Quand se décidera-t-on à parler de « nation » ?

Dans son discours de politique générale, pas une seule fois n’a prononcé ce mot. En revanche, à tout bout de champ, il n’était question que de « république » et de ses « valeurs ».

Quand se décidera-t-on à comprendre que la république n’est pas un idéal ceint d’un ensemble de « valeurs » mais un mode d’organisation politique de la nation, exactement comme l’est la monarchie ou la tyrannie ? Rien d’autre. C’est, en réalité, le mode d’emploi d’un groupement humain.

La république que nous connaissons est très différente de la République romaine (509-44 av. J.-C.), coincée entre une royauté et un empire, ou de la république de Venise (1054-1797), ou encore des républiques populaires de sinistre mémoire. Tous ces régimes sont spécifiques, particuliers, mais répondent tous au même vocable passe-partout de « république ». Quelles valeurs la République française partage-t-elle, aujourd’hui, avec la – république populaire de Chine – ou la Corée du Nord – république populaire et démocratique de Corée ? Aucune ! Absolument aucune. Parlant de « valeurs », nous sommes beaucoup plus proches de la Grande-Bretagne ou de la Belgique, qui sont des monarchies, que de la République du Zimbabwe ou celle de Cuba.

Le gros problème de la France actuelle, que Jérôme Fourquet a bien identifié sous le terme « l’archipel français », c’est le séparatisme interne, la communautarisation, la « libanisation » du pays : beaucoup de gens qui vivent en France, naturalisés ou pas, ne se sentent pas français, insultent et conchient le pays ; c’est un manque typique d’esprit national. La France est devenue une terre fissile : gare à l’explosion. Pour endiguer ce phénomène mortel, la république ne sert à rien, elle se contente d’édicter des règles, qui seront peu appliquées parce qu’elles ne sont pas acceptées par ceux à qui elles s’adressent en priorité. On peut dire de la république ce que Nietzsche disait de l’État : « L’État est le plus froid des monstres froids. » La république n’est qu’un mode d’emploi. Avez-vous jamais vibré à la lecture du mode d’emploi de votre lave-linge ?

La nation, en revanche, c’est charnel, presque sensuel : on peut légitimement éprouver de la fierté de faire partie d’un pays, d’une nation. Elle est unique, irremplaçable, indestructible tant qu’on prend les moyens de la maintenir en vie ; d’où le nécessaire combat à mort contre tout communautarisme. La république est un squelette ; la nation est un corps de chair, vibrant, chaleureux, séducteur. La république organise et légifère ; la nation prend soin, cajole, punit, excite les passions ; elle est vivante et belle à voir. Quand on meurt en service commandé, c’est pour la nation, pas pour la république.

Alors, pourquoi ce mot est-il dévalorisé au point d’être oublié par le Premier ministre ?
Il est de bon ton, aujourd’hui, de ne mentionner le « nationalisme » qu’en se bouchant le nez. Parler « nation », c’est facho ! Ben voyons ! Dans le même temps, on proclame que l’on veut rapatrier nos industries en France : c’est un retour à la nation, pas à la république, qui s’en fiche éperdument. Alors ? Où est la logique ?

Messieurs les politiques, redorez le blason de la nation, s’il vous plaît. Et si vous rencontrez des gens que cet attachement horripile, tancez-les ou virez-les.

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