Coronavirus - Editoriaux - Sport - 26 mars 2020

Et le Tour de France sur vélo d’appartement ?

Ils sont magiques ! Le Président, tout d’abord. La preuve, son entourage n’hésite d’ailleurs pas à le dire, comme le rapporte Jean-Dominique Merchet, dans L’Opinion : Emmanuel Macron apporterait au cours de ses déplacements une « présence thaumaturge ». Miraculeuse, magique, en quelque sorte ! Mieux que la chloroquine ? La situation ne serait pas dramatique qu’on on rigolerait. Y croient-ils ? On espère que non. Sont-ils devenus fous ? On pourrait le craindre. Le confinement dans les palais de la République fait visiblement plus de ravages qu’on pouvait l’imaginer et, dans une démocratie normale, une évacuation sanitaire en priorité absolue s’imposerait.

Ce n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup du roi thaumaturge avec Macron. Déjà en 2018, lorsque Bruno Roger-Petit sévissait à la com’ présidentielle, il déclarait au Monde que, pour Emmanuel Macron, « le toucher est fondamental, c’est un deuxième langage. C’est un toucher performatif : “Le roi te touche, Dieu te guérit”. Il y a une forme de transcendance. » Cette transcendance, ce toucher performatif, on les avait d’ailleurs bien perçus lorsque le Président se frotta au torse nu d’un jeune homme noir à Saint-Martin.

Emmanuel Macron, c’est donc le grand magicien de la chanson de Gérard Lenorman : « À l’intérieur de ce grand cirque/D’un coup de baguette magique/Je change l’hiver en printemps/Je fais la pluie et le beau temps. »

Mais des magiciens, il en a tout plein d’autres dans son équipe merveilleuse. Chaque jour offre une nouvelle révélation. Un véritable festival. Aujourd’hui : Roxana Maracineanu, ministre des Sports. Que nous a-t-elle sorti de son chapeau ? Le à huis clos. Personne n’y avait pensé. D’abord, une remarque : le se déroulant en juillet (du 27 juin au 19 juillet), cela signifie-t-il qu’on imagine déjà un confinement au-delà des six semaines annoncées ? Mais attention, précise le ministre, ce « huis clos » serait limité aux départs, aux arrivées et aux cols. Ailleurs, on pourrait donc s’agglutiner comme on veut et comme avant ? Le nombre de spectateurs sur la Grande Boucle se comptant en millions, faudra-t-il prendre des arrêtés préfectoraux et municipaux dans toutes les villes et villages où passeront cyclistes et caravane afin que le peuple reste derrière ses volets et devant sa télé ? Les pandores ne vont pas s’amuser. « Finalement, ce ne serait pas si pénalisant puisqu’on pourrait le suivre à la télévision », rassure le ministre. Effectivement, vu comme ça. On imagine le passage du peloton dans des villages silencieux, écrasés sous le soleil exactement, l’arrivée aux Champs-Élysées, vides de spectateurs – un peu comme au 11 novembre 2018 au passage d’Emmanuel Macron -, la remise du maillot jaune par des hôtesses recouvertes d’un scaphandre. Sinistre. La fin de la magie du Tour.

Alors, tant qu’à faire, et puisque l’heure est à tous les télémachins possibles, pourquoi ne pas imaginer un Tour de France sur vélo d’appartement ? On se demande, d’ailleurs, pourquoi nos magiciens ministériels ne l’ont pas déjà proposé. Logistique légère, risques d’accidents réduits au maximum, consommation de carburant quasi nulle – donc, tout bénéfice pour la planète. Une façon moderne, pour la petite reine, de revisiter le sport en chambre à l’heure des siestes estivales crapuleuses.

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