Sa rhétorique, au moins, n’est pas passée. En deux interventions, le 14 juillet d’abord, puis le 21 juillet, sur TF1, le président de la République a su s’attirer les foudres de ses détracteurs politiques habituels – fatal – mais aussi de la police ! Le 14, rien sur l’insécurité dans son discours à la nation, malgré les assassinats de Mélanie Lemée et de Philippe Monguillot, quelques jours plus tôt. Et le 21, après que le meurtre atroce de l’aide-soignante Axelle Dorier a suscité une juste émotion populaire, notre César évoque… des « incivilités » !

Incivilité : oubli des convenances, du savoir-vivre. Ah, oui ! En traînant sur 800 mètres le corps d’Axelle, Youcef et Mohamed ont manqué de savoir-vivre !

Inadéquation des propos de notre Président qui ne veut pas mettre le mot sur le mal. Injure aux défunts. Indignité du comportement de la clique d’arrivistes qui le suivent dans un confusionnisme langagier à la fois corrupteur, lâche et prémédité. Corrupteur des lucidités ; lâche, par crainte du blâme des censeurs humanitaristes et des pontifes du dogme multiculturaliste ; zélateurs installés de l’ancêtre Julien Benda*, pourfendeur criminel des « égoïsmes nationaux ». Prémédité, par refus calculé d’assumer la réalité factuelle en cherchant – par le renoncement à nommer le Mal – les miettes d’une paix sociale quémandée aux « barbares » et qu’ils n’obtiendront pas. Ils ne sont pas une élite de hasard ; ils sont majoritairement des « héritiers » d’une oligarchie qui ne partage pas. Mais ils ont peur.

La voilà donc, l’actuelle et continue « Trahison des clercs » !

Évidemment, l’opposition politique a riposté à l’incongruité présidentielle. Bruno Retailleau (LR) a dénoncé un « laxisme lexical » source de « laxisme judiciaire ». Vrai. « Ce sont des assassinats ! », a tweeté Éric Ciotti (LR). Juste. Si leur repentance langagière est gage d’action future, pardonnons-leur d’avoir, depuis des décennies, accompagné le laxisme d’État des Chirac, Sarkozy et consorts qui nous a menés au bord du précipice où nous sommes.

Méfions-nous de ces messieurs les rhéteurs !

Gabriel Attal, piteux, mais « la voix de son maître », a pointé là des « polémiques politiciennes », insinuant que le journaliste Julien Arnaud aurait, par sa question, poussé notre César à l’euphémisme. Non ! Arnaud avait aussi parlé de « drames » et de la mort de Monguillot. Macron avait le choix des mots et de l’adresse au peuple !

Voilà qui éclaire sa principale faiblesse politique : son incapacité d’adaptation aux circonstances ; cette arrogance du meilleur et qui le paralyse. Ce soir-là, comme le 14 juillet, plus président de société de commerce que représentant d’un peuple, il n’avait qu’un argumentaire : le plan de relance économique de l’Union européenne. Les Français n’ont pas adhéré. Venu incidemment, aux dernières minutes, le sujet sécuritaire l’a pris au dépourvu. Éduqué aux réductions de la novlangue, il n’a pas su trouver, ou osé, les mots de vérité !

C’est en mettant les vrais mots sur le mal qu’on commence à le vaincre.

Et pour notre malheur, dans cette « guerre » du sens pour l’action, a déjà perdu trois années de batailles ! Nous faudra-t-il choisir un autre général ?

* Julien Benda, La Trahison des clercs, 1927.

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