Editoriaux - Education - 5 octobre 2019

Enseignants : voyage au bout de la nuit

On sait que les suicides sont, hélas ! voués à de fatales imitations, parfois inexplicables quand elles sont simultanées. Il y a une semaine, la directrice d’une école maternelle de Pantin, Christine Renon, se donnait la mort. Elle était en fin de carrière, et son épuisement extrême, aggravé par l’incompréhension totale de ce qui se passe sur le terrain, de la part d’une hiérarchie caparaçonnée dans son mode de gestion bureaucratique, l’avait enfermée, emmurée, dans sa solitude, son désespoir, sa révolte ultime.

Frédéric Boulé était, lui aussi, en bout de carrière. À bout de souffle. À bout de vie. Professeur de SVT au lycée international de Valbonne (Alpes-Maritimes), il a été écrasé par une logique mortelle, celle d’un face-à-face avec un système scolaire absurde, impitoyable. Lui n’a pas écrit de lettre pathétique. Il a préféré en finir dans le silence, le même jour que sa collègue de Saint-Denis. Cinq jours avant sa mort, il avait rencontré le médecin de prévention du rectorat. Que s’étaient-ils dits ? Les professionnels de santé, dans ce milieu pathogène qu’est l’Éducation nationale, dont la schizophrénie crée des conditions de dérives mentales parmi élèves et enseignants, sont confrontés massivement à des problèmes souvent insolubles.

Combien de professeurs se sentent-ils pris au piège, comme des rats, la boule au ventre, le noir de la désespérance submergeant leur esprit, sans lumière qui point dans un horizon bouché comme un ciel ravagé ? Combien ont-ils vu leur idéal brisé par la démagogie des pédagogues irresponsables, par une administration tatillonne et aveugle, par l’indifférence du système aux épreuves qu’ils subissent pour tenter de délivrer leur savoir à des populations de plus en plus déséquilibrées, déstabilisées par une sous-culture mortifère, hostiles à la culture, à l’effort intellectuel, au livre, au savoir scientifique, historique ?

Il est des lieux où cinq minutes de silence approximatif constituent le summum de l’ambition. Mais, plus généralement, une force surhumaine est nécessaire pour se faire, tout simplement, écouter. Et pas seulement par les élèves allogènes ! La peste de l’inculture agressive frappe tout le monde, y compris les enfants « de souche ». C’est une pandémie barbare, que les idéologues ne veulent pas voir, quand ils ne la cautionnent pas par des préceptes égalitaristes, laxistes et « bienveillants » ineptes. C’est un ver tenace qui ronge, qui a rongé les fondements d’un édifice vermoulu, autrefois prestigieux. Qui se souvient que l’École française était la meilleure du monde ?

Et ce n’est pas un remède somatique psychosomatique, à base de « communication », de réunions entre « spécialistes », de « stages de gestion de classe », de trucs pédagogistes, qui guérira cette plaie, de plus en plus virulente. Il faut de l’autorité, il faut rétablir la sélection, il faut sanctionner vraiment, il faut réformer, voire révolutionner, l’institution scolaire.

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