Culture - Editoriaux - Politique - 16 septembre 2013

La Manif pour tous aurait-elle peur de choper la lèpre ?

Samedi et dimanche, se tenait à Vincennes la première université d’été de la Manif pour tous. Plus d’un millier de personnes s’y sont retrouvées, autour de 60 intervenants, alternant conférences et forums.

Un vrai succès, sans conteste, qui vient montrer au gouvernement, s’il en était besoin, qu’il n’est pas prêt de classer le dossier, et que tels l’empereur, sa femme et le petite prince, la désormais célèbre petite-famille-qui-se-tient-la-main entend bien aller frapper à sa porte tous les jours avec opiniâtreté jusqu’à ce qu’elle trouve à qui parler.

Les organisateurs, qui ont le sens de la formule, ont promis un « Grenelle de la famille » ainsi qu’un « plan vigi-gender ». Pas d’engagement politique direct en corps constitué, à travers un parti qui représenterait la LMPT, mais un investissement personnel de tous et de chacun dans divers mouvements afin de les infléchir. La genèse d’un lobby, en somme, d’un groupe de pression pour dire cela en bon français. Et c’est sans doute la seule voie efficace et raisonnable pour une LMPT qui, par son profil sociologique, est riche de cadres formés et cultivés, susceptibles d’exercer une action de poids dans des lieux d’influence.

Une nouveauté qui va faire date, pour une certaine « droite bourgeoise » qui, depuis cinquante ans, semblait avoir signé avec la gauche libertaire un Yalta tacite : à nous les affaires et les choses de l’argent, à vous la culture et les choses de l’esprit.

La LMPT a le vent en poupe. Pour peu qu’elle ne se fracasse pas sur le seul écueil possible mais de taille : la recherche éperdue de respectabilité, la quête impossible du Graal médiatique. La tentation d’écarter comme s’ils étaient atteints de la lèpre, par peur de la contamination, tous ceux qui ne sont pas médiatiquement corrects.

Quand il y a le feu à la maison, aucune bonne volonté n’est de trop, et on l’a vu l’an passé : ni les Barjot qui arrivent la choucroute en bataille avec la lance à eau, ni les frileux qui jettent de loin un dé à coudre et qui ne voudraient quand même pas trop se mouiller, ni les pyromanes repentis eux-mêmes, comparses de Luc Châtel, premier promoteur historique du Gender à l’école. Oui, aucune bonne volonté n’est de trop, et il serait quand même dommage de repousser les pompiers qui déploient la grande échelle et s’élancent dans les flammes sous prétexte que leur tête défrise le caméraman qui est en train de filmer.

Je pense aux grands absents sur la liste des intervenants : je pense à Marion Le Pen, dont la fermeté des propos vaut bien celle d’un Hervé Mariton. Je pense aussi à tous ces jeunes « hussards » de la LMPT, auxquels on a laissé peu de part durant ces deux jours comme si leur témoignage avait pu déranger, cette chair à canon du camping pour tous et des hommens, pour ne citer qu’eux, qui est allée de gazage en garde à vue, jusqu’à la prison, et qui a gagné ses galons sur le bitume. Comme les honnêtes bourgeois de la nouvelle Boule de suif, les hautes instances de la LMPT détourneraient donc avec gêne le regard de ceux qui ont perdu leur respectabilité en défendant leur cause ?

Comment expliquer l’expulsion en règle de Christian Vanneste de cette Université d’été sinon par cette peur panique de choper la lèpre ? Comme si la LMPT ne voyait pas qu’elle était déjà porteuse du germe. Que son combat était par essence « inconvenant », et que toutes les contorsions, exclusions, dénégations n’y feraient rien. Et qu’elle ne pourrait avancer qu’en assumant cet opprobre…

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