Editoriaux - Politique - 14 février 2019

Alain Juppé : les deux bouts de l’omelette entrent au Conseil constitutionnel

Surprise à Paris, stupeur à la mairie de Bordeaux, selon Sud Ouest : Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, a décidé de nommer Alain Juppé au Conseil constitutionnel.

On ne savait pas comment il passerait le témoin de la mairie de Bordeaux ni, en fait, à qui, les relations avec Virginie Calmels n’étant pas toujours lisibles. Les manœuvres d’Emmanuel Macron pour finir d’arrimer la droite centriste, qui avaient commencé par la nomination d’Édouard Philippe à Matignon, lui ont donné l’occasion de précipiter sa sortie. Elle est indéniablement plus réussie que la défaite humiliante des primaires de l’automne 2016.

Alain Juppé au Conseil constitutionnel ? Il pourrait y retrouver Jacques Chirac, son mentor, si celui-ci n’était pas empêché pour raisons de santé, et Laurent Fabius, son siamois « de gauche », si ces mots « droite » et « gauche » signifient encore quelque chose pour eux. En fait, le Conseil constitutionnel, peuplé de ces vieux présidents et de ces ex-jeunes Premiers ministres aigris de n’avoir pu monter la dernière marche, est devenu le cimetière des éléphants de la vie politique de ces quarante dernières années. Le temps a fait son œuvre. Emmanuel Macron est un peu le Marcel Proust de cet ancien monde qui se presse autour de lui, de tout ce temps perdu : les masques sont tombés, ils sont tous là, réunis en une ultime apparition pour célébrer leur œuvre inavouée que nous découvrons aujourd’hui : le macronisme. Ni gauche ni droite. Et de gauche et de droite.

En effet, Le Monde n’a pas manqué de rappeler qu’Emmanuel Macron ne fit que reprendre le projet de recomposition politique avorté d’Alain Juppé. “Il faudra peut-être songer un jour à couper les deux bouts de l’omelette pour que les gens raisonnables gouvernent ensemble et laissent de côté les deux extrêmes, de droite comme de gauche, qui n’ont rien compris au monde”, disait Alain Juppé au Point, en 2015, avant que les gens qui “n’ont rien compris au monde” ne viennent lui signifier à la primaire qu’il n’avait rien compris à leur monde.

En commentant la double nomination de Jacques Mézard, un sénateur radical de gauche choisi par Emmanuel Macron, et celle d’Alain Juppé ce soir, un macroniste se réjouissait de voir le grand dessein se poursuivre avec, en ligne de mire, les alliances – ou les arrangements – pour les européennes et les municipales de 2020 :

« En choisissant Mézard et Juppé, on tient les deux bouts de l’omelette. »

L’omelette réalisée avec les œufs cassés de ces quarante dernières années règne à l’Élysée, à l’Assemblée, au Conseil constitutionnel, et se voit, baveuse, s’étendre sur le Parlement européen en 2019 et sur nos villes en 2020 ?

Et si les Français rêvaient d’un autre menu ? Et d’œufs plus frais ?

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