OTAN : un pour tous, tous pour un ?
Alors que le sommet de l’OTAN d’Ankara vient de s'achever, les 32 alliés de l’Alliance atlantique ont réaffirmé leur « engagement indéfectible envers la clause d’assistance mutuelle ». Certes, mais que cela veut-il donc dire face aux compétiteurs ? Et en particulier face à la Russie ? À qui cette réaffirmation de l’article V était-elle destinée ? Aux Européens pour assister les Américains dans leur guerre en Iran ou bien aux Américains pour aider les Européens dans leur soutien de l’Ukraine face à la Russie ?
En Ukraine, une guerre qui n’en finit pas
Cette guerre est d'ores et déjà entrée dans sa cinquième année. Les deux ennemis continuent à s’affronter le long d’une ligne de front où, si des succès locaux sont revendiqués, notamment du côté russe dans le Donbass à Kostyantynivka, mais aussi du côté ukrainien avec des frappes de drones et de missiles au cœur du gigantesque territoire russe sur des objectifs sensibles liés en particulier au ravitaillement en carburant, rien de décisif ne se produit qui permette d'envisager une fin prochaine du conflit. Ce duel de volontés entre les deux belligérants n’a toujours pas donné de résultat politique ou diplomatique, notamment sous la forme d’une quelconque intention, d’un côté ou de l’autre, de convenir d’un cessez-le-feu durable.
Les Européens ont depuis le début de ce conflit soutenu de toutes leurs forces financières, diplomatiques et militaires l’Ukraine qui, si elle n’appartient pas encore, ni à l’Union européenne ni à l’Alliance atlantique, n’en demeure pas moins, malgré les changements de gouvernements, notamment aux États-Unis, un allié des Occidentaux. L’OTAN ne participe pas ouvertement au conflit même si, à titre bilatéral, ses membres, dans une assez grande majorité, ont décidé de faire partie de cette « coalition des volontaires » lancée par Emmanuel Macron et Keir Starmer, le bientôt ex-Premier ministre britannique, au sommet de Londres, le 2 mars 2025, avec seize autres partenaires. À ce titre, le président Zelensky vient à Paris, ce lundi 13 juillet prochain, avec vingt-deux autres chefs d’État dans le cadre d’une réunion de cette coalition, juste avant un somptueux défilé du 14 Juillet, fin de règne d'Emmanuel Macron, et ce, juste une semaine après le sommet de l’OTAN à Ankara. À Ankara où une autre guerre non terminée s’est toutefois rappelée à l’ensemble des membres de cette alliance.
La guerre en Iran s’est invitée au sommet de l’OTAN
Le président Trump n’a cessé de tempêter, au début du sommet de l’OTAN, et ce, en présence du président turc, pour se plaindre de la non-réponse de ses alliés européens lors de ses appels à l’aide pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Il a notamment stigmatisé la France et le Royaume-Uni qui ne veulent intervenir qu’une fois les hostilités terminées. Ensuite, alors que les frappes avaient recommencé dans les deux sens entre les Américains et les Iraniens, mettant en jeu, non seulement leurs intérêts, mais aussi la souveraineté de leurs alliés koweïtien, jordanien et bahreïni qui ont la faiblesse d’héberger des bases américaines sur leurs territoires, l’ensemble des Alliés rassemblés à Ankara ont décidé de réaffirmer leur « engagement indéfectible dans la clause d’assistance mutuelle » décrite dans l’article V du traité de l’Atlantique Nord selon lequel « une attaque armée contre un membre est considérée comme une agression dirigée contre l’ensemble de l’Alliance ». « Un pour tous, tous pour un ! »
Cet article V, soit dit en passant, fut déjà mis en œuvre juste après l’attentat du 11 septembre 2001 à New York, avec le lancement de l’opération Active Endeavour (« préoccupation active », en français) de 2001 à 2016. Cette opération maritime consistait alors à patrouiller essentiellement en Méditerranée et à y contrôler les flux commerciaux pour intercepter d’éventuels chargements destinés au réseau terroriste Al-Qaïda. La Russie s’était même jointe à cette opération antiterroriste de l’OTAN en 2006. De même, la présence militaire française en Afghanistan remonte au même attentat terroriste du 11 septembre 2001 et à la solidarité de certains pays, notamment européens, à l’égard de leur allié américain, mais cette fois-ci hors-cadre otanien, et ce, dans la poursuite d’Oussama ben Laden.
À ce sujet — Sommet d’Ankara : à quoi sert l’OTAN aujourd’hui ?
Toutefois, contrairement à la situation iranienne d’aujourd’hui, le gouvernement taliban avait été renversé et les Européens y avaient surtout contribué à la construction d’un nouvel État basé sur des valeurs démocratiques, avec le succès que l’on connaît, puisque presque vingt ans après, les talibans sont revenus au pouvoir...
Alors, un article V pour quoi faire ?
Tout d’abord, avec le recul historique, une question se pose : sommes-nous sûrs à 100 % que les États-Unis seraient intervenus en Europe, autrement que par leurs forces conventionnelles déjà présentes sur le territoire de l’Allemagne dite de l’Ouest, si les troupes soviétiques l’avaient attaquée. L’article V ne prévoit pas l’obligation pour tous les membres de l’Alliance d’intervenir de manière spécifiquement militaire et encore moins à déchaîner le feu nucléaire. Le général de Gaulle avait bien senti, en 1966, l’inanité de disposer sur le sol français de troupes américaines qui d’aucune façon n’auraient permis à la France de défendre sa souveraineté et son indépendance.
Lors des guerres de décolonisation en Indochine et plus tard en Algérie, les Américains n’avaient d'ailleurs été d’aucune aide concrète aux différents gouvernements de la IVe République dans la résolution de ces conflits, y compris militairement. Les avions américains n’avaient pas participé à la bataille de Ðiện Biên Phủ malgré les demandes faites plusieurs fois par certains militaires et diplomates français. L’une des raisons principales en fut d’ailleurs l’opposition britannique à cette aide à la France. En Algérie, la situation fut pire encore, puisque dès leur débarquement en novembre 1942, les troupes américaines sur place avaient soutenu plus ou moins ouvertement les velléités d’indépendance des Arabes algériens contre la présence française. Après la résolution de la crise algérienne au détriment des Européens d’Algérie qui durent choisir entre « la valise et le cercueil », sans parler de l’abandon des harkis, le général de Gaulle avait tiré comme leçon principale que la France ne devait compter sur aucun allié pour assurer la défense de ses intérêts et de sa souveraineté.
Les intérêts de la France ?
Alors, face à la menace russe contre l’Europe déjà maintes fois évoquée par plusieurs chefs de services secrets européens, une promesse américaine ne suffira certainement pas et c’est aux Européens de déterminer, sur des bases communes, une stratégie de dissuasion crédible qui empêche l’ours russe, surtout s’il est blessé et désespéré, d’attaquer l’un d’entre eux. L’Histoire contemporaine a montré que les promesses d’alliance et d'« engagement indéfectible » ne suffisent pas à créer les véritables garanties d’une défense commune. La fière devise des mousquetaires d’Alexandre Dumas ne suffit pas à créer des mécanismes d’une défense cohérente et dissuasive. Mais d’ailleurs, dans tout cela, où sont les intérêts de la France ? La sécurité de notre territoire national et du territoire européen, nos intérêts en Afrique ou la défense de nos terres et de nos population d’outre-mer ?
Par ailleurs, comme l’a rappelé le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis à Ankara, face aux journalistes de France 24, « nous avons des différents importants avec la Turquie » (membre de l'OTAN)… Plus loin, il explique que « la Grèce défendra ses frontières, alors que la Turquie encourage des dizaines de milliers de personnes à traverser illégalement la frontière grecque»… Alors, quid de la menace russe pour la Grèce, et qui de l’OTAN viendra donc à son secours contre les menées turques ? Alors, un pour tous, tous pour un ?
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40 commentaires
Le danger n’est pas la Russie, mais l’occident qui n’a de cesse de provoquer la Russie..deja par l’encerclement de l’OTAN, ensuite pour voler les richesses de ce pays, ensuite pour effacer leur ardoises de dettes extraordinaires contracter par des « élites politiciennes » de type minables.
si tu crois celle là???, l’otan est un fabricant de guerre ! voilà la seule vérité a retenir!
faut bien que les américains vendent des armes un peu partout en grosses quantités ,regardez o’bama ,prix nobel de la paix ,jamais les states n’avaient vendu autant d’armes que sous se smandats!