Le village d'Astérix osant résister au macronisme et placer Marine en tête, le 24 avril dernier, n'est plus isolé. Il est même devenu la norme dans la ruralité : sur 36.000 communes, 22.000 ont placé Marine Le Pen en tête au premier tour et 18.000 au second. À tel point que la presse quotidienne régionale, dont ce devrait être le rôle que de fournir une autre vision que celle du récit macronien, en est réduite à enquêter sur cette étrange vague. Et les enquêtes, quand elles ne se bornent pas à un simple décompte (« le Top 10 des villages ayant le plus voté », etc.), oscillent entre la diabolisation (cet étrange - et forcément inquiétant ! - village de Saint-Christophe-de-Valains qui détient le record du vote Le Pen en Ille-et-Vilaine) et l'explication « guilluyste ».

Dans la version horrifique du phénomène, la PQR, en bonne élève de l'AFP, relaie « le désarroi de maires ruraux face au vote pour Marine Le Pen » (Sud-Ouest). Seule évolution notable : le village d'Astérix a changé de camp, et la curiosité exotique, dorénavant, ce sont ces rares villages ayant placé Emmanuel Macron en tête. « Ces quelques communes de l'arrière-pays dans lesquelles Emmanuel Macron l'emporte face à Marine Le Pen » (-Matin). Une chose demeure : la stigmatisation-diabolisation continue après l'élection et produit le contraire de l'effet recherché.

Une autre donnée serait acquise : Emmanuel Macron dominerait dans les métropoles et les villes, Marine Le Pen dans les communes rurales. S'il est vrai que le Président a réalisé des scores supérieurs à 70 % (et parfois à 80 %) à Paris, Lyon, Toulouse, Nantes, Montpellier, Strasbourg, Lille et Bordeaux, il l'emporte aussi dans les grandes villes du Sud-Est (59,8 % à Marseille, 55,4 % à Nice, 50,4 % à Toulon et même à Perpignan, pourtant dirigée par le RN, avec 52 %) et parvient même à s'imposer dans des villes moyennes pourtant situées dans des départements penchant du côté de Marine Le Pen : Nevers (62 % pour Macron/Nièvre : 50,1 % pour Le Pen) ou encore les trois villes du Lot-et-Garonne, par exemple. Le cas de ces départements ruraux qui basculent légèrement du côté Le Pen sauf dans leurs villes les plus peuplées confirme le phénomène d'une fracture nette entre un urbain Macron et une Le Pen des champs.

Or, ces derniers chiffres conduisent à nuancer cette vision. Le décompte précis des voix selon la densité des communes montre qu'Emmanuel Macron a dépassé Marine Le Pen, non seulement dans les métropoles et les villes, mais aussi dans les communes rurales : 6,1 contre 5,9 millions de voix, comme le souligne Alexandre Léchenet, dans un article de La Gazette des communes. Il y sont, en fait, au coude-à-coude, mais, contrairement à l'idée que les cartes colorées pourraient donner, Marine Le Pen n'y triomphe pas.

On aurait tendance à penser qu'inversement, la domination urbaine de Macron est sans partage, et c'est cette différence (12,1 contre 7,3 millions de voix) qui lui assure la victoire. Si l'avantage est net, il s'est toutefois réduit en cinq ans : même à Paris, Macron est passé de 90 à 85 %, et à Nice, Marine Le Pen a aussi gagné 5 points (de 40 à 45 %). La candidature Zemmour (8 % à Paris, 14 % à Nice, 15 à 20 % dans certains beaux quartiers de et d'ailleurs) a d'ailleurs prouvé qu'il y avait un espace urbain pour un programme proche de celui du RN.

La et la sociologie françaises étant ce qu'elles sont, il n'y aura pas de victoire possible pour le camp national sans une implantation urbaine forte. C'est cet axe qu'a mis en avant Marion Maréchal sur Paris Première, mercredi dernier. La vice-présidente du parti Reconquête refuse de dresser « les Français des champs contre les Français des villes » et de rester bloquée dans cette « photographie », expliquant vouloir chercher « dans le bloc élitaire d’Emmanuel Macron des Français qui devraient pouvoir travailler avec nous ».

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30 avril 2022

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53 commentaires

  1. Il n’y aura pas de victoire possible pour le camp national sans une implantation urbaine forte. Au delà de l’incantation (refus de dresser « les Français des champs contre les Français des villes »), travaillons sur les programmes de MLP, EZ et NDA. Il y aura tjrs des « intérêts de classe » différents entre les smicards campagnards qui galèrent en vivant de débrouille mais qui vivent enracinés quelque part et les « conservateurs du système mondialisé », plus urbains, voire sans racines.

  2. L’alliance Marion et Zemmour pourrait être efficace avec une augmentation des mécontents urbains avec un montée débridée des islamistes.

  3. Mouais…Il faut être bien jeune comme Marion pour tenter un ultime recours. L’exode rural
    a expédié vers les villes des paysans, il nous revient des bobos… »ça va pas le faire » m’indique mon voisin maraîcher…

  4. La Révolution Française s’est passée d’abord à Paris…Il faudra donc que la Droite, la vraie, pas celle à Dame Pécresse, reprenne le droit chemin, et n’appelle plus à voter Macron ou pour son rejeton politique…

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