[LE GÉNIE FRANÇAIS] Mont Saint-Michel : la merveille de l’Occident
Ce village de trente habitants accueille deux millions et demi de visiteurs par an. L’endroit est pourtant loin de tout. Il faut quatre heures de voiture depuis Paris. Pour m’y être trouvé, il est vrai qu’aucun mot ne peut traduire les sensations éprouvées au sommet de ce lieu hors du temps. Entre ciel et terre, entre terre et mer, le mont Saint-Michel attire depuis 1.300 ans barbares, chevaliers, souverains et désormais pèlerins et touristes.
Une idée saugrenue
Mais comment les hommes ont-ils pu avoir cette idée saugrenue de choisir un endroit aussi austère et ingrat pour construire un sanctuaire : un îlot rocheux de 80 mètres de haut ? Il se situe dans la Manche entre Bretagne et Normandie et ses marées, parmi les plus fortes d’Europe, y sévissent deux fois par jour. La mer monte jusqu’à 14 mètres, comme un immeuble de cinq étages. On dit qu’elle monte « à la vitesse d’un cheval au galop ». Nombre d’imprudents s’y sont laissé surprendre. Et pour finir de décourager les simples curieux, les pieds du mont Saint-Michel vous accueillent avec des sables mouvants.
Entre histoire et légende
Tout commence en 708. Aubert, évêque d’Avranches en Normandie (de ce fait, le mont deviendra définitivement normand), fait plusieurs fois un songe étrange : l’archange saint Michel lui apparaît pour lui demander de bâtir à cet endroit un sanctuaire. Mais Aubert se méfie : « Et si c’était le Malin ? » Alors il s’y refuse. Mais saint Michel revient à la charge et, d’un doigt, lui laisse un trou dans la tête, ce qui aurait décidé le religieux. Le crâne a été gardé dans un reliquaire où l’on peut voir encore l’orifice (la médecine actuelle explique qu’il s’agirait d’un kyste).
Par la suite, Aubert installe sur le site une communauté de douze chanoines pour servir le sanctuaire et les pèlerins. À cette époque, le mont accueille également les premiers villageois qui fuient les raids vikings.
Haut lieu de la chrétienté
An 1000. Richard Ier de Normandie établit une première communauté de moines bénédictins dans le site qui est devenu un haut lieu de la chrétienté et sera protégé autant par les ducs de Normandie que ceux de Bretagne. En 1023 commence la construction de l’abbatiale. Les artisans débordent d’imagination pour en faire un chef-d’œuvre : médiéval, de style gothique avec ses trois niveaux, son église et son cloître – un véritable jardin suspendu. L’ensemble s’enroulant autour du rocher est reconnu aujourd’hui par les architectes comme une prouesse architecturale inégalée. Le visiteur sans guide se perdrait dans ces cryptes aux quatre points cardinaux.
Notre-Dame-sous-Terre
C'est lors de travaux de restauration dans les années 1960 que l’une des cryptes, appelée Notre-Dame-sous-Terre, a été redécouverte et révélée au grand public : un véritable trésor archéologique dont l’origine demeure encore mystérieuse.
Une rampe avec une immense roue et son chariot sont encore visibles aujourd’hui. Elle permettait de hisser deux tonnes de matériaux par voyage.
Le granit des îles Chausey
La construction de l’abbaye du mont Saint-Michel, à partir du XIe siècle, correspond au début de l’exploitation de la carrière de granit des îles de Chausey, à 30 kilomètres de là. Beaucoup plus solides que la pierre calcaire sur place, les blocs de granit sont facilement transportés par des embarcations à fond plat depuis les îlots de l’archipel, en suivant le rythme des marées.
Forteresse imprenable et prison
Le chevalier du Guesclin a séjourné sur le mont au début de la guerre de Cent Ans. Les remparts ont été construits à cette époque-là pour arrêter l’envahisseur anglais dont les tentatives ont toujours échoué, sans doute à cause à la fois des fortifications et des sables mouvants, particulièrement traîtres.
Les révolutionnaires confisquent l’abbaye aux moines pour la transformer en prison d’où il est difficile de s’échapper. Les conditions de vie sont très dures et le nombre de prisonniers varie de quelques centaines à plus de 600, dont 25 % de femmes : ecclésiastiques réfractaires, opposants politiques (chouans, républicains, socialistes) et détenus de droit commun (criminels et soldats).
L’immense poète et politicien Victor Hugo, pour qui « le mont Saint-Michel est à la France ce qu’est la pyramide à l’Égypte », se déclare choqué par ce mauvais traitement du lieu saint. Napoléon III fera cesser cette activité funeste et restaurer l’abbaye pour la transformer de nouveau en lieu d’accueil pour les pèlerins.
Une silhouette emblématique
Jusqu’au XXe siècle, l’abbaye ne cesse d’être embellie. La flèche et le clocher, ajoutés à la fin du XIXe siècle, semblent avoir toujours été là.
Le mont Saint-Michel est classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979. La statue dorée de quatre mètres de haut de l’archange culmine à 157 mètres du sol. Elle a été restaurée récemment, en 2016, grâce à son transport par hélicoptère.
L’omelette de la mère Poulard
Les mauvaises langues critiqueront les boutiques du mont qui auraient fait de ce haut lieu un parc d’attractions. Il n’en est rien. Ces commerces ont toujours existé. Personne n’a dit que ce site devait rester austère. Au contraire, les pèlerins affamés par la longue marche sont récompensés de leur visite par de délicieuses nourritures bien terrestres. Dès son ouverture en 1888, l’auberge de la mère Poulard devient célèbre pour son omelette soufflée et ses biscuits maison. Est-ce que le Christ serait contre les plaisirs de l’estomac, lui qui a changé l’eau en vin pour le bonheur des invités aux noces de Cana ?
Des célébrités du monde entier sont reçues dans l’Auberge, dont Ernest Hemingway, André Malraux, l’empereur du Japon aux côtés de François Mitterrand, de Gaulle, Thatcher, Clemenceau, Salvador Dalí, Marilyn Monroe avec son « fiancé » Yves Montand…
L’homme ne se nourrit pas que de pain
Concluons sur une note plus spirituelle. 300.000 Japonais viennent visiter le mont Saint-Michel, chaque année. Cette forte affluence est liée, au-delà de la beauté du lieu, à la fascination des Japonais pour le symbolisme du mont : celui de l’archange saint Michel s’attaquant au dragon, représentant le Mal – ou le démon. Un couple de bouddhistes, tellement touché par l’office dans l’église et la beauté des chants liturgiques et des voix du chœur « haut perché » des religieux, se serait converti à la religion catholique, puis installé dans la région.
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16 commentaires
Lisez » L’archange et l’architecte: protéger et restaurer le Mont Saint Michel « , de Mr François Jeanneau, architecte en chef des Monuments Historiques, et inspecteur général des Monuments Historiques, qui a dirigé la restauration du Mont: c’est passionnant d’érudition, mais » les mains dans le cambouis « !
Indéniablement le Mont Saint-Michel est un haut lieu d’ancrage spirituel….La polémique pour savoir si le Mont est en terre normande ou bretonne est aujourd’hui dépassée devant le constat d’une invasion de multiples souvenirs made in China….. La mondialisation est passée par là aussi !
Merveille absolue de notre patrimoine religieux et architectural, cet îlot sacré du Mont Saint Michel mérite, à égalité avec Notre-Dame et la Tour Eiffel la dénomination de » fierté française « .
Visiter le Mont Saint Michel est une expérience qui, lorsqu’elle est religieuse, ne vous laisse pas ressortir le (la) même.
« Un couple de bouddhistes s’y serait converti « . Tout espoir n’est pas perdu, vous devriez y inviter Mélenchon…
Ou que les iraniens vont le nuclériser.
J’espère que les Chinois ne vont pas nous l’acheter .
C’était l’époque où quand la France construisait quelque chose , cela tenait debout !! C’était beau et robuste !! Mais c’était avant et que les experts prouvaient qu’ils étaient de vrais experts et pas des « blablateurs » !!!
Formidable chronique qui nous rend érudits
Oui
Il est pitoyable que ce site magnifique, d’une si haute spiritualité soit devenu un vrai business pour une seule personne qui est progressivement devenue propriétaire de la plupart des commerces du Mont.
Et comme, ceci ne lui suffisait pas, il a créé une énorme zone d’activités, hôtels, etc , en amont de la chaussée depuis la fermeture des parkings au pied de l’ile.
Monsieur Provence, Le Mont‑Saint‑Michel est un business géré par deux administrations publiques (CMN et Epic), et non par une seule personne.
La baie du Mont St-Michel est en Bretagne, mais le Mont est en Normandie ! Va comprendre Charles !
Oui, c’est bien entre les deux. Il fallait trancher et l’auteur l’explique, si vous lisez bien.
Allez-y uniquement au mois de janvier ; très peu de touristes et là, vous sentirez et verrez ce joyau dans toute sa splendeur.
Très bon à savoir et faire savoir. En effet, l’hiver quand il y a peu de monde, ça change tout….