Hongrie, zéro point ! À moins que le vrai but du jeu soit d’avoir suffisamment de personnalité pour ne pas se joindre au concours de l’Eurovision et, dans ce cas-là, les Hongrois sont les champions toutes catégories. En effet, le pays a décidé, en 2019, de ne plus participer à cet événement qui, sans être une Coupe du monde de football, bénéficie d’une couverture médiatique considérable, surtout en de l’Ouest.

Pour quelle raison ? Officiellement, il n’y en a pas. Point de motifs politiques, boycott, tensions entre pays ou autres. Certains pointent les mauvais résultats obtenus dans les éditions précédentes. D’autres mauvaises langues bien-pensantes affirment que la Hongrie trouve l’Eurovision trop « LGBT », ce qui est en soi plausible, tellement le festival ressemble de plus en plus à une « Gay Pride » à l’échelle continentale. Pas besoin d’avoir fait un doctorat en sociologie pour constater que le concours suit et promeut ouvertement les codes esthétiques queer et est devenu une vitrine internationale pour les banaliser.

De Dana International (un transsexuel israélien), en 1998, à l’ineffable Conchita Wurst, en 2014 (la « femme » barbue autrichienne qui se produisit également sur le parvis du Parlement européen), en passant par les gagnants italiens de cette année (des soi-disant rockers en tenue sky latex, plus « glam » que « hard »), les exemples abondent. Palme du plus repoussant des ridicules ? À mon humble avis de non-connaisseur, le représentant islandais en 2019 : un groupe sadomasochiste aux voix gutturales, en masques et lanières de cuir qui avaient eu la bonne conscience d’arborer un drapeau palestinien alors que le spectacle se déroulait à Tel Aviv. Encore un exemple de cet islamo-gauchisme qui n’existe que dans les esprits mal tournés ? En tout cas, pas sûr que le très « gay-friendly » Hamas les ait invités à Gaza pour une tournée de remerciement.

Et quand bien même cette récupération ne serait pas en soi la raison principale, la vraie question n’est pas de savoir pourquoi un pays s’exclut de l’Eurovision mais plutôt pourquoi il participe à un événement qui offre une bien pitoyable image de l’ et élève le grotesque et le déjanté au rang de valeurs esthétiques suprêmes. Qu’il est douloureux d’entendre l’iconique « Te Deum » de Charpentier au générique de ce pathétique spectacle…

Pourquoi se rabaisser et prendre part à cette mascarade ? Curieusement, aucun pays ne s’est posé la question. Bien au contraire, des nations se bousculent au portillon pour y participer au-delà des frontières de l’Europe. Il semblerait que le conventionnel et le « mainstream » aient changé de camp, alors autant amorcer une nouvelle contre-culture en s’excluant de cet affligeant spectacle.

Mais pas seulement. Il s’agit également de s’approprier des codes médiatiques de la bien-pensance médiatique et, dans ce domaine, le service public hongrois ne se débrouille pas si mal, à en juger par un très populaire concours de chants et danses folkloriques qui met en valeur le patrimoine culturel de chaque région de Hongrie. Mise en scène soignée, format calqué sur les télé-crochets les plus populaires et audience au rendez-vous. Cela n’a l’air de rien, mais imaginez un instant un concours sur France 2 intitulé « À la claire fontaine » en prime time, suivi par des millions de téléspectateurs chaque semaine, au cours duquel des groupes de danse de Bretagne, d’Alsace, d’Aquitaine se défient. Imaginez l’impact que cela aurait sur la oubliée et méprisée, ainsi que sur cette France urbaine qui ignore tout de ses racines. Rien de plus subversif mais, peut-être, un peu trop au goût de la gardienne des essences Delphine Ernotte qui n’y verrait qu’un défilé de blancs hétérosexuels binairement normés. J’oubliais qu’en France, la culture officiellement traditionnelle, c’est le rap des banlieues, et que la seule façon d’exister artistiquement, c’est de dénigrer son pays à coups de punchlines. En Hongrie, pas forcément. Hungary, twelve points.

29 mai 2021

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