On a parfois du mal, ces derniers temps, à suivre Éric Ciotti, député et président de la fédération LR des Alpes-Maritimes. Passons rapidement sur les péripéties des élections régionales (c’est déjà de la vieille histoire) : le 20 mai, il affirmait, chez Bourdin, qu’il ne voterait pas pour Muselier au premier tour, estimant que le président sortant de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, candidat à sa succession, s’était « comporté d’une façon qui n’est pas tolérable » et qu’il n’avait pas « confiance dans une tambouille électorale concoctée dans les cuisines élyséennes ». Et, effectivement, Éric Ciotti s’était abstenu au premier tour des élections régionales. Une abstention dont on ne voyait d’ailleurs pas beaucoup l’intérêt et qui, finalement, n’engageait à pas grand-chose puisqu’au second tour il avait voté Muselier.

Désormais candidat à la primaire des Républicains – normal, c’est une « primaire de N-1 » en comparaison à celle de 2017 -, Éric Ciotti se veut l’incarnation d’une droite décomplexée, sécuritaire et régalienne. Une sorte de Pasqua à la sauce niçoise. Cela ne l’empêchera pas de se rallier à Pécresse, qui n’est plus LR mais un peu quand même, si c’est Pécresse, à Barnier, qui a toujours été LR, si c’est Barnier, et même à Bertrand, qui n’est plus du tout LR, si c’est Bertrand. On prend les paris. Éric Ciotti sait très certainement qu’il n’a aucune chance de décrocher la timbale pour représenter sa « famille politique » à l’élection présidentielle. Mais ce n’est pas grave, l’essentiel étant de participer et de peser. Se présenter à la primaire, c’est le maroquin assuré en cas de victoire. C’est aussi une manière d’attirer l’électeur. Ne jamais oublier que la « famille gaulliste » (c’est comme ça qu’ils disent) chasse en meute. Il faut de tout, dans la meute : des lévriers comme des caniches ou des pit-bulls.

Attirer. À droite, bien sûr. Et désormais, ils ne peuvent pas ignorer le phénomène Zemmour, d’autant qu’un sondage le donne à 8 % et que ces 8 % font mal à Marine Le Pen, qui passerait sous la barre des 20 %. D’où la déclaration de Ciotti au « Grand Jury RTL/LCL/Le Figaro », alors que ce week-end se tenaient les universités d’été des jeunes LR : en cas de duel Macron-Zemmour au second tour, il voterait Zemmour. Mais comme il ne croit pas à cette éventualité, du coup, cela n’engage à rien. Dans la cour de récré, les gamins font pareil : « On dirait que tu serais président de la République et que je serais une princesse… »

Cela n’engage à rien, mais ça permet deux choses. Premièrement, de consolider un discours droitier chez les LR (Zemmour est de droite, voire plus, si l’on en croit certains). Si je suis prêt à voter Zemmour, alors, électeurs potentiels de Zemmour, soyez sympas, pensez à nous, vous voyez bien que nous sommes de droite. Deuxièmement, cela concourt à crédibiliser ce même Zemmour. S’il monte, Le Pen baisse. Et si Le Pen baisse, on peut espérer le croisement des courbes du candidat putatif de la « droite républicaine » et de la présidente du Rassemblement national. Et là, c’est la possibilité de décrocher le billet pour le second tour face à Macron. Si… Avec des si. Car les sondages, c’est comme la queue du chien, ça va, ça vient : un sondage de Ifop Fiducial pour Le Figaro, tout frais de ce dimanche soir, donne Marine Le Pen entre 24 et 27 % au premier tour face à Macron entre 24 et 29 % avec Zemmour autour de 7 %, loin derrière Bertrand à 15 %.

On notera que Ciotti a précisé qu’en cas de duel Macron-Le Pen, il s’abstiendrait (comme en 2017). Pas assez d’extrême droite, trop à gauche, peut-être, Marine Le Pen ? Pas facile à suivre, Éric Ciotti. Si…

5 septembre 2021

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