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Editoriaux - Politique - 7 juin 2020

L’agenda sociétal, c’est Byzance !

La députée Laurence Vanceunebrock-Mialon, du groupe de La République en marche, a annoncé fièrement, le 3 juin dernier, dès potron-minet, avoir déposé une proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion. Ces thérapies de conversion supposent que l’homosexualité et la transidentité (ce fourre-tout qui mélange intersexuation et dysphorie de genre, etc.) sont des pathologies dont il conviendrait de soigner ceux qui en sont atteints. Son collègue, le docteur et député Jean-Louis Touraine, avait interrogé le gouvernement sur la question, le 6 mars 2018, et il lui avait été répondu que « les services de la Chancellerie n’ont pas à ce jour été informés de l’existence de tels phénomènes sur le territoire français ». Traduisez donc qu’il faut légiférer pour réprimer un délit qui n’est pas commis sur le sol national. Certes, il était aussi répondu que la Chancellerie et le ministère de la Santé réfléchissaient à l’opportunité soit de préciser la loi réprimant les violences en la rendant plus sensible et plus spécifique, soit en créant un délit spécifique. En gros, le juge est incapable d’interpréter les faits et déterminer quelle « thérapie » serait une violence et laquelle n’en serait pas.

Déterminer ce qui, dans la transidentité et dans l’homosexualité, relève de la pathologie, de la norme, du choix, de la nature, de la culture, du mimétisme, etc., n’est pas l’objet de cet article. Des querelles sans fin entre plus spécialistes que moi n’aboutiraient sans doute pas à autre chose qu’un affrontement peut-être idéologique et sûrement sans issue. Mais des gens en place ont des certitudes… moi, je botte en touche ; fin de l’aparté.

Il est de curieuses priorités quand on sait le mode dégradé de fonctionnement de l’État depuis qu’une crise sanitaire a montré son incapacité flagrante à s’occuper de la chose publique. Mais s’il est permis de légiférer sur des crimes et délits qui se produisent hors de nos frontières, peut-être conviendrait-il, alors, de combler le vide concernant la gestation pour autrui : aligner, pour les commanditaires et leurs complices français, les peines encourues sur celles prévues pour l’esclavage et la traite, soit vingt ans de réclusion criminelle, et y ajouter une déchéance des droits parentaux. Ainsi, la loi sera dissuasive.

Il y a aussi le député Guillaume Chiche qui souhaite boucler au plus vite, soit en septembre prochain, le projet de loi ni bio ni éthique ouvrant – entre autres transgressions – la procréation médicalement assistée aux femmes seules ou en couple. Là encore, les priorités interloquent l’observateur. Une chambre du Parlement devrait, en ces temps où les libertés publiques ont pu être violées par l’État lui-même (cf. la liberté de culte), consacrer l’essentiel de son énergie à contrôler un exécutif à qui elle a concédé des pouvoirs exceptionnels en situation de crise, et elle jugerait plus important de voter une loi sociétale qui concerne peu de monde et divise profondément le corps social.

Cet observateur attentif, ce qu’il constate, c’est une économie nationale exsangue avec chômage, récession et pauvreté ; une défiance justifiée envers ceux qui, aux commandes, ont fait preuve d’impéritie, d’inconséquence, de sectarisme, de légèreté, d’incompétence et ont tenté de camoufler tout ça sous des mensonges éhontés ; un corps social que certains communautarismes fracturent encore plus, quitte à surfer sur des conflits et des tensions étrangers. Mais non, des députés En Marche ! font du sociétal, comme à Constantinople, en 1453, où les controverses sur le sexe des anges revêtaient plus d’importance que la défense de l’Empire réduit à une peau de chagrin contre les Ottomans. Comment traduit-on, en grec, vae victis, malheur aux vaincus ?

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