Les grosses ficelles de l'instrumentalisation politique des médias et des réseaux sociaux officiels par Emmanuel Président au bénéfice du candidat Macron commencent-elles à trop se voir et à faire désordre même en haut lieu ? C'est ce qu'on pourrait croire en lisant le communiqué de la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle (CNCCEP). Les sages de l'élection reprochent au Président sortant d’avoir diffusé sa lettre de candidature sur le compte Twitter officiel du chef de l’État, suivi par 7,9 millions d’abonnés. Pour eux, « un tel message se rattach [e] à la propagande électorale et compte tenu des caractéristiques de l’utilisation de ce compte Twitter, utilisé de longue date et de façon prépondérante pour relayer des messages afférents à l’exercice de ses fonctions de président de la République, il [est] préférable de ne pas utiliser ce compte pour y diffuser de tels messages ». Et la Commission demande à Emmanuel Macron de « s’abstenir d’utiliser ce compte pour diffuser des messages se rattachant à la propagande électorale pendant la durée de la campagne, ces messages ayant vocation à être diffusés sur le compte spécialement créé par le candidat et son équipe pour les besoins de la campagne en vue de l’élection présidentielle ».

Le Monde a pu constater que ce message avait été supprimé des comptes officiels Twitter et Facebook de la présidence, ce vendredi. L'équipe du candidat Macron a donc obéi mais a tenu à exprimer son désaccord dans une lettre à la CNCCEP, arguant que leur champion serait le seul élu à devoir appliquer cette règle : « La communication de cette recommandation à ce moment de la campagne et les implications directes et concrètes de sa mise en œuvre à cinq semaines du premier tour nous semblent […] aller à l’encontre du principe d’équité et d’égalité de traitement des candidats dont vous êtes les garants, puisque seuls M. Zemmour et M. Poutou pourront utiliser leurs comptes personnels. » On admirera la mauvaise foi : les réseaux sociaux à la disposition du président de la République constituent une force de frappe unique et sans commune mesure avec les moyens dont peuvent disposer les autres candidats, détenteurs, par exemple, d'un mandat de député. Et l'on ne voit pas pourquoi les macronistes se sentiraient lésés puisque, Emmanuel Macron étant si populaire, il lui suffira d'ouvrir un nouveau compte de campagne pour qu'affluent ces millions de followers.

En tout cas, cette sage décision, tardive mais claire, donne raison à ceux qui, dans l'opposition, dénoncent cette confusion des genres. fut l'une des premières à le faire et, ce 8 mars, sur RMC, elle n'a pas hésité à qualifier de « malsain » le début de campagne d'Emmanuel Macron, en dénonçant « l’utilisation des moyens de l’Élysée au bénéfice du candidat (diffusion de la lettre, vidéo…) » ou encore « le mélange des genres entre les promesses du candidat et le chéquier utilisé par le président ».

Plusieurs autres confusions entre action du gouvernement et campagne électorale du candidat Macron ont particulièrement irrité des élus de droite, ces derniers jours. Il y a eu l'affaire de la retraite à 65 ans, annoncée par Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement et non du candidat Macron. Éric Ciotti a vivement réagi, parlant de « dangereux et grossier mélange des genres » et de « problème démocratique majeur ». Un autre député LR, Pierre-Henri Dumont, déclarant même : « Si Gabriel Attal veut faire des annonces de campagne, il doit démissionner du gouvernement. » Yannick Moreau, maire LR des Sables-d'Olonne, a qualifié la visite annoncée d'Olivier Véran dans sa ville, ce lundi 14 mars, de « triste manœuvre électorale, particulièrement déconnectée de la réalité sanitaire préoccupante que traverse notre hôpital local et son service des urgences ».

De la part de ces élus de terrain, ces signes d'agacement montrent que, dans les territoires, Emmanuel Macron et son monde ne bénéficient pas du nuage de popularité diffusé par les sondages le donnant à plus de 30 %.

12 mars 2022

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