Guerre en Ukraine : désormais plus longue que la guerre de 14-18

Et si cette guerre n’était qu’un commencement d’une « guerre d'Europe » beaucoup plus longue ?
CHARS UKRAINE

Le 11 juin prochain, la guerre qui a débuté le 24 février 2022 en Ukraine, lors de l’attaque surprise russe, aura duré un jour de plus que la Première Guerre mondiale, soit 1.567 jours, entre le 28 juillet 1914 et le 11 novembre 1918. Certes, les pertes humaines sont moins importantes que celles subies durant le premier conflit mondial, mais certains aspects peuvent sembler similaires, comme l’immobilisme des combats et l’impossibilité, aujourd’hui, pour les deux belligérants, d’y mettre fin. Et si cette guerre n’était, en fait, que le commencement d’une guerre beaucoup plus longue au cœur de laquelle se trouverait notre Europe, le véritable enjeu du contrôle de l’Eurasie entre Russes, Chinois et Américains ?

Une guerre de cousins

Les Russes ont pour principale caractéristique d’être les voisins et les cousins des Ukrainiens. Une histoire commune, souvent douloureuse, lie les deux peuples. L'Ukraine, pour sa part, était tiraillée, jusqu’au début de cette guerre, entre sa volonté de rejoindre le monde occidental, de se libérer définitivement de ses « grands frères russes » et ses proximités géographique et historique avec la Russie. Le Donbass, province de l’est de l’Ukraine, est peuplé de russophones qui, s’estimant désavantagés par le pouvoir de Kiev, prirent les armes en 2014 contre le pouvoir de Kiev. Ils furent bien entendu soutenus par le voisin russe. Pourtant, lors d’un accord politique signé vingt ans plus tôt en 1994 à Budapest avec les Russes, et ce, en présence des Américains et des Britanniques, rejoints par les Français et les Chinois, les Ukrainiens avaient accepté de céder les armes nucléaires héritées de l’URSS aux Russes en échange de la reconnaissance de leur indépendance et de leur souveraineté à l’intérieur des frontières d’alors. Sans doute est-ce pour cela, entre autres raisons, que les trois puissances occidentales qui avaient été garantes de cet accord se sont senties obligées de soutenir, surtout financièrement et matériellement, l’Ukraine attaquée en 2022. En effet, lorsque la Russie annexa la Crimée, dix ans plus tôt, aucune des trois puissances n’avait envisagé alors de soutenir l’Ukraine en vue de reconquérir la presqu’île perdue. La Russie fut simplement l’objet de premières sanctions économiques et politiques.

Aujourd'hui, un vingt et unième train de sanctions économiques et financières va d'ailleurs être pris par l’Union européenne contre la Russie sans que celle-ci, malgré cinq ans d’embargo, ne soit mise à genou économiquement et, de fait, contrainte à signer un cessez-le-feu durable. De son côté, l’Ukraine ne peut que se défendre stratégiquement, même si elle continue à montrer qu’elle peut frapper loin et fort, à l’intérieur du territoire russe, y compris à Moscou et, dernièrement, aussi, à Saint-Pétersbourg. Les Américains et les Européens ont déjà tenté sans résultat tangible d’exercer des pressions sur les deux belligérants sans que ces actions aient permis, jusqu’à présent, de mettre fin à la guerre. Alors, que comprendre ?

Une guerre de territoires

Comme dans le cas de la Première Guerre mondiale, la Russie et l’Ukraine se font la guerre davantage pour des enjeux territoriaux que pour des questions idéologiques ou civilisationnelles. Pour ce faire, l’Ukraine a concentré ses efforts dans la préservation de ses effectifs militaires alors que sa population ne compte plus qu’une trentaine de millions d'habitants dans les territoires qu'elle contrôle. Elle utilise des drones et des robots pour accentuer l’attrition des soldats russes, espérant que ces derniers refusent de combattre à l’image de leurs anciens de l’armée tsariste en 1917.

De leur côté, les Russes poursuivent leurs efforts offensifs en vue de conquérir les dix pour cent qui leur manqueraient encore pour atteindre leurs objectifs territoriaux mais aussi, et surtout, pour provoquer un changement de gouvernement en Ukraine et remettre ce pays dans leur aire d’influence. Il s’agit, en bref, de refaire de l’Ukraine un État satellite, une sorte de Biélorussie.

Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky proclament partout, encore la semaine dernière, qu’ils seraient prêts à se rencontrer pour parler de paix, mais en attendant cette possibilité, les deux pays souffrent encore de pertes humaines considérables que, sans doute, peu de pays en Occident seraient aujourd’hui prêts à consentir. Les Russes, selon les alliés occidentaux, auraient déjà perdu plus d’un million de combattants (dans un pays qui en compte 146 millions) et les Ukrainiens autour de cinq cent mille. Chiffres, d'un côté comme de l'autre, difficilement vérifiables. Si la ligne de front ne bouge pas beaucoup, la guerre se joue aussi sur les arrières, d'un côté comme de l'autre, avec notamment les Russes qui bombardent des agglomérations ukrainiennes, provoquant ainsi la terreur et maintenant le sentiment d’insécurité dans la population. « Pourvu que l'arrière tienne bon ! », disaient les poilus dans les tranchées, durant la Grande Guerre...

L'économie de guerre de la Russie

Les deux armées sont encore soutenues par leurs populations respectives, et pour l’instant, aucune des deux opinions publiques ne fait suffisamment pression sur son gouvernement pour signer la paix. L’Union européenne pense même que cette guerre ne serait que le prétexte pour la Russie à en engager d’autres, notamment contre les républiques baltes, voire la Pologne qui se réarme considérablement. Dans cette hypothèse, les Européens auraient-ils la même volonté de se défendre que celle montrée par les Ukrainiens ?

Ce qui est certain, c'est que la guerre entre Russes et Ukrainiens ne pourrait se terminer que si l’une des deux parties s’écroule, tant dans sa volonté de combattre que par manque de capacités. Les Russes ont mis sur pied une véritable économie de guerre qui « permet à la guerre de nourrir la guerre », comme l’écrivait l’entrepreneur de guerre Wallenstein, durant la guerre de Trente Ans. Wallenstein eut un destin tragique car il comptait sans doute éclipser l’empereur Rodolphe, et tel fut sans doute aussi, à un moindre niveau, celui du sinistre « cuisinier du Kremlin » Evgueni Prigojine. La Première Guerre mondiale vit trois empires s’effondrer, et peut-être verrons-nous aussi les empires russe, iranien et chinois s’écrouler, mais au bout de combien de batailles ? En fait, la guerre d’Ukraine ne serait-elle pas aussi, quelque part, le début de « la guerre d’Europe » dont l’enjeu serait, aujourd’hui comme hier, le contrôle de la zone-pivot (Heartland) chère au géographe britannique John Mackinder, dans un article écrit en 1904 sur le « pivot géographique de l’histoire » ?

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 08/06/2026 à 16:35.

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

69 commentaires

  1. L’histoire et la composition humaine de l’Ukraine laissent apparaitre une réalité qui gène beaucoup de prédateurs, tant du côté européen que du coté russe. Il existe deux Ukraine : l’une occidentale et chrétienne vers Rome à l’ouest de Dniepr , l’autre slave et chrétienne tournée vers Moscou, la seconde Rome, à l’est du Dniepr. Le Dniepr marque la frontière physique réelle entre européens et slaves. Là, la guerre devrait s’arrêter et les souffrances cesser, chacun retournant chez lui. Mais Monsieur Zelensky roule pour des intérêts qui ne sont pas ceux des Ukrainiens et Madame von der Leye ne veut pas le savoir .

  2. Nous n’en serions pas là si la France, l’Allemagne, le Royaume désuni et les USA n’avaient pas été chatouiller la barbichette de Poutine. Faire croire au joueur de piano debout que l’Ukraine avait vocation à devenir membre de l’OTAN et de l’UE était criminel et l’est encore. En effet les conséquences géographiques de cette promesse étaient de priver la Russie de son accès libre aux mers chaudes. Pour la Russie c’était la perspective d’un blocus inacceptable et ça se comprend. Cette imbécilité de débutants en géopolitique a conduit à cette guerre qui n’est pas une guerre de 100 ans mais de plus de 500 ans. La Russie arrivera coûte que coûte à ses fins compréhensibles. C’est vital pour elle, le nier est criminel que que soit son dirigeant poutine, le tsar, une impératrice allemande Catherine I ou II. Si par malheur la Russie était démantelée, la Sibérie deviendrait une région libre à conquérir par la Chine avec son 1.5 milliard d’habitants. L’Europe veut-elle avoir pour voisine La Chine ???

  3. Le problème est que faire une guerre n’apporte jamais aucune solution utile. Aujourd’hui, vu l’importance de la technologie, elle ruine automatiquement le pays qui la pratique. Un dirigeant intelligent, espèce dont nous sommes en manque au niveau mondial, évite de faire la guerre. La perspective d’une troisième guerre mondiale semble abordée dans cet article d’une manière très légère, comment serait le monde après une telle guerre ?
    Poutine, s’il avait un cerveau, aurait compris que 1) même s’il arrivait à occuper l’Ukraine, il trouverait toujours un pays lié à l’Europe à l’ouest de l’Ukraine. Son rêve d’empire soviétique est obsolète et s’il satisfait une fraction de la population russe qui a été biberonné dans le souvenir de la boucherie de la seconde guerre mondiale (pardon, je voulais dire la grande guerre patriotique), l’invasion et l’occupation éventuelle de l’Ukraine ne lui servirait absolument à rien. Beaucoup de jeunes russes ont décidé de ne pas participer à cette nouvelle tuerie inutile et ont fui le pays. 2) Ce faisant, il aurait augmenté la superficie de son pays d’une fraction de pourcent et tué des millions de gens 3) Au bout du compte, il a « réveillé » l’OTAN et exacerbé le nationalisme ukrainien 4) Il n’a aucune manière de sortir vainqueur de ce conflit. Lui, comme les américains ne peuvent que perdre les guerres qu’ils commencent, et je crois que son problème principal n’est pas le nombre de morts qui continue à augmenter, mais comment sortir de cette situation en pouvant revendiquer une victoire qui n’en sera jamais une. Son ego est plus important que les massacres qui continuent 5) Il aurait construit quelques villes nouvelles proches de la frontière ukrainienne, pour y faire habiter les ukrainiens russophones qui se plaignaient de vivre dans une Ukraine pro européenne, il aurait fait fonctionner son industrie, et résolu le problème de manière pacifique. Il pourrait le faire aussi pour les russophones des pays baltes.

    • C’est plutôt L’OTAN qui a  » réveillé » et énervé l’Ours Russe par de nombreuses provocations, et le non respect des accords de Minsk, sciemment annulés par Hollande et Merkel. Et que dire des années de tirs sur le Dombass par l’Ukraine ?
      Quant au  » cerveau » de Poutine, si seulement d’autres chefs d’État pouvaient avoir le même, et surtout le même patriotisme chevillé au corps, le monde se porterait mieux.
      Les Européens ont failli et trahi leur  » concept » de paix, soufflant sur les braises d’une guerre qu’ils ont financée, alors qu’elle n’était pas la leur. Ils n’ont jamais parlé de paix, car ils veulent une guerre pour fédérer et federaliser toute l’Europe en un seul État.

  4. Et oui, plus de 4 ans que ce massacres inutile dure. Quand je pense qu’en 2022 les Poutinolatres nous expliquaient doctement que l’armée Russe est la plus puissante du monde et que cette « Opération spéciale » allait être pliée en 2 temps 3 mouvements….

  5. Encore un article sur la guerre en Ukraine que je trouve très léger. Si on se dit expert en géopolitique il faut faire l’effort de comprendre les différents points de vue (ce qui ne veut pas dire les approuver), et il faut éviter de supposer que certains ont tel ou tel objectif. Il faut surtout faire une analyse sérieuse des causes avec l’enchaînement des faits significatifs.

  6. Un seul a dit ses « 4 vérités » à zelensky ! … JD VANCE ! …
    Depuis le « joueur de piano » a continué à jouer du pipo mais qu’avec macron et ses copains de la « coalition des vols en terre » ukrainienne ! …

  7.  » Guerre en Ukraine, désormais plus longue que la guerre de 14 -18  » mais pas encore aussi longue que la guerre Irak / Iran qui dura 8 ans….
    Malgré le soutien de la communauté internationale pour l’Irak, ni gagnant, ni perdant, des accords de cesser le feu pour ( enfin ) mettre fin aux massacres. Beaucoup de similitudes avec le conflit Russie / Ukraine….

  8. Cet article, nettement pro ukrainien et pro européen, ne traduit pas la réalité. Si le Dombass a pris les armes en 2014, ce n’est que pour se défendre contre les attaques journalières des milices ukrainiennes. La Russie montre de par « l’immobilisme des combats » qu’elle ne souhaite pas occuper l’Ukraine mais seulement assurer la sécurité des populations russophones et russophiles des provinces du Dombass. Quand à l’Europe, essentiellement par ses présidents français, anglais et allemand, soutenus en cela par la commission européenne, elle pousse à une guerre avec la Russie qui permettrait, par l’instauration d’une loi martiale, de faire taire les revendication populaires et éviterait un effondrement du système bureaucratique et autoritaire de la commission européenne auquel l’Europe actuelle ne survivrait pas. L’auteur reste figé dans un monde d’avant qui disparait. Les U.S.A perdent leur hégémonie et la Russie et la Chine sont sans doute avec les pays des BRICS les acteurs économiques de demain.

  9. Lors de la Cérémonie de Clôture du dernier Festival de Cannes, Le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev a reçu le Grand prix du jury.
    Il a profité de son discours de remerciements pour lancer un message à Vladimir Poutine.
    Ce réalisateur, qui vit en exil en France depuis 2022, a demandé au maître du Kremlin de mettre un terme à la guerre avec l’Ukraine.
    Son discours, très lucide, est sans ambiguïté, et nous pouvons que le soutenir :
    « Des millions de gens de part et d’autre de la ligne de front ne rêvent que d’une chose, que les massacres cessent », a lancé Andreï Zviaguintsev sur la scène du Palais des Festivals, dans un message lu en russe.
    Il a rajouté :
    « La seule personne qui puisse mettre fin à cette boucherie est le président de la Fédération de Russie.  »

    Si seulement le dictateur et criminel de guerre du Kremlin pouvait l’entendre …

    • Même message à adresser à Zelinsky, qui sacrifie son peuple, après avoir fait tirer sur le Dombass, et n’ayant plus aucune légitimité.

  10. la politique du containment du heartland par l’empire de la mer en provoquant ou soutenant des conflits dans le rimland est toujours d’actualité, elle se double d’un transfert de richesse extraordinaire de richesse non maitrisée, vaste lessiveuse mondiale qui ouvre un boulevard aux partisans d’une guerre sans fin. L’europe ,n’a pas de stratégie, subit une immigration incontrôlée, encourage des politiques suicidaires et voit fondre sa natalité et sa puissance industrielle. Le Grand jeu exposé par Mackinder, Spickman, Brzezinski, continue sa voie mais les organisations qui mènent le combat s’affaiblissent, la Chine, la Russie et d’autres deviennent plus puissantes mais l’Europe se suicide lentement et va vers l’échec. Van der Layen est le joueur de flûte de Hamelin par les frères Grimm, nous perdons l’essentiel, notre avenir et celui de nos enfants.

    Pour mémoire la Guerre Russo-Ukrainniene ne date pas de 2022 mais de 2014.
    2022 n’est que l’ouverture d’un nouveau chapitre, en attendant le prochain.

  11. Encore un article rédigé par un spécialiste qui ignore toute l’histoire diplomatique entre la Russie et l’Occident, l’OTAN. Toutes les garanties demandées par la Russie ont été rejetées, les accords de Minsk violés, et l’Ukraine a été transformée en base US depuis le coup d’Etat dee Maïdan., 18 000 victimes de bombardements à Donetsk, qui s’amplifiaient avant la réaction russe.
    Heureusement que les interventions des lecteurs redressent la vision faussée de l’auteur, qui nous ferait presque croire à une invasion russe prochaine.

  12. L’Europe a annexé la France mais la Russie n’a certainement pas annexé la Crimée car il y a eu un référendum, respecté celui-là. Il s’agit simplement d’une réunification.

  13. « une guerre plus longue que celle de 14-18 » mais qui, sans les anglais, les allemands et la france de macron, n’aurait durée qu’un mois.

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