Garde à vue pour une enseignante : le gouvernement attente-t-il à la liberté d’expression ?

Une enseignante « gilet jaune », militante syndicale, placée en garde à vue pour « injure publique envers le président de la République » : elle avait exhibé, pendant une manifestation, une pancarte avec l’inscription « Castaner, le Goebbels de Macron. Médias collabos ». D’aucuns ont fait le rapprochement avec la loi Blanquer sur l’école de la confiance : « Son article 1, qui exige de nous un devoir d’exemplarité dans et en dehors de l’école, c’est la mise au pas des personnels », a déclaré un syndicat.

Comparer notre ministre de l’Intérieur au ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande du Reich est, pour le moins, excessif. Laisser entendre, par déduction, qu’Emmanuel Macron serait un nouvel Hitler ou que Jean-Michel Blanquer voudrait museler les professeurs ne tient pas la route, quoi qu’on pense de leur politique. Mais l’accusation d’« injure publique », non plus. Qui a vu ou fréquenté des manifestations sait que les slogans ou les pancartes ne font pas dans la nuance et que l’hyperbole participe de leur folklore.

Sans doute certains policiers ont-ils montré trop de zèle. Plus grave, peut-être ont-ils obéi à des consignes de sévérité données par leur hiérarchie. De là, une comparaison avec le régime nazi ! Tout au plus ces pratiques sont-elles le résultat de choix stratégiques hasardeux de Christophe Castaner. Quand l’enseignante appréhendée scande, le poing levé, « Prisonnier politique ! », on a envie de lui demander si elle s’est informée sur les goulags. Il est, de même, abusif et contre-productif d’accuser Jean-Michel Blanquer de vouloir, par l’article 1 de son projet de loi, réduire la liberté d’expression des professeurs.

Cet article précise que « dans le respect de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires » – où il est inscrit que « la liberté d’opinion est garantie aux fonctionnaires » –, « par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation ». Ce lien implique « le respect mutuel entre les membres de la communauté éducative, notamment le respect des élèves et de leur famille à l’égard de l’institution scolaire et de l’ensemble de ses personnels ».

Rien de nouveau, donc, et l’on ne va pas se plaindre de l’objectif de rétablir la confiance entre les diverses parties de la communauté éducative, ni du devoir d’exemplarité des professeurs. Ce qui ne les empêche pas, en tant que citoyens, d’exprimer leur opinion sur leur hiérarchie ou l’institution scolaire, en dehors de leur service. Croit-on qu’un cadre du privé pourrait longtemps dénigrer son patron ou son entreprise sur son lieu de travail ?

Ce qui, dans l’enseignement, attente aux libertés, ce n’est pas un ministre, dont les réformes sont contestables et qui, en l’occurrence, n’est pas le pire. C’est un système de gestion où les individualités sont broyées, où les professeurs sont des numéros, leurs qualifications et compétences rarement prises en compte. C’est une idéologie qui impose, même à un ministre s’il prétend s’y opposer, ses dogmes pédagogiques. C’est aussi, bien que la grande majorité des professeurs respectent leur devoir de réserve et de neutralité, une confusion possible entre la transmission de savoirs universels et la transmission de convictions personnelles relatives.

Plus généralement, le danger pour la liberté d’opinion et d’expression, c’est la domination de la pensée unique, qui devient la norme hors de laquelle il n’est point de salut. Pire encore, c’est lorsque les élites dirigeantes sont persuadées que cette pensée est l’expression d’une vérité absolue avec laquelle on ne peut transiger.

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