Emmanuel Macron avait annoncé qu'il ne participerait pas à un débat avec les autres candidats avant le premier tour. Trop pris par sa charge et la guerre. Trop au-dessus de la mêlée. Et puis, quand on trône à 30 %, pourquoi s'abaisser à un exercice démocratique au milieu de challengers qui peinent à atteindre et à se maintenir à 15 % ?

Nous sommes donc dans la stratégie de « l'enjambement » de l'élection. Ce que n'a pas manqué de lui reprocher Éric Zemmour, samedi, à Agen. Et voilà que, ce même samedi, le candidat Macron publie une vidéo expliquant qu'il souhaite « un grand débat », comme celui qui lui avait permis de s'extirper de la des gilets jaunes en 2019, mais « permanent ». Un grand débat permanent mais « au lendemain de l'élection » !

On se pince, on se dit qu'il ose tout, on va chercher la source : « Je veux que notre projet puisse reposer sur une méthode associant davantage nos compatriotes, dans la durée, y compris le lendemain de l’élection, en leur donnant une place comme véritables acteurs. » On a bien entendu.

Finalement, on aurait pu s'y attendre, vu sa première réunion de campagne, cette semaine, à Poissy : un débat Potemkine, calqué sur ces réunions où le jeune commercial de l'Élysée baratinait en bras de chemise pendant des heures pour se refaire. Visiblement, on n'a plus trop d'idées nouvelles dans l'équipe de campagne.

Dans cette même vidéo, le candidat exprime aussi un mea culpa sur sa gouvernance jupitérienne : « Nous avons mis en œuvre des réformes parfois à la cavalcade, à la hussarde. Et nos compatriotes, même quand ils y croyaient, voulaient en être aussi les acteurs, voulaient porter ces réformes. » Mais justement, est-ce le bon moyen pour en sortir ?

Ce recours au « grand débat » comme panacée démocratique est en fait très inquiétant. Que le Président promeuve, le temps d'une non-campagne, cette forme en fait fort peu démocratique, et sortie en catastrophe pour répondre à la crise des gilets jaunes susceptible de ressurgir, n'a rien de rassurant. Ne faut-il pas rappeler qu'il y aura tout de même, ce printemps, deux élections majeures, présidentielle et législative, qui justement mériteraient de vrais débats, mais avant ? Quant à la consultation du peuple après les élections, pendant un mandat, la Constitution a prévu cette chose qui s'appelle le référendum, qui permet d'interroger tout le peuple et pas seulement les happy few choisis pour entourer le Président grand débatteur. Le référendum, c'est justement la voie choisie par Marine Le Pen et Éric Zemmour.

Enfin, la démocratie « grand débat » pose un autre gros problème démocratique révélé par le premier grand débat post-gilets jaunes : l'opération avait donné lieu à la rédaction de « cahiers de doléance », 800.000 pages fort intéressantes, archivées dans les départements et à la BNF, mais tellement archivées qu'elles ont été soigneusement oubliées par Emmanuel Macron, dès l'opération de com' achevée, contrairement à ce qu'il avait promis. Bizarre, donc, que le pouvoir macronien prenne cette séquence qui n'est guère à son honneur comme modèle. À moins qu'il ne se moque vraiment de nous.

D'ailleurs, dès novembre dernier, l’ancien « Monsieur Renseignement » de l’Élysée, Didier Le Bret, proche de François Hollande, avait lancé une pétition pour demander à Emmanuel Macron de rendre accessibles ces cahiers de doléances du grand débat. Vous imaginez la réponse. La gauche pensait pouvoir en tirer un programme et une dynamique. Mais si ces cahiers ont été enterrés, c'est surtout que, de l'avis même des macronistes, ils contenaient des propositions inacceptables pour eux. Confidence de l'un d'entre eux, cité par Le Monde du 17 février dernier : « C’est inutilisable, justifie un proche du chef de l’État. Les idées concrètes, c’est le retour de la peine de mort, la fin du mariage pour tous, etc. » Pas vraiment de gauche ni macroniste, le programme des cahiers de doléances. Donc, poubelle ! On n'écoutera le peuple que trié et lisant les fiches fournies par les organisateurs.

Donc, pour le grand débat saison 2, on ne gardera ni l'avant (les gilets jaunes) ni l'après (les cahiers de doléances) et on ira à l'essentiel : le show d'Emmanuel Macron, et « permanent », s'il vous plaît !

Un second quinquennat Macron avec grand débat permanent ? L'escroquerie démocratique a peut-être assez duré.

13 mars 2022

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