Dans son rapport sur « les mémoires de la et de la guerre d’Algérie », Benjamin Stora fait usage du « en même temps ». Du Macron tout craché. Le travail d’un historien ne devrait-il pas consister, non à faire plaisir au prince ni à ménager des intérêts contradictoires, mais à rechercher, le plus objectivement possible, la vérité ?

Invité d’Europe 1, l’historien français a évoqué l’instrumentalisation d’une « rente mémorielle » des deux côtés de la Méditerranée, qui servirait « à construire une clientèle politique et sociale » reposant sur les cicatrices du conflit. Il a opposé deux visions de la colonisation : une « vision paradisiaque de l’Algérie française » et « une mise en accusation du système colonial comme porteur d’inégalités et d’une brutalisation de la société ». Deux « visions radicalisées » qui concerneraient encore sept millions de Français : les appelés, les pieds-noirs, les harkis, les enfants issus de l’immigration algérienne. Il prétend proposer un juste milieu, qui permettrait d’avancer.

Vouloir dépasser ces divisions, réconcilier les Français avec leur Histoire, améliorer les relations entre la France et son ancienne colonie, c’est sans doute un objectif légitime. Encore faut-il que les dirigeants des deux pays soient de bonne foi, s’efforcent de se libérer de leurs préjugés et appréhendent, sans arrière-pensées, cette période tragique.

Selon ses proches, Macron « ne regrette aucunement » d’avoir qualifié la de « crime contre l’humanité ». Il le pense vraiment. Certes, il refuserait de « présenter des excuses » à l’Algérie, mais il pourrait présider trois grandes commémorations : la journée nationale des harkis (dont on se souvient à chaque élection présidentielle), le 25 septembre 2021 ; une cérémonie en mémoire des « événements » de 1961, le 17 octobre prochain (il s’agit de la répression d’une manifestation d’Algériens organisée par la fédération de France du FLN) ; et le soixantième anniversaire des accords d’Évian (qui ne furent pas respectés), le 19 mars 2022. Il espère, ainsi, contenter tous les électorats.

Benjamin Stora, constatant qu’« il n’y a pas eu de rejet de [ses] propositions », interprète le silence du pouvoir algérien comme une interrogation prometteuse sur la façon d’envisager le dialogue. Pourtant, la presse algérienne ne se prive pas de rappeler les exigences des autorités : reconnaissance des crimes coloniaux, excuses officielles, repentance, réparation et indemnisation… En juillet 2020, le président Abdelmadjid Tebboune avait estimé, sur France 24, que l’Algérie « a déjà reçu des demi-excuses. Il faut faire un autre pas ». Le gouvernement d’Alger, pour renforcer sa légitimité et occulter son impéritie, ne se satisfait pas d’une demi-soumission : il faut que la France se couche !

Emmanuel Macron, parce qu’il est acquis aux idées progressistes, accepte de se coucher, tout en feignant de résister. On ne peut compter sur lui pour faire toute la lumière sur la en Algérie, sur le combat que mena l’ française contre des terroristes soutenus par des puissances internationales, sur la complicité d’intellectuels qui portaient leurs valises, le massacre de la rue d’Isly, l’exode des pieds-noirs, l’abandon volontaire des harkis, les disparus d’Oran… Sait-il seulement que beaucoup d’Algériens ont la nostalgie de la présence française, du développement économique, social, culturel qu’elle leur apporta, avant que tout ne soit dilapidé par la caste au pouvoir ?

La mission confiée par Macron à Benjamin Stora avait pour objectif « la réconciliation entre les peuples français et algérien ». Elle ressemble plutôt aux prémices d’une capitulation.

23 janvier 2021

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