Le ministère des Armées a confirmé, ce mercredi 17 juin, la manœuvre « extrêmement agressive » d’un navire turc à l’encontre d’un bâtiment français, la frégate Courbet, au large de la Libye, alors que cette dernière participait à une opération navale de l’OTAN. Le navire turc mis en cause, la frégate Gökova, escortait un cargo de marchandises, le Cirkin, suivi à la trace depuis plusieurs semaines par la France et ses alliés car suspecté d’être utilisé pour livrer des équipements militaires au gouvernement d’union nationale de Tripoli, en dépit de l’embargo sur les armes imposé à la Libye par l’Union européenne. La frégate française, prenant contact avec le cargo suspect afin de l’arraisonner, subit alors trois « illuminations radar » de la part de la frégate Gökova, qui consistent à accrocher un navire afin de guider un éventuel missile. Cet acte, jugé extrêmement agressif par les autorités françaises, puisqu’il précède en théorie l’ouverture du feu, est rarissime entre des pays théoriquement alliés, puisque tous deux sont membres de l’OTAN.

Cet accrochage entre les marines française et turque n’est pas un fait divers isolé et doit être replacé dans le contexte d’une montée des tensions en Méditerranée orientale qui répond logiquement à la politique expansionniste et nationaliste d’Erdoğan. La Grèce voit ainsi les provocations turques se multiplier, comme le confiait récemment, au Figaro, Níkos Déndias, ministre des Affaires étrangères grec : violations de l’espace aérien et des eaux territoriales de la Grèce, survol des îles grecques par des avions de chasse armés… Souhaitant mettre en garde son homologue français, et plus largement ses alliés européens, contre la menace turque en Méditerranée, le chef de la diplomatie grecque aura sans doute bien du mal à convaincre l’Union européenne de prendre la mesure du danger.

Malgré l’embargo de l’Union européenne et le lancement de la mission navale Irini pour le faire respecter, les tentatives des marines européennes d’inspecter des navires suspects protégés par la marine turque ne débouchent, pour l’instant, que sur un retrait prudent de nos forces face à la véhémence des militaires turcs. Si la France et l’Union européenne entendent faire respecter leurs décisions et maintenir leur crédibilité, il faudra plus qu’une vague et molle « dénonciation » du ministère des Armées. Nos dirigeants semblent englués dans une vision béate et pacifiste de la diplomatie qui rappelle furieusement la montée des périls des années 1930 : l’esprit munichois a encore frappé, mais en Méditerranée.

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