25 ans du Seigneur des anneaux : la Monnaie de Paris frappe des pièces commémoratives

L'or et l'argent viennent-ils des mines de la Moria ? Quoi qu'il en soit, les collectionneurs sont sur le coup.
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Il y a vingt-cinq ans, les lecteurs de Tolkien découvraient Le Seigneur des anneaux, grand œuvre de l’écrivain britannique, adapté au cinéma. Une révélation esthétique et narrative au rythme de la trilogie : La Communauté de l’anneau (2001), Les Deux Tours (2002), Le Retour du roi (2003). Pour fêter cet anniversaire, la Monnaie de Paris sort une série de pièces d’exception, argent, or, avec des rehauts colorés.

La Comté, une petite patrie au cœur de l'Europe

« Gandalf et la Comté » (oui, la Comté et non le Comté, comme dans la plus récente traduction), « Frodon et Sam quittent la Comté », « La communauté de l'anneau à Fondcombe », « Gollum », « La fiole de Galadriel », « Théoden et la bataille du gouffre de Helm »… autant de pièces, autant de personnages et de scènes qui parleront à ceux qui se sentent appartenir à la communauté de l’Anneau, à tous ces lecteurs qui ont succombé, durant de longues heures de lecture, au charme d’un livre dont l’univers est devenu le leur.

Toutes les pièces ne se valent pas. Leurs prix sont divers, leur esthétique aussi. « Frodon et Sam quittent la Comté » est d’un réalisme sec qui ne correspond pas à ce qu’on attend d’une médaille. Il ne manquait pas, dans l’univers visuel de Tolkien — comme l’exposition des tapisseries aux Bernardins le rappelait l’année dernière —, d’autres références esthétiques. L’art des steppes, l’art nordique, l’art celte, l’art roman auraient pu être des sources d'inspiration. Quand les médailles s’éloignent de ce réalisme, le résultat est plus heureux. « Gandalf contre le Balrog », avec le célèbre « Vous ne passerez pas  ! », est de celles-ci. De même, les emblématiques pièces d’or sont superbes : la feuille de la Lorien (100 euros), le drapeau du Rohan (250 euros) et « L’Anneau unique » — 570 euros mais indisponible ! Gollum a récupéré son précieux…

Meloni lectrice de Tolkien

Peut-être des pièces à l’esthétique trop ancrée dans l’art européen auraient-elles été qualifiées d’identitaires, autant dire… d’extrême droite ? Un reproche régulièrement fait au Seigneur des anneaux : il plairait à « l’extrême droite ». Michel Guerrin s’offusquait, dans Le Monde, que Georgia Meloni elle-même revendique la lecture d’un auteur qu’elle considère comme inspirant : « Tolkien pourrait mieux définir que nous les valeurs du camp conservateur », déclarait-elle en 2022.

Non content de caricaturer les lecteurs du Seigneur des anneaux, Michel Guerrin caricaturait le livre également. Il parlait d’« un roman cristallisant la binarité – le bien contre le mal, la beauté contre la laideur, la spiritualité contre le matérialisme ». Mais Tolkien était chrétien, pas platonicien. Il savait que les transcendantaux, dans le monde d’ici-bas, n’existent pas à l’état pur. Chaque créature — homme, Hobbit, elfe, magicien… — a son libre arbitre, sa lâcheté, son égoïsme, sa faiblesse, suivant les circonstances. Certains cèdent au mal, d’autres lui résistent. Certains y persistent, d’autres viennent à résipiscence. Faramir, Galadriel, Frodon sont des personnages complexes — et Gollum, donc, tout endurci qu'il est dans son vice et marqué dans sa chair même.

Un manuel politique

Le Seigneur des anneaux est l'Odyssée ou la Chanson de Roland ou la geste arthurienne du XXe siècle, et le cantonner au genre de la fantasy en diminue singulièrement la portée — comme de l’assigner à résidence à « l’extrême droite » de la littérature. Mais Le Monde, ce faisant, nous indique que sa rédaction aurait été davantage à la botte de Saroumane qu’aux ordres de Gandalf… Car Le Seigneur des anneaux est, par la bande, un livre sur la politique et la cité qui permet bien des comparaisons et des analogies avec notre époque. Voyez comme toutes les élites ne sont pas exemplaires, dans Le Seigneur des anneaux. Certaines se rangent par avance aux côtés du futur envahisseur — qui a déjà pris possession de leur esprit, et l'a enténébré — et se réjouissent d’avance du « Grand Remplacement » que constituera l’avancée des troupes du Mordor. Combien de Gríma Langue de Serpent, à Bruxelles ? Nous voilà loin de la monnaie... mais pas si loin de Bruxelles, avec ces euros à l'iconographie tirée des mondes de Tolkien !

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 27/04/2026 à 15:51.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

8 commentaires

  1. Initiative commerciale qui se comprend, mais ces pièces de 10 € achetées 13 € ne prendront jamais de valeur, la valeur ne venant qu’avec la rareté. Or ces pièces sont destinées aux boomers qui au mieux les offriront à leurs petits-enfants (qui n’en pourront mais) pour leur communion, leur brevet ou leur anniversaire : elles finiront dans une petite boîte, à côté des cartes sur le même thème), au pire nos chers retraités les conserveront en souvenir du bon temps passé devant les écrans à adlirer Gandalf, Aragorn ou la douce Arwen. Bref, ce n’est pas un placement, c’est juste un moyen d’assécher le bas de laine des vieux français. On s’est fait avoir les timbres, on s’est fait avoir avec la collection des euros commémoratifs, continuons le combat !

  2. La monnaie de Paris n’a rien d’autre à faire que de commémorer des choses qui ne représente pas la France ?… Ha oui c’est vrai ! macron est pro-européen, il n’aime pas la France et les Français…

    • C’est vrai, la Monnaie de Paris pourrait se concentrer sur la série des anciens présidents (demandez Sarközy ! demandez Hollande !), les hommes politiques canonisés (de Broglie ? Boulin ? Bérégovoy ?), les intellectuels (Bourdieu ? Guattari ? Olivier Duhamel ? Gérard Miller ?)… Les Français à la France, que diable…

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