[CINÉMA] The Ugly, la laideur au cœur d’un mystère familial

Un film qui explore l'obsession coréenne pour la beauté à travers une enquête familiale.
© 2025 WOWPOINT and Plus M Entertainment. All Rights Reserved
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Il était fortement attendu des amateurs de cinéma coréen ; le dernier film en date de Yeon Sang-ho, réalisateur de Dernier train pour Busan, de sa suite Peninsula et de Psychokinesis, est une adaptation de son premier roman graphique, Face, paru en 2018. Intitulé The Ugly, pour sa distribution à l’international, le film traite largement du rapport quasi pathologique des Coréens à l’égard de la beauté, Séoul faisant pratiquement figure de « capitale mondiale de la chirurgie esthétique » avec une centaine de cliniques recensées. Les interventions, largement encouragées par la société, par les célébrités et les programmes télévisés, sont parfois même offertes comme cadeau de fin d’études, c’est dire la psychose liée aux imperfections physiques.

L’éradication d’une « moche »…

Le récit de The Ugly se déroule de nos jours dans la capitale sud-coréenne. Im Yeong-gyu, fabriquant de sceaux personnalisés et artisan de renom, malgré sa cécité de naissance, reçoit la visite d’une journaliste qui réalise un reportage sur sa réussite professionnelle. En marge du tournage, Im Yeong-gyu et son fils Im Dong-hwan apprennent que les ossements de la mère de famille, Jeong Yeong-hui, disparue depuis quarante ans, ont été retrouvés. Les autorités n’écartent pas la piste du meurtre mais le délai de prescription étant écoulé, aucune enquête ne sera ouverte…

Poussé par la journaliste, qui voit là l’opportunité d’un sujet croustillant, le fils de l’artisan, nullement naïf sur ses intentions, entame à ses côtés une enquête officieuse sur le passé de sa mère, le conduisant à mener une série d’entretiens avec les anciens collègues de travail de celle-ci, du temps où Séoul était en plein développement industriel, dans les années 70. Très vite, Im Dong-hwan et la journaliste sont interloqués par la façon décomplexée qu’ont tous ces gens d’évoquer la disparue. Abondamment décrite comme « laide », « monstrueuse », la pauvre Jeong Yeong-hui est gracieusement surnommée « Tête de cul » (!). Atterrés, nos deux « enquêteurs » comprennent au fil de leurs entretiens que la question de son physique est directement liée à sa disparition…

Égalitarisme dans la monstruosité

Avec une pré-production de deux semaines seulement, treize jours de tournage et une équipe technique d’à peine vingt personnes, The Ugly relève d’une forme d’exploit, en dépit d’un scénario prévisible, plutôt bavard et cousu de fil blanc. Néanmoins légitime, le film a le mérite de mettre sur un pied d’égalité la laideur morale des uns et des autres ; l’artisan et son fils ne seront d’ailleurs pas épargnés au cours du récit, loin de là. Comme quoi, souffrir de cécité, ou de tout autre handicap, ne rend pas forcément plus tolérant à l’égard de son prochain ; les plus vulnérables savent très bien se nuire entre eux. C’est précisément la lucidité de ce discours qui confère au film toute son originalité. Contre toute attente, la journaliste, au départ intéressée, va peut-être se révéler plus vertueuse que les autres…

Plutôt mineur dans la carrière de Yeon Sang-ho, The Ugly tire sa valeur de son concept et de ses intentions.

2,5 étoiles sur 5

 

 

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

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