Benoît de Blanpré a succédé, l’année dernière, à Marc Fromager à la direction de l’Aide à l’Église en détresse. Homme de terrain, profondément animé par la charité au service des plus pauvres, ce dernier réagit aux persécutions chrétiennes qui ont lieu, le plus souvent, dans la plus grande indifférence médiatique…

Nadeem Joseph, un chrétien pakistanais, est décédé le 29 juin en martyr de sa foi. Son tort ? Vivre dans un quartier musulman. Certains l’ont surnommé le « George Floyd du  » en raison du caractère injuste et indigne de sa mort. Pour autant, mourir à cause de sa religion ne semble pas susciter autant d’indignation que de mourir à cause de ses origines ?

Nous constatons, à l’Aide à l’Église en détresse, que les persécutions qui touchent les chrétiens dans le monde demeurent mal connues. Il y a de nombreux cas d’exaction commises contre des chrétiens, des hindous et des Sikhs, au Pakistan, qui ne sont pas relevés par les médias occidentaux. Souvent, les autorités pakistanaises ne dénoncent pas clairement les agresseurs. C’est tout à fait évident dans le cas des jeunes filles chrétiennes qui sont enlevées « converties » et « épousées » de force. Nous parlons, cette semaine, de deux adolescentes de 14 ans qui sont, en ce moment même, entre les mains de leurs agresseurs, avec l’aval de la Justice pakistanaise (Maira Shahbaz et Huma Younus). Il y en a, malheureusement, de nombreuses autres.

 

Comment expliquer ce silence ou cette indifférence médiatiques à l’égard des chrétiens persécutés ?

Nous ne pouvons pas l’expliquer rationnellement. Mais ce qui est certain c’est que le fort mouvement de sécularisation observé en France engendre une méconnaissance du fait religieux dans son ensemble. Et lorsqu’on ne connaît pas un sujet, on y est moins sensible. Beaucoup ne voient pas la nécessité fondamentale de la liberté religieuse, qui est pourtant indissociable de la liberté de penser, de la liberté de conscience. Et pour ce qui concerne la religion chrétienne, je crois qu’en France, on a un certain complexe à affirmer notre culture judéo-chrétienne et notre foi. Mais heureusement, on voit aussi de plus en plus de chrétiens engagés qui n’hésitent pas à témoigner et à évangéliser.

 

Heureusement, l’Histoire nous réserve de belles surprises permettant de nourrir notre espérance. Que devient Asia Bibi ?

Oui, en effet, nous avons été émus de la rencontrer, fin février. Elle nous a transmis un très beau message de foi. Elle est, désormais, en sécurité dans un lieu tenu secret avec sa famille proche.

 

Elle a bénéficié d’une grande couverture médiatique. Mais n’y a-t-il pas d’autres Asia Bibi beaucoup moins connues et vivant le même sort ?

Oui, c’est cette couverture médiatique qui l’a sauvée. C’est pourquoi nous tenons tant à médiatiser les cas d’Huma Younus et de Maira Shahbaz, qui pourraient à leur tour devenir les images d’une pratique injuste, celle des mariages forcés, comme Asia Bibi le fut pour la loi anti-blasphème. Il y a, en ce moment, officiellement, un millier de détenus pakistanais qui sont emprisonnés en raison de cette loi, dont une cinquantaine de chrétiens. Parmi eux, Imran Masih, condamné à perpétuité pour blasphème, a fait appel de sa condamnation. Il est en prison depuis 2009. Son procès en appel a été rejeté 70 fois. Mais ces chiffres ne sont pas exhaustifs, car les registres des prisons pakistanaises sont mal tenus.

 

Vous avez pris la suite de Marc Fromager, il y a moins d’un an. Quel est votre objectif ?

Avec toute l’équipe de l’, nous voulons poursuivre la mission de notre fondateur, le père Werenfried, au service de l’Église souffrante partout dans le monde. Notre objectif est triple : informer – prier – agir. Nous réalisons un important travail d’information pour alerter sur la situation des chrétiens persécutés dans le monde à cause de leur foi. La situation au Pakistan en est une illustration parmi beaucoup d’autres, hélas. Nous prenons la parole au nom de ceux qui doivent se taire et se cacher parce qu’ils sont chrétiens. Il est inadmissible que des hommes soit persécutés, emprisonnés ou tués parce qu’ils sont fidèles au Christ ; la liberté religieuse est un droit fondamental. Ensuite, nous soutenons par la prière nos frères chrétiens persécutés ; nous croyons profondément que la prière est une source fondamentale de réconfort et d’espérance. Et, enfin, nous agissons en soutenant financièrement des projets sur les cinq continents qui permettent aux communautés chrétiennes de vivre, de survivre et de se déployer. Nous soutenons ainsi 1 prêtre sur 10 dans le monde, 1 séminariste sur 7 et 1 diocèse sur 3, avec plus de 5.000 projets par an. Depuis la pandémie du Covid-19, nous recevons de plus en plus de demandes d’aide d’urgence, notamment de prêtres et de religieuses qui non seulement n’arrivent plus à aider leur fidèles comme ils le faisaient jusqu’ici mais qui, en plus, n’ont même plus de quoi se substenter eux-mêmes. Je pense au Venezuela, au Soudan, à l’Ukraine, au ou encore à l’Inde… Les besoins sont immenses et je suis, à ce titre, très ému par la générosité de nos bienfaiteurs qui continuent à faire des dons alors qu’eux-mêmes se trouvent parfois confrontés à de nouvelles difficultés économiques. Et je reste confiant que la Providence nous aidera !

Propos recueillis par Iris Bridier