Parc Dragon Ball en France : troquer Gargantua pour les mangas ?
Le symbole est aussi saisissant qu’il est révélateur : à l'exact endroit où, en 1987, naissait le premier parc d’attractions national, consacré aux contes et aux grands romans français, un complexe de loisirs monumental dédié à l'univers japonais de Dragon Ball pourrait bientôt éclore, porté par des investisseurs saoudiens, sous le regard complaisant de nos pouvoirs publics. Le projet, révélé par Politico, n’a pour l’heure fait l’objet d’aucune confirmation officielle de l’Élysée ou des collectivités concernées, mais il pourrait voir le jour à Courdimanche, dans le Val-d'Oise, sur le site de l’ancien parc d’attractions Mirapolis, dont l'immense statue du héros de Rabelais avait, un temps, fait la renommée. Et alors que tant de nos références culturelles sombrent dans l’oubli d'une génération de moins en moins familiarisée avec l’imaginaire français, pourtant si riche, nous voilà en train de troquer Gargantua pour les mangas.
L'abandon de l'imaginaire français
« Plutôt que Dragon Ball, pourquoi ne pas avoir choisi Les Misérables, Alexandre Dumas, Saint-Exupéry et son Petit Prince ? » Pour Nicolas de Villiers, le choix est incompréhensible. L'homme qui, au Puy du Fou, s'ingénie à faire rêver petits et grands autour d'histoires, de légendes et de récits communs à tous les Français, confie à Boulevard Voltaire « regretter de manière assez passionnée qu'il n'ait pas été trouvé dans l'imaginaire français » de quoi nourrir un projet de loisirs qui mise sur « les grandes figures ayant, d'une manière ou d'une autre, fait la France et ce que nous sommes ».
Comme si notre pays manquait de génie, d'imagination, d'histoires à raconter aux enfants, voilà qu'on déroule le tapis rouge à des étrangers qui, à coups de milliards d'euros, s'apprêtent à façonner un nouvel imaginaire dans les petites têtes blondes qui ont déjà peut-être oublié les noms de nos Trois Mousquetaires.
Une incontestable démonstration de « soft power »
C'est tout autant le manque de confiance en nos récits français que la naïveté de nos dirigeants que fustige Nicolas de Villiers. La « stratégie culturelle » assumée par l’Arabie saoudite, « connue pour être très impliquée dans sa manière de faire rayonner ce qui fait les repères de sa civilisation », ne fait ici aucun doute pour le président du Puy du Fou. Pas question, en effet, pour l’entrepreneur de n’y voir qu’un investissement commercial. L’Arabie saoudite a d’ailleurs formalisé cette ambition dans sa « Vision 2030 » et développe notamment Qiddiya City, vaste projet de loisirs et de divertissement appelé à devenir l’un des étendards de cette politique d’influence culturelle.
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L’implantation d’un parc Dragon Ball sur le sol français peut et doit donc être considérée comme le pion d’une « bataille des imaginaires », estime Nicolas de Villiers auprès de Boulevard Voltaire. Une bataille dont les États-Unis ont longtemps été les grands vainqueurs, notamment grâce au cinéma et à l’essor de l’« American Way of Life », mais dans laquelle de nouvelles puissances cherchent désormais à occuper leur place, et où la France, estime-t-il, serait loin d’être sans atouts.
« Nous avons démontré au Puy du Fou que c'était possible »
La première place mondiale de l'Hexagone en matière de tourisme témoigne d'ailleurs de l’attractivité de son imaginaire et de ses références. Le président du Puy du Fou en veut pour preuve les succès récents du cinéma français, du Comte de Monte-Cristo aux Trois Mousquetaires, en passant par le film consacré au général de Gaulle, mais aussi, constate-t-il humblement, celui de son propre parc. Avec ses spectacles historiques, le Puy du Fou a déjà démontré qu’un imaginaire français pouvait non seulement trouver son public, mais aussi constituer un modèle économique viable.
Pourtant, l’État choisit de laisser la place à des investisseurs saoudiens pour importer une franchise japonaise, loin de miser sur le patrimoine culturel français, « qu’il nous appartient d’enrichir et de transmettre », estime Nicolas de Villiers qui craint que nos dirigeants aient renoncé au « sens commun qui consiste à d’abord se tourner vers notre culture, vers notre patrimoine, cet immense héritage dont nous sommes des dépositaires ».
Pour éviter « la haine de soi » à croire qu’on va « mieux aimer l’autre en se détestant », Nicolas de Villiers propose un remède évident : « proposer cet imaginaire français pour finalement faire rêver les jeunes générations et les enraciner dans des souvenirs communs qui sont ceux qui ont fait la France ».
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