[ROMANS DE L’ÉTÉ] Le Bouclage est comme Le Camp des saints : visionnaire !

Ce que décrivait "Le Bouclage" hier prend une acuité tragique aujourd’hui.
LE BOUCLAGE

Avec sa rubrique [ROMANS D’ÉTÉ], Boulevard Voltaire vous propose de découvrir ou de relire des œuvres plus ou moins récentes. Des suggestions variées pour le temps des vacances, si propice à des lectures prolongées… et variées.

À quoi reconnaît-on un roman de qualité ? Il est comme le bon vin : il ne vieillit pas, il se bonifie. On le goûte bien mieux qu’à la date de sa parution. Tout simplement parce qu’il était visionnaire. Ce qu’il décrivait hier prend une acuité tragique aujourd’hui. À l’instar du Camp des saints de Raspail, Le Bouclage (Éditions de Fallois, 1990), du regretté et disparu trop tôt Vladimir Volkoff, est de ceux-là.

Le cadre en est une ville que l’on imagine d’Amérique latine - encore qu’elle puisse être espagnole - gangrenée par le trafic de drogue, la petite délinquance et la grande criminalité. Un cocktail explosif décuplé par une impunité quasi totale : la passivité de l’État n’a d’égale que la pusillanimité de la Justice. Le rapineur comme « l’étouffeur » - psychopathe assassinant ses victimes (enfants ou personnes âgées) au moyen d’un sac en plastique -, en passant par le violeur, en ont la conviction tranquillement cynique.

Toute ressemblance avec, etc.

Tout au plus peut-on noter que de la même façon que Raspail avait situé improprement (ou imparfaitement) en Inde l’origine du tsunami migratoire qui paralyserait l’Occident, Volkoff n’a pas anticipé la dimension islamique qui viendrait s’ajouter au reste, comme un étage supplémentaire à la fusée d’explosion sociale.

Il faut, un soir, que Julian Dandolo, jeune administrateur centriste portant beau et bien né, nouvellement nommé, soit lui-même brutalement touché dans sa chair - ou plutôt dans celle de sa compagne du moment dont le doigt, arborant la bague qu’il vient de lui offrir, est sectionné par un voleur pressé - pour réagir. L’humiliation de son impuissance est un électrochoc. Entouré de fidèles soutiens des deux sexes - une cousine sortant du couvent, un militaire baroudeur, un policier rongeant son frein, un gendarme déterminé, une professeur ayant été victime elle-même de viol… -, celui que l’on prenait pour un jouisseur dilettante et infatué tout occupé de son nombril se révèle. Il décide, au prix de grands risques, et surtout celui de détruire sa carrière prometteuse, de monter l’opération Josaphat pour boucler « l’Agglomération », la passer au peigne fin et la débarrasser de sa vermine malfaisante. Les méthodes sont peu orthodoxes (contrairement, au sens littéral, à l’auteur de ce livre, Russe blanc d’origine), il est à peu près certain qu’aucun candidat à la présidentielle 2027 n’osera les mettre dans son programme à l’onglet « Lutter contrer l’insécurité ». Mais elles sont d'une efficacité redoutable.

La question centrale de l’État de droit

« Le plus fort n’a pas le droit de laisser le moins fort opprimer le faible » : la question centrale est évidemment celle de l’État de droit qui se retourne contre la démocratie (au sens premier du mot, « gouvernement du peuple ») comme Frankenstein s’élève contre son créateur. Un thème cher à Vladimir Volkoff, qu’il explorera à nouveau en 2006, dans un cadre militaire cette fois, avec Le Tortionnaire (Éditions du Rocher).

En 2005, Le Monde se contentait d’attribuer à l’auteur, pourfendeur de l’Union soviétique, des « convictions réactions réactionnaires ». Gageons qu’aujourd’hui, il traiterait de crypto-fasciste l’auteur d’un tel roman, pourtant tellement roboratif.

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Il faut parfois vivre des situations pour témoigner de notre société, mais les livres sont là pour faire comprendre à ceux qui n’y sont pas confrontés, les mécanismes qui amènent à ces situations et les conséquences graves que cela entraine . Merci madame Cluzel, même si ce genre de lecture n’est pas habituelle à ce moment là de l’année, plus propice au farniente qu’à la réflexion . Mais vivons nous une période normale en ce moment ?

  2. Souvenons nous qu’en 2001 un cargo s’est échoué sur une plage à Boulouris, d’où sont sortis 900 Kurdes, bien accueillis et qui se sont évanouis dans la nature alors que le gouvernement nous avait promis de contrôler ça.
    Ça n’était qu’une préfiguration du Camp des Saints.
    Mais au fait en cumulant tous ceux (il n’y a pas beaucoup de celles) qui franchissent la Méditerranée en canot, ça fait combien des cargos kurdes ?
    Il n’y a pas qu’à Ceuta que l’invasion est en cours.

  3. Un roman, c’est fait pour rêver. Croire au père Noel, et à part un sursaut comme au Salvador, rien à l’horizon. Les poseurs de portes blindées ont encore des beaux jours devant eux. La défaite de 1940 n’a pas servi de leçon. Blindez vos portes et appelez la police.

  4. Raspail, Volkoff, deux très grands écrivains, des visionnaires … ils décrivent effectivement ce qui se passe actuellement surtout en France et aussi dans le monde … c’est tellement réaliste que je pense que c’est voulu et que cela fait partie du plan de mondialisation de l’état profond … écraser, supprimer, museler les populations par la peur … pour anéantir toute initiative personnelle … et il ne faut pas compter sur les religions pour bloquer cette situation, elles sont partie prenante de ce système corrompu.

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