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Entretiens - Politique - 30 juin 2020

Jean-Frédéric Poisson : « Municipales : pas de “greenwashing”, dimanche, mais plutôt le retour de la gauche plurielle »

Des élections municipales marquées par un très fort taux d’abstention, un score important des listes « écologistes » dans les grandes villes, quel bilan tirer des résultats des élections municipales de dimanche ? Et quel avenir pour la droite dans ce paysage électoral ?

Analyse et réaction de Jean-Frédéric Poisson au micro de Boulevard Voltaire.

 

Deux jours après les résultats des élections municipales, beaucoup de leçons sont à tirer. 60 % d’abstention sans compter ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Que cela révèle-t-il ?

Après trois mois de confinement forcé, les Français avaient envie de prendre l’air.
Premièrement, ils sont partis en week-end et ont fait autre chose que de voter. Le maintien du premier tour des municipales était une erreur. L’organisation du deuxième tour de ce 28 juin en était une autre. Je suis évidemment allé voter dimanche, mais je comprends qu’un certain nombre de concitoyens étaient moins intéressés.
Beaucoup ont le sentiment que les choses étaient déjà faites, sauf dans quelques endroits où régnait l’incertitude. En principe, les choses étaient globalement jouées, même si un second tour n’est jamais joué…
Deuxièmement, beaucoup de Français ont le sentiment qu’un vote municipal n’allait pas changer leur vie en profondeur. Par conséquent, ils s’en sont désintéressés. On dit toujours que le maire est l’élu le mieux connu et le plus apprécié des Français. Peut-être, mais cela étant dit, si le maire est effectivement le plus connu et le plus apprécié, il n’est pas réputé pour changer la vie des gens. On ne sait pas très bien à quoi sert l’élection.
Et troisièmement, le grand perdant de cette élection est la République En Marche. Derrière ces 60 % d’abstention, il y a une forme de désaffection, eut égard au spectacle que le parti du gouvernement a donné depuis trois ans et à la façon dont il a géré la crise. Tout cela est une forme de contestation sur le système politique tel qu’il va, et tel qu’il est conduit aujourd’hui par la formation qui est au pouvoir et ses responsables. Tout ceci explique cette abstention. Je continue de ne pas croire qu’il y a une désaffection de la politique de la part des Français.

Vous avez parlé de la sévère déconvenue de la République En Marche à ces municipales. Cette déconvenue s’explique par une offensive prévisible dans une certaine mesure. Toutes les principales grandes villes sont tombées aux mains des écologistes. Que veut dire cette espèce de green washing de la vie politique française ?

Il n’y a pas de green washing. C’est un effet d’optique que vos confrères ont alimenté dimanche soir sur les plateaux de télévision. Le vrai phénomène politique de dimanche n’est pas le green washing, mais le retour de la gauche plurielle. Les Verts ne gagnent nulle part tout seuls, mais ils prennent la tête d’un certain nombre d’alliances politiques assez large dans lesquelles le parti socialiste figure toujours. Quand Les Verts affrontent le parti socialiste tout seul, il ne gagne pas.
Le Rassemblement de la gauche prend des formes extrêmement diverses. Entre Pierre Hurmic élu à Bordeaux et avocat, opposant politique chevronné et opposant de Juppé depuis 1/4 de siècle d’un côté, et le militant humanitaire qui prend la responsabilité de la ville de Lyon en n’ayant jamais exercé aucune responsabilité politique de sa vie, il y a évidemment une différence d’expérience, de culture et d’alliance politique. Il n’y a pas Les Verts, mais des alliances politiques qui ont porté des Verts à leur tête et qui gagnent parce que la gauche s’est refait la cerise.
Je constate que dans cette gauche, la formation la plus forte et de loin, reste le parti socialiste qui non seulement ne perd pas grand-chose à part Lorient, mais conserve par ailleurs toutes les grandes villes dans lesquelles il était engagé.
Même si cette architecture nouvelle de la gauche ne place pas le parti socialiste systématiquement à la tête de la future gauche plurielle, ce PS est en attendant une composante absolument essentielle de cette gauche-là. Conformément à ce que je pensais depuis longtemps, il n’est pas mort, pas complètement ressuscité, ainsi il n’est pas si mal en point.
Je constate que ce monde nouveau qui devait tuer les partis politiques ne les a pas tués sur le plan local, mais on distingue une fusée à trois étages. Cette élection municipale est plus grave. Il y a une double fracture. Une fracture entre les politiques nationales et les politiques locales avec une terrible déconnexion du pouvoir qui se mesure tous les jours. Et puis, dans les politiques locales, il y a une vraie fracture entre ces métropoles et grandes villes qui votent Vert parce que ses habitants de centre-ville ont envie de faire du vélo, et ces territoires ruraux qui votent traditionnellement pour des gens sérieux en place. Même si les écologistes arrivent à tirer un peu dans ces territoires-là, ils sont très rarement aidés ou sinon jamais. Il n’y a pas de green washing, mais simplement une fracture de la France qui continue de s’étaler de manière verticale et un échec terrible de la République En Marche.

Où en est la droite ?

C’est difficile. Si effectivement Les Républicains manifestent une vraie permanence à l’occasion de ces élections, ils ont pris quelques villes, mais en ont également perdu quelques-unes, en particulier Bordeaux et Marseille, mais aussi Annecy, Chambéry et Tours. Cela n’est pas rien.
Tant que Les Républicains persisteront dans une logique d’alliance, ils demeureront un syndicat de gestion d’intérêt local. Ce qu’ils ont d’ailleurs très bien réussi à être dans ces élections et avec un certain succès. Il faut quand même le dire. Maintenant, cela ne préjuge pas d’une offre politique nationale. Deux éléments sont absolument essentiels pour les prochains scrutins. Ils sont un élément programmatique. Il est clair qu’aucune formation de droite ne peut prétendre de l’emporter seule. Cela renforce le positionnement qui est le nôtre depuis trois ans. Il consiste à essayer tant bien que mal de réunir toutes les grandes bonnes volontés au même endroit. Jusqu’ici, nous n’y sommes pas parvenus, mais il n’y a pas d’autres solutions que celle-ci.

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