[POINT DE VUE] La France finance le métro d’Abidjan mais veut raboter les aides aux familles
L’Afrique - elle ne cesse de le clamer par la voix de ses dirigeants - n’en peut plus de la tutelle coloniale française sous ses diverses formes, de plus en plus hypothétiques d’ailleurs. Le Mali, le Tchad, le Niger ont viré nos troupes sans ménagement après avoir accepté qu’une centaine de nos soldats laissent leur vie au Sahel, pendant que les ressortissants de ces pays venaient s’installer chez nous au lieu de défendre leur pays d’origine. En Côte d’Ivoire, il faudra désormais compter avec une autre forme d’hypocrisie : le financement des infrastructures publiques.
La Corrèze plutôt que le Zambèse. https://t.co/qW0JHP4YGw
— Damien Rieu (@DamienRieu) August 13, 2026
À ce sujet — 37 mesures (insuffisantes) pour relancer la natalité
À Abidjan, on se prépare à construire un métro, sur le modèle - pourrait-on dire, si l’on ne craignait pas d’être taxé de suprémacisme - de ce que les grandes capitales européennes ont réussi à faire, il y a plus de cent ans. Tout neuf, dernier cri, le métro de la plus grande ville ivoirienne a besoin d’aide, notamment pour déplacer un canal d’évacuation des eaux usées. Jamais avare des deniers de ses contribuables, mais jamais désireuse de leur demander leur avis non plus, la France a obligeamment prêté son concours et son argent. En plus du déplacement de ce canal, nous allons également financer des infrastructures sportives.
C’est le site du ministère de l’Économie et des Finances de Côte d’Ivoire qui en rend très officiellement compte en évoquant l’accord signé, le 6 août dernier, entre le ministre et l’ambassadeur de France, pour un montant total de 35 millions d’euros environ, soit 23 milliards de francs CFA. Les infrastructures sportives sont des « agoras », sur une version quelque peu renouvelée du modèle athénien, puisqu’il s’agit, dit le communiqué officiel, de « promouvoir le développement économique inclusif par la pratique d’activités sportives ». Quatre agoras vont ainsi être construites dans des villes moyennes du pays, avec l’argent des Français. C’est généreux, la France, comme disait le général de Gaulle, qui n’aurait pourtant pas pu prévoir une telle débauche d’argent magique.
Rabotez-moi donc ces familles...
Mécaniquement, ce que l’on donne d’une main à la Côte d’Ivoire, il va falloir le reprendre de l’autre main. C’est notamment ce que se propose de faire un rapport ambitieux et sans doute assez clivant, réalisé en juillet par l’inspection générale des finances (IGF) et l’inspection générale des affaires sociales (IGAS). Ce document se propose de réaliser d’importantes économies en repensant la manière dont les aides sont attribuées aux familles françaises. La mesure phare de ce projet consiste à abaisser la pension des retraités qui ont eu au moins trois enfants. Au lieu d’être majorée de 10 %, elle serait augmentée d’un plafond forfaitaire de 125 euros - ce qui n’est pas exactement la même chose… Dans la même veine, les réductions d’impôts pour frais de scolarité dans le secondaire et le supérieur seraient supprimées et les seuils d’accession aux deuxième et troisième tranches d’allocations familiales seraient abaissés de 20 %, ce qui ferait perdre environ 75 euros par mois à un peu moins de 600.000 familles. Les APL, les modes de garde ou les pensions alimentaires en prennent aussi pour leur grade. Tout cela pour économiser 4,2 milliards d’euros sur dix ans… mais évidemment, on ne touchera pas à la CMU, par exemple.
Décidément, la vie est une question de priorités. Le montant du financement accordé à la Côte d’Ivoire pour son métro et ses agoras sportives (35 millions d’euros) est voisin de celui que représenterait la suppression du quotient conjugal pour les parents veufs (50 millions d’euros d’économie, selon le rapport). Les veufs et veuves seront considérés comme familles monoparentales aux yeux de l’administration fiscale, mais rassurons-nous : à Abidjan, il y aura un canal de déviation pour les eaux usées, le métro sortira de terre et on installera des infrastructures sportives avec les sous des Français. Il est peut-être temps que l’on se réveille.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR

































