À la découverte des plus anciennes fresques carolingiennes d’Europe
Au cœur de la vallée de la Vienne, dissimulé au milieu d'un cimetière, se trouve un petit édifice religieux presque tombé dans l'oubli. Entourée de tombes dont certaines remontent à l'époque mérovingienne, cette église est en réalité un véritable écrin abritant un trésor de plusieurs siècles. Ainsi, au pied de la ville de Chauvigny, dont le riche passé médiéval est illustré par les ruines de ses cinq châteaux, l'église Saint-Pierre-les-Églises apparaît comme un joyau de l'art roman. Sa préservation a nécessité d'importants travaux de restauration, presque achevés aujourd’hui.
Un morceau de l’Histoire poitevine
Bien avant l'édification de l'église, le site actuel de Saint-Pierre-les-Églises était un lieu de passage, de vie, mais aussi de mort. En effet, autrefois passait non loin de là, l’ancienne voie romaine rejoignant Limonum (Poitiers) et Avaricum (Bourges). Quelques vestiges de cette époque, encore visibles aujourd'hui, sont accolés à l'église, attestant de la présence romaine dans la région du Poitou. Avec l'arrivée des peuples barbares en Gaule quelque temps après, cet endroit devint un cimetière, comme en témoignent les sarcophages mérovingiens présents encore au sein de la nécropole et ornés de bas-reliefs. Ce n'est qu'au VIIe ou VIIIe siècle que les premières fondations de l'église Saint-Pierre-les-Églises furent posées au bord de la Vienne, avant que le monument religieux ne s'élève vers les cieux.
Les plus anciennes fresques carolingiennes d’Europe
Selon un texte du XIIe siècle, l'église reposerait sur les vestiges d'un ancien temple dédié aux dieux protecteurs des navigateurs de la Vienne. L'édifice, de plan simple avec une grande nef charpentée, présente un chœur orienté vers l'est - une tradition symbolique, pour les chrétiens. En effet, le soleil levant à l'est incarne la victoire du Christ, de la vie et de la lumière sur la mort et les ténèbres. Mais au-delà de l'importance de cette orientation, l'abside voûtée est aussi le réceptacle d'un trésor artistique exceptionnel. Sur ses murs voûtés subsistent de nombreuses fresques représentant des épisodes évangéliques tels que la Visitation, le Bain de l'Enfant Jésus, la Chevauchée et l'Adoration des mages, la Crucifixion, ainsi que le Combat entre l'archange saint Michel et la Bête de l'Apocalypse. Ces œuvres d'art, destinées à faciliter aux fidèles la compréhension des Saintes Écritures et datées (par carbone 14) entre 780 et 980, sont considérées comme parmi les plus anciennes fresques carolingiennes d'Europe.
Oubli et restauration
Malheureusement, avec l'essor de la ville de Chauvigny, la petite église de Saint-Pierre-les-Églises connaît un lent déclin mais réussit malgré tout à résister aux assauts du temps et à l'oubli des hommes. Ainsi, elle échappe à l'attention de Prosper Mérimée, qui ne la fait pas figurer dans son inventaire des monuments historiques, comme il l’avait fait pour de nombreux édifices de la région poitevine. Ce n'est qu'en 1952 que l'église et son cimetière sont enfin classés et protégés au titre des monuments historiques.
Désireuse de préserver ce patrimoine unique, la ville de Chauvigny, désormais gestionnaire de l'édifice, a entrepris dès 2020 une vaste campagne de restauration. La première phase de travaux concernait la réhabilitation de l'extérieur de l'église. Ce n'est qu'au début de l'année 2023 que la préservation des fresques à l'intérieur de Saint-Pierre-les-Églises a commencé. Le coût de cette nouvelle étape s'est élevé alors à 361.712 euros, financé à hauteur de près d'un tiers par la ville de Chauvigny, à 33,6 % par l'État, 12,6 % par la région Nouvelle-Aquitaine et 25 % par le département de la Vienne.
À l'été 2024, les travaux sont enfin entrés dans leur phase finale, permettant la réouverture de l'église lors de visites guidées, pour le plus grand bonheur des curieux, des visiteurs, mais aussi des croyants. Ce projet de sauvegarde offre ainsi une seconde vie à ce patrimoine religieux exceptionnel, témoin de l'histoire et de l'art du haut Moyen Âge, au cœur du beau Poitou.

©Accrochoc
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16 commentaires
Et dire qu’il y en a qui ose prétendre qu’il n’y a pas de culture Française !!!! Un bon cours d’histoire leurs feraient le plus grand bien !
Lorsque vous évoquez les peuples barbares je pense que les Mérovingiens l’étaient aussi puisque à l’origine c’étaient des Francs qui n’étaient pas forcément des agneaux, j’ai aussi un problème avec les dates énoncées en effet la fin des Carolingiens se situe au milieu du huitième siècle puisque la dynastie s’achève avec Childeric III en 751, la succession par les Carolingiens peut débuter.
Mr de Mascureau, je vous suggère (j’aimerais vous suggérer) de vous intéresser aussi à l’église de Saint Hilaire, de Melle (79)…Son architecture extérieure ( je n’ai jamais pris le temps de la visiter), avec ses pierres blondes à la tombée du soleil, quel ravissement pour les yeux! Ad Majorem Dei Gloriam!
Les bandes dessinées de l’époque qui racontent notre histoire. Notre reconnaissance doit aller à ces artistes, même si leurs dessins ne sont pas parfaits, ils expriment un contexte, un récit, nous permettant de mesurer le temps parcouru et le vécu de nos ancêtres.
Baptisé et devenu athée, je ne suis pas un fervent chrétien, je respecte malgré tout toutes les religions. Aimant l’histoire, cet article est bien écrit et apporte la culture, je n’y vois aucune critique. Je pense que les articles intéressants sur BV sont légion, passez votre chemin et choisissez un autre sujet.
Merci Monsieur pour ce rappel ! A noter, en France, un autre très ancien vestige carolingien : le tympan de l’abbaye de Marcillac-sur-Célé, dans le Lot.
Saintes Ecritures, Calice Sacré, Parole de Dieu, Verbe du Saint-Esprit… etc. Ça gonfle !
Et oui, le christianisme est partout, la France n’existe pas que depuis l’horrible révolution anticléricale de 1789 . C’est le christianisme qui l’ a façonnée ne vous en déplaise, il y en a donc des traces encore partout et elles sont bien visible tant mieux.
Bravo ! J’abonde dans votre sens.
Peintures aux tracés infantiles et aux thèmes propagandistes qui illustrent mieux que n’importe quel long discours l’immense régression survenue depuis l’Antiquité Gréco-romaine !
Bobo n’a pas l’air de réaliser que le XX siècle en matière d’art a fait pire avec Picasso et autres farfelus modernistes et le XXI siècle est parti pour pire encore. Quant aux thèmes propagandistes ils sont partout avec même musique et pub sans parler de l’islam assassin.
Vous avez totalement raison, j’aurais employé le terme « inondé quotidiennement » alors que dans ce cas il n’exprime qu’une page d’histoire.
Le problème soulevé ici, ce ne sont pas les dessins mais les messages qu’ils
transmettent… à une époque très obscurantiste !
C’est certain que pendant l’Antiquité, on savait vivre. Villes vaincues rasées, habitants égorgés ou réduits en esclavage, etc.
Et les merveilles sanglantes des jeux du cirque, dommage que la tradition ne s’en soit pas perpétuée.
Sans oublier les perversions sexuelles officiellement pratiquées, il n’y a qu’à lire la vie des 12 césars de Suétone.
On fait mieux aujourd’hui, mais à plus grande échelle… Le progrès !
Rien à voir, vous parlez des guerres et les guerres se sont multipliées après la chute de l’Empire Romain et pendant toute l’Ere Chrétienne. Et un esclavage quasi généralisé s’est étendu à toute l’Europe avec l’institution du servage. Quant aux perversions sexuelles elles sont présentes dans toutes les civilisations, et les chrétiens sont loin d’être en reste !