places par spécialités restera fixé par l’État. En dernière année, ces internes pourront effectuer des remplacements dans les zones sous-dotées (et non plus seulement dans les zones d’afflux touristique).

Avec la désertification, nos dames ministres Bachelot, Touraine, Buzyn se transmettent l’obsession de l’accès aux soins. L’actuelle annonce donc une réorganisation de l’offre hospitalière, avec 500 à 600 “hôpitaux de proximité”. On sussure que ses conseillers – qui ont peut-être des relations à Bercy – avancent des chiffres plus modestes. Rappelons quand même que, de 2013 à 2017, l’État a fait en sorte que 64.000 lits d’hospitalisation (publics comme privés) aient disparu, sans parler des maternités dont le nombre serait passé, selon le JDD, de 1.369, en 1975, à 814, en 1996, et à moins de 500, en 2016 ! Bien sûr, celles qui restent sont plus aptes à prendre en charge les accouchements à problèmes.

Ces futurs hôpitaux de proximité devraient faire “plus de médecine, plus de consultations” grâce à une modification du statut de praticien hospitalier et à une ouverture “aux praticiens libéraux en fonction des besoins des territoires”. Ce qui s’appelle faire du neuf avec du vieux, puisque le mi-temps à l’hôpital était pratiquement la norme jusqu’à la fin du XXe siècle et qu’ensuite, on dut introduire un “secteur privé” au sein des hôpitaux pour éviter la fuite des compétences. Comme disait ma grand-mère, “faire et défaire, c’est toujours travailler”. Mais dans un système verrouillé qui refuse idéologiquement toute loi du marché et qui peine à comprendre que l’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, ce genre de coûteux balancier semble inévitable. On comprend que beaucoup disent que “c’était mieux avant”. Les bonnes intentions de Mme Buzyn conjureront-elles la difficile décennie médicale qui nous attend ? Entre ceux qui pétrissent comme ils peuvent de la pâte humaine et ceux qui observent des statistiques sur un écran, le fossé est difficile à réduire. Résultat à craindre : pas plus de joueurs sur le terrain, mais toujours plus de censeurs dans les tribunes.

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