« Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie », a déclaré Bruno Le Maire, ce mardi matin, sur l’antenne de France Info. Une guerre économique et financière mais pas guerrière. Pas guerrière mais totale quand même. Des propos qui, à bien y réfléchir, font froid dans le dos. Dmitri Medvedev, ancien président de la Fédération de Russie et aujourd’hui vice-président du Conseil de sécurité de la Russie, a d'ailleurs aussitôt réagi : « Un ministre français a dit aujourd'hui qu'ils nous avaient déclaré la guerre économique. Faites attention à votre discours, messieurs ! Et n'oubliez pas que les guerres économiques dans l'histoire de l'humanité se sont souvent transformées en guerres. »

La guerre totale, ce que Clausewitz avait conceptualisé sous l’expression de « guerre absolue », on sait ce que c’est. L’Europe et le monde ont connu cela, il y a quatre-vingts ans. Hier. Cela se termina en apocalypse à Hiroshima et Nagasaki : plus de 100.000 morts civils en quelques minutes. Mais l’on pourrait parler de Dresde, en février 1945 : plusieurs dizaines de milliers de morts en deux jours. La guerre économique totale, on connaît moins. Quoique. Pour rester français et dépassionner le débat en remontant loin dans l’Histoire, on pourrait évoquer le blocus continental décrété par Napoléon, en novembre 1806, contre l’Angleterre. Il s’agissait de « vaincre la mer par la puissance de la terre ». Les Britanniques ripostèrent en décidant l'embargo des produits français, déclenchant ainsi une crise économique en Europe. Et comme ils avaient la maîtrise des mers, ils se tournèrent vers le grand large, notamment vers l’Amérique et les Indes, s’assurant une domination qui durera plus d’un siècle… La Russie d’aujourd’hui, qui est un vaste continent reliant, par exemple (et au hasard…), Iran et Chine, ne restera sans doute pas les bras ballants non plus…

Mais l’on aimerait que Bruno Le Maire développe un peu cette notion de « guerre économique et financière totale » et qu'il en explique bien les conséquences aux Français. Mener une guerre totale, c’est mobiliser toutes les ressources de la nation pour conduire cette guerre. Emmanuel Macron l’a un peu évoqué, samedi, au Salon de l’agriculture : « Cette guerre aura des conséquences sur nos exportations », déclarait-il aux agriculteurs. Mais pas que. Cette guerre aura des conséquences sur le coût de l’énergie, sur le coût de la vie tout court et tout à l'avenant, alors même qu'on sort à peine la tête de l'eau de la « guerre anti-Covid ». Les Français l’ont-ils d’ailleurs réalisé ? Appelons un chat un chat : lorsque l'on fait la guerre, c'est face à un ennemi. Et dans le concept de guerre totale, les civils sont tout autant des ennemis que les militaires, et ne sont donc pas épargnés.

Guerre économique et financière totale. Mais pas que. Guerre psychologique et symbolique totale. Ce mardi matin, la chroniqueuse Sophie Coignard, dans Le Point, suggérait que l’on retire la plaque de grand-croix de la Légion d’honneur à Poutine, distinction honorifique qui lui avait été remise en 2006 par Chirac. On imagine que cela va beaucoup émouvoir le maître du Kremlin ! Mais, plus sérieusement, ne sommes-nous pas en train de nous fabriquer un ennemi absolu – ou total ? Or, l’Histoire nous montre que face à un ennemi absolu, il n’y a pas de négociation possible, pas d'échappatoire, et que la seule issue est la guerre totale, jusqu'à l'anéantissement de cet ennemi. Est-ce vers cela que nous voulons aller ?

Bruno Le Maire, qui, un temps, se rêva président de la République et se veut aussi un homme de lettres, devrait se rappeler que les mots peuvent aussi tuer. Mardi après-midi, il rétropédalait en déclarant à l'AFP : « Le terme de “guerre” utilisé ce matin sur France Info était inapproprié et ne correspond pas à notre stratégie de désescalade. »

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 02/03/2022 à 20:10.

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01 mars 2022 à 19:35

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69 commentaires

  1. Ben voyons et tant qu’on y est il y en aurait d’autres à retirer quand on voit qui la reçoit .

  2. Faut s’attendre au pire avec ces oiseaux de malheur , les mêmes qui ont gérer autoritairement la  » guerre au covid  » sont à la manoeuvre pour une vrai celle là et voir comment ils s’y prennent déjà , çà craint, car toutes les déclarations guerrières contre la Russie vont peut être déclencher une riposte dont nous pouvons malheureusement tous y rester .

  3. Légion d’honneur….
    Et quel honneur ? Franchement, quand on voit à qui elle est donnée, Poutine devrait être plutôt fier d’en être débarrassé. La Russie interdite de compétitions sportives européennes et Poutine privé de légion d’honneur, quelles sanctions ! !! Tremble Poutine , tremble ! !!!

  4. Que les Français réfléchissent un peu au lieu de s’emballer pour ces « gentils Ukrainiens face aux méchants Russes ». L’Ukraine d’aujourd’hui est un pays de création récente amalgamant des populations de différentes origines devenu un nœud de vipères dominé par la corruption, le crime et la prévarication. Que personne n’oublie que depuis plus de 5 ans le génocide au Donbass c’est comme si l’Allemagne n’arrêtait pas de tirer au canon sur des Alsaciens-Lorrains qui ne voudraient pas être Allemands.

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