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Editoriaux - Histoire - Polémiques - 3 juin 2020

La sécession de l’Algérie française n’était pas inéluctable !

Réponse à Alain de Benoist

Dans l’entretien qu’il a donné à Boulevard Voltaire, Alain de Benoist estime que, pour des raisons démographiques, la sécession de l’Algérie française était inéluctable. Je pense que ce raisonnement est erroné.

En mai 1958, la majorité des musulmans algériens avait nettement basculé dans le camp de la France. Sur le plan politique, le général de Gaulle n’avait fait que reprendre à son compte la solution préconisée auparavant par Jacques Soustelle, précédemment gouverneur général. Celui-ci avait, en effet, proposé une politique nouvelle, celle de l’intégration des musulmans algériens dans une Algérie pleinement française. Il s’agissait de leur accorder la même citoyenneté que les pieds-noirs, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Cette solution audacieuse impliquait que, simultanément, l’islam se modernise, acceptant la séparation de la vie publique et de la vie privée. Elle supposait ainsi que l’on instaure une égalité de l’homme et de la femme, comme le geste des musulmanes sur le forum l’avait esquissé, en arrachant leurs voiles. Elles s’opposaient, de la sorte, au statut inférieur où les islamistes voulaient les cantonner. Il s’agissait, en fait, du même type de laïcité que celui institué auparavant en par Mustafa Kemal. En conséquence, on pouvait en attendre des mesures contraceptives afin de réduire graduellement la natalité de la population musulmane.

Comment peut-on expliquer le revirement brutal du général de Gaulle, le 16 septembre 1959 ? Deux hypothèses ont été formulées. Pour beaucoup d’observateurs, il n’a jamais voulu vraiment l’intégration, considérant que les Arabes ne pouvaient pas devenir français ; il aurait donc menti délibérément pour cacher son jeu. D’autres auteurs, au contraire, comme Irwin M. Wall, pensent qu’il était sincère en 1958, mais qu’il voulait alors pouvoir redonner à la France la place qu’elle occupait à la Libération, en reconstituant un triumvirat à la tête de l’Occident avec les États-Unis et la Grande-Bretagne. S’étant heurté au refus de ces derniers, il changea son fusil d’épaule ; afin de mener une diplomatie neutraliste, il aurait alors été gêné, vis-à-vis des pays du tiers-monde, par la poursuite d’une Algérie française. Je ne sais toujours pas, aujourd’hui, quelle est la bonne de ces deux hypothèses.

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