« Des évolutions sans doute significatives seront apportées à notre dispositif militaire au Sahel en temps voulu, mais elles n’interviendront pas dans l’immédiat », a déclaré, ce 16 février, avec une solennelle circonvolution, le Président Macron lors d’un énième sommet du G5 Sahel. Soit un an après le sommet de Pau dont il consacre à nouveau le triomphe du verbe, tant l’événement était vide de contenu, le bilan de progrès et l’avenir de perspective réaliste d’amélioration.

Ce sommet récurrent et « sans doute » non plus de la vacuité s’est tenu « en distanciel » à partir d’une salle de téléconférence de N’Djamena, nom de la capitale administrative du Tchad qui signifie, à propos, « Nous nous sommes reposés », en dialecte local. Ici, la politique est devenue l’art de ne rien dire, faute d’avoir quoi que ce soit d’avouable à dire, sans le dire ouvertement mais tout en le disant à mi-mot et avec aplomb. Ça fait cher la minute de visioconférence à haut débit sécurisé, dont il est préférable de ne pas dévoiler toute l’hypocrisie générale et l’inaction particulière des pays concernés.

On avait développé dans ces colonnes, en septembre 2019, les raisons inavouées de l’échec du G5 Sahel, par myopie quant aux causes profondes du terrorisme islamique, hypermétropie quant à la pauvreté endémique, strabisme sur les positions et les intérêts nationaux divergents et, finalement, presbytie qui empêche toute mise au point claire sur ce fléau. On avait fait le « constat accablant » d’une alliance de fait entre criminalité économico-financière et terrorisme ; prononcé le « diagnostic inquiétant » d’un sentiment d’injustice et de désespérance sociale, fossé socio-économique qui fait le lit du terrorisme ; enfin, prescrit un « traitement global » qui traite autant les causes que les conséquences. Finalement, les seuls acteurs qui font du « présentiel », dans ce drame sans fin, restent les populations africaines abandonnées par leurs pouvoirs publics défaillants et prédateurs, prises en otage par des fanatiques crapuleux qui profitent de la mauvaise gouvernance.

Or, les mêmes causes produisent les mêmes effets et la mauvaise gouvernance ne fait qu’empirer, masquée par une opportune pandémie sanitaire de diversion. Les victoires tactiques militaires face à une hydre aux mille têtes reviviscentes qu’Emmanuel Macron prétend décapiter ne compensent pas la réelle défaite stratégique du G5 Sahel, dont personne ne semble vouloir fixer de limites à son coût financier et humain. Il est temps de réévaluer à l’aune des réels bénéfices attendus pour une France en proie au déchaînement combiné de violence islamiste, progressiste et gauchiste.

Dans ce contexte, « renforcer à la fois la lutte contre les groupes djihadistes et le retour de l’État dans les territoires délaissés de la région », a osé préconiser à ses homologues africains le Président d’une France elle-même déstructurée et ensauvagée, où la loi ne s’applique pas partout ni à tout le monde. Dans ce puzzle national désassemblé de territoires communautarisés, la conseillère de Macron pour la défense des droits, Claire Hédon, envisage d’expérimenter des « zones sans contrôle d’identité » sur le territoire français – soit le rêve fou et sanctuaire inespéré des voyous et criminels de tous acabits, en France et au Sahel.

Ancienne présidente de l’association ATD Quart Monde, elle ne fait pas les choses à moitié en matière de réflexion surréaliste. Dans cette ambiance délirante, les déconstructivistes d’extrême gauche ont beau jeu de surenchérir avec d’autres idées loufoques et irresponsables comme celle de désarmer les policiers lors des manifestations, face à des barbares inspirés par le film ultra-violent et visionnaire Mad Max.

Il est urgent de faire appel à des responsables gouvernementaux sensés et compétents, et temps de créer un poste parallèle de « défenseur des devoirs ». Sous peine de voir la France, en passe de devenir le 56e État africain, être le membre actif et non plus consultatif et financier d’un « G6 Sahel » dont il devient le prolongement naturel.

17 février 2021

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