Laurent Dandrieu : “À travers son adhésion au pacte de Marrakech, le Vatican fait preuve d’une vision totalement hémiplégique de la question migratoire”

Dimanche, le pape François a apporté son soutien au pacte mondial sur les migrations. Laurent Dandrieu, auteur du livre Église et immigration : le grand malaise, réagit au micro de Boulevard Voltaire.

Le Pape François soutient le pacte mondial pour les migrations. Les titres de la presse française sont unanimes. Visiblement, le pontife trouve que le pacte qu’a signé la France à Marrakech mérite d’être soutenu…

Ce n’est pas trop surprenant dans la mesure où le Pape avait envoyé à Marrakech son secrétaire d’État, le cardinal Parolin, pour assister à l’adoption de ce pacte. En envoyant une personnalité du premier plan, le souverain pontife a marqué l’importance qu’il accorde à ce pacte.
C’est d’autant moins surprenant que le Vatican, par le biais de son dicastère pour le développement humain intégral, s’était beaucoup investi en amont dans la rédaction de ce pacte des Nations unies. Il avait proposé un certain nombre de pistes. La finalité générale de ce document est tout à fait en concordance avec l’obsession migratoire, par laquelle on pourrait caractériser une bonne partie du pontificat du Pape François.

Ce pacte confirme un pontificat tourné vers les pauvres et les pays en voie de développement.
Mais cela aggrave le malaise identitaire entre une partie des catholiques occidentaux et le Pape François…

Une fois de plus, on constate qu’à travers son adhésion et son soutien à ce texte, le Vatican fait preuve, malheureusement, d’une vision totalement hémiplégique de la question migratoire. Il y a une partie du monde constituée de pays sous-développés ou en voie de développement, quelle que soit l’appellation qu’on leur donne, dont les populations sont en état de souffrance. Cela leur donnerait une sorte de droit inhérent à venir migrer vers les pays plus riches en ignorant totalement deux facteurs.
Premièrement, est-ce que cette migration est effectivement la bonne solution à opposer à ces situations de misère ? Est-ce qu’ effectivement, cela améliore la situation ou est-ce qu’il ne faudrait pas au contraire, privilégier d’autres solutions pour que ces candidats à la migration puissent vivre de manière prospère dans leur propre pays ?
La seconde impasse est la question des souffrances et des déséquilibres que cette migration de masse apporte dans les pays d’accueil. On raisonne comme si les pays riches étaient constitués exclusivement de citoyens eux-mêmes très riches qui ont beaucoup de superflu à partager.
Or, la crise actuelle des gilets jaunes nous rappelle bien que dans nos pays, beaucoup de citoyens sont dans des situations très difficiles et ont beaucoup de mal à vivre du fruit de leur travail. Pour ces gens-là, le poids social de l’immigration est une charge supplémentaire, qu’ils ne sont pas du tout disposés à se laisser imposer.
Or, effectivement, ce pacte d’immigration de l’ONU a une vision complètement angélique des flux migratoires comme étant une chance exclusivement pour les pays d’accueil en occultant totalement les difficultés sociales, identitaires ou économiques qui sont crées par ces flux.

Y a-t-il derrière la validation de ce pacte mondial sur les migrations une volonté idéologique ou est-ce simplement un bon sentiment mû par la charité chrétienne ?

Il y a à mon sens deux choses.
La première, je dirais que c’est une vision beaucoup trop courte et presque devenue folle, comme disait Chesterton, de la charité chrétienne, qui oublie de la connecter avec d’autres notions très importantes, comme la prudence politique et aussi comme le bien commun. Il ne suffit pas de dire qu’il faut aider les gens plus malheureux que soi, il faut aussi se demander si cette aide est possible, et si elle est raisonnable sans déséquilibrer l’ensemble de la maison.
La deuxième chose est qu’il y a une dimension idéologique dans les discours constants des responsables de l’Église sur cette question. C’est d’ailleurs ce que j’ai essayé de démontrer dans mon livre. Il y a cette notion d’unité du genre humain et de la famille humaine. L’idée est que la mondialisation et les migrations de masse contribueraient à une marche vers cette unité de la famille humaine qui préfigure l’unité du Royaume des cieux.
Et donc, en ce sens, les migrations sont connotées très fortement positivement dans le discours ecclésial. Par conséquent, toutes leurs souffrances pour les pays d’accueil, mais aussi la souffrance du déracinement causée aux populations émigrées sont soit complètement minorées, soit carrément passées sous silence.

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