[TRIBUNE] Libertaire rime avec totalitaire

« Il est interdit d’interdire » avait ironisé Jean Yann. Mais voilà, il se trouve que l’on n'a jamais interdit autant qu’aujourd’hui.
"Big Brother" mural, Belfast by Albert Bridge, CC BY-SA 2.0 , via Wikimedia Commons
"Big Brother" mural, Belfast by Albert Bridge, CC BY-SA 2.0 , via Wikimedia Commons

Le lamentable état de notre société ne doit rien au hasard. Il est le fruit pourri de l’idéologie libertaire mâtinée de néo-marxisme qui s’est exprimée en mai 1968 et a gagné les mentalités de la nomenklatura « intellectuelle », journalistique et universitaire. Mais si elle a pu prospérer, c’est que le terrain avait été préparé depuis deux siècles par l’individualisme des « Lumières » et la haine du catholicisme romain et de son anthropologie.

Voici donc le petit homme proclamé seul maître de lui-même et de son petit empire individuel. « Ni Dieu, ni maître », proclament les anarchistes. Ni transcendance, ni autorité. Ni borne, ni limite au désir de chacun. Le capitalisme débridé y voit une superbe occasion de multiplier le désir de consommation car, enfin, s’il n’y a rien d’autre que le matérialisme, il n’y a plus qu’à remplacer le désir d’éternité par le désir d’accumuler les biens matériels. Mais la frustration est au rendez-vous. Voyez donc les jeunes de nos banlieues, coincés entre le narcotrafic pour s’enrichir vite et la réislamisation parce que, malgré tout, l’âme a encore soif et notre société n’offre rien d’autre qu’une misérable laïcité réduite aux acquêts. Quant aux bobos, l’avenir radieux qui leur est offert se résume à la formule d’outre-Atlantique « Two Incomes, No Kids » : deux revenus, pas d’enfant - qui seraient mauvais pour la planète. Le rêve des firmes de la côte ouest des États-Unis.

Règles et normes s'accumulent

Chacun pour soi mais, malgré tout, l’État pour tous, puisque plus rien ne tient debout par soi-même. Pas de devoirs, que des droits. Il faut bien étayer le bordel ambiant. « Il est interdit d’interdire », avait ironisé Jean Yanne. Mais voilà : il se trouve que l’on n'a jamais interdit autant qu’aujourd’hui. Une nuée de bureaucrates, tel un essaim bourdonnant, environne le malheureux petit bonhomme à qui il avait pourtant dit qu’il n’avait d’autre maître que lui-même, pour lui intimer mille obligations : comment traiter son jardin, comme se chauffer ou se rafraîchir, comment se vacciner, avec quelle voiture se déplacer, quelles informations écouter, quelle instruction recevoir… Et de la commune jusqu’à l’Union européenne, en passant par les communautés de communes, départements, régions, État, s’accumulent règles, normes et bien évidemment impôts qui enserrent et étranglent les familles et les personnes. Jamais la phrase de Rousseau en introduction du Contrat social n’a été aussi vraie : « L’homme est né libre et partout il est dans les fers. » Certainement plus vraie aujourd’hui qu’en 1762 !

Violence, impuissance, colère et censure

Cette société sans transcendance, sans autorité, sans discipline, sans devoirs, va à sa perte dans la violence et l’impuissance. Or, le minimum qu’un État doit à ses concitoyens est une vie paisible, la sûreté et la sécurité. Ce que notre État (le plus cher du monde) est incapable d’assurer. Aussi, le mécontentement enfle et la colère gronde. Et soudain, le peuple se rend compte du fait que ce qu’il a, dans une certaine mesure, appelé de ses vœux dans ses choix électoraux le conduit au chaos. Aussi recherche-t-il, de façon confuse, autre chose. Et certainement de l’autorité et de l’efficacité. Ce qui panique la nomenklatura libertaire qui gouverne la France depuis quarante ans.

Alors celle-ci devient virulente, agressive, totalitaire, prête à tout. Et notamment à tuer la liberté d’expression. Elle appelle en renfort « l’État de droit », ou plutôt l’État du droit qu’elle a créé. Ce système de gouvernement des juges au service de la nomenklatura diversitaire. Le jour n’est pas loin où l’on pourra s’écrier : « État de droit, que de crimes commis en ton nom ! » Faire de l’avortement un droit constitutionnel et s’acharner à graver l’euthanasie dans le marbre de la loi manifeste une préférence pour la mort plutôt que pour la vie. C’est bien cela, le fond de leur « État de droit » qui préfère la mort de la nation à sa survie.

Toute critique de la loi en vigueur est dénoncée comme une atteinte au droit des minorités, aux droits acquis, fussent-ils iniques ou dangereux pour la pérennité de la patrie. Aussitôt fuse l’accusation ultime de fascisme. Nulle réflexion sérieuse, une pensée politique réduite au simplisme d’un slogan. Quand il est impossible d’exprimer une pensée cohérente et construite, ne reste que la violence. Et le mensonge et la diffamation comme règle d’action. « Plus le mensonge est gros, mieux il passe », proclamait Joseph Goebbels. Leçon bien retenue. Ainsi, la députée LFI Sarah Legrain n’a pas hésité à accuser le gouvernement de « laisser le Canon français semer la terreur dans le pays » ! Et le groupe Bolloré devient le point de fixation obsessionnel de la gauche révolutionnaire ou pas, voire de l’extrême centre. Ses médias qui sont un espace de dissidence leur deviennent insupportables. L’urgence est de les réduire au silence, de les interdire.

Aristote enseignait que la vérité résidait dans l’adéquation de la pensée à la réalité. Mais comme la réalité vient chaque jour démentir la doxa libertaire, le réel devient fasciste et celui qui le décrit le pire des « nazillons ». Tout ceci ne prête pas à rire. Ce qui se prépare, c’est une guerre civile. Depuis plusieurs années, déjà, Michel Onfray met en garde contre « une guerre civile à bas bruit ». Bruit de moins en moins bas et de plus en plus bruyant. Aujourd’hui, vos libertés sont sans cesse attaquées. Demain, elles seront supprimées et la première d’entre elles, la liberté de vous exprimer sans crainte, le procès de Moscou et la prison. L’étymologie nous apprend que la révolution signifie « rouler en arrière ». En effet, celle que nous promet Mélenchon, c’est le retour à Robespierre, à la terreur totalitaire. Mais nul n’est obligé de jouer le rôle de l’agneau que l’on mène à l’abattoir. Tenez-vous prêts. Peut-être l’esprit de résistance n’est-il pas mort ?

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Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

9 commentaires

  1. Excellente analyse , redoutable constat sur la France d’aujourd’hui et comment le système politique fait de la Démocratie une Démocrature.. Nous y sommes .

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