Editoriaux - Environnement - People - 1 août 2019

Harry, ce prince malthusianiste qui veut sauver la planète depuis sa couette

On déplore souvent que les têtes couronnées soient cantonnées aux inaugurations de chrysanthèmes. On regrette, pourtant, parfois qu’elles ne le soient pas encore assez.

Le duc de Sussex vient d’annoncer la raison pour laquelle la duchesse et lui n’auraient « que deux enfants » : par souci écologique. Laissant supposer, coup de pied de l’âne du puîné, que William et Kate avaient, avec leurs trois enfants, fait preuve de la plus grave inconséquence. Avoir deux enfants est très bien. Ne pas agrandir la famille est même leur droit le plus strict et, du reste, leur intimité ne nous regarde pas. Mais légitimer publiquement ce choix avec cet argument est aussi aberrant que préoccupant.

On a connu des princes anglais qui voulaient sauver leur couronne, comme Édouard III. On en a connu, tel Richard Cœur de Lion, qui voulaient sauver la chrétienté. On en a connu qui voulaient sauver l’Europe – le prince de Galles, futur Édouard VIII, prit part aux combats terrestres du front de l’Ouest, le duc d’York, son frère (futur George VI), participa à la bataille du Jutland. On en connut, encore, qui voulurent sauver l’intégrité de leur empire, comme le prince Andrew, officier de la Royal Navy pendant la guerre des Malouines, mais un prince qui prétend sauver la planète – rien que ça – depuis sa couette, sur le champ de bataille de sa chambre à coucher, avouons que ça ne s’était jamais vu. Mais chaque époque a les princes qu’elle mérite… et qu’hélas elle imite.

Victoria, relève-toi, ils sont devenus fadas ! Grand-mère de l’Europe, celle qui engendra neuf enfants et mena en même temps, avec l’aide de son bien-aimé mari, son pays tambour battant était d’une autre trempe que Harry.

C’est que la célèbre chute des contes de fées a changé : il se marièrent et ils eurent beaucoup d’argent.

Personne, il est vrai, n’aurait pressenti l’actrice Meghan Markle, eu égard à l’amour qu’elle semble porter à son impeccable plastique – ou comment draper son narcissisme dans l’altruisme – dans le remake de Treize à la douzaine, et sauf coup de main de la science, son mariage tardif, horloge biologique oblige, ne lui aurait pas permis, de toute façon, de le jouer dans la vraie vie : ces raisins sont trop verts, aurait dit La Fontaine. Et ces souverains, aussi.

Aucune leçon du passé ne semble avoir porté. Les paysans d’avant 14 se croyaient également plus malins et prévoyants que leurs aïeuls qui avaient procréé à tout va, et pensaient en concentrant leur héritage sur la tête d’un seul enfant sauver leur exploitation qui, à l’aune de leur horizon, leur tenait lieu de planète. On connaît la suite.

Les familles royales ont, à dire vrai, fort peu de choses à faire, et beaucoup à la fois : sourire avec élégance, saluer avec grâce depuis leur carrosse ou leur balcon et maintenir cette espérance commune, garante de l’unité nationale, à laquelle le spectacle d’une jolie famille juvénile participe. Quand un chef s’assied, ses troupes se couchent. Quand un (potentiel futur) roi se revendique par paresse, par idéologie, par bêtise (ou les trois à la fois), malthusianiste, c’est tout un peuple qui, cessant d’enfanter, se suicide. Comme les autres pays d’Europe, l’Angleterre est loin de renouveler ses générations. Harry est un ami qui ne leur veut pas du bien.

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