Comme à son habitude, a surpris tout le monde.

Alors que, au prétexte que la situation sanitaire ne le permettait pas, le président de la République Sergio Mattarella refusait d’appeler le peuple italien au vote pour élire un nouveau Parlement où se dégagerait une majorité franche, très vraisemblablement avec Matteo Salvini en chef de file, ce même président demandait, début février, à Mario Draghi de former un gouvernement d’union nationale, un « gouvernement des meilleurs ».

À charge, pour lui, de gérer la sortie de crise du Covid-19, et notamment le plan vaccinal, et, surtout, remettre l’ sur pieds, éviter le pire. Rappelons que, depuis le début de l’épidémie, ce sont près de 400.000 entreprises qui ont fermé, le taux de chômage est de 11 % et frôle les 30 % chez les 18-25 ans. Et le 31 mars, le mécanisme qui permettait de bloquer les licenciements sera caduc.

C’est exactement pour ces raisons que Matteo Salvini s’est résolu, pour un temps, à quitter les rangs de l’opposition. Pour comprendre cette volte-face, il faut se souvenir que l’électorat historique de la Ligue est celui du monde de l’entreprise, de ce tissu de PME-PMI qui est majoritaire dans l’économie italienne et dont beaucoup se trouvent au nord de l’Italie, le poumon économique de la péninsule.

L’objectif : par pur pragmatisme, et parce que l’urgence économique est aiguë, il s’agit pour lui de mettre de côté les antagonismes de parti pour participer, être acteur de la relance. Et ne pas laisser la gauche, seule, soutenir le gouvernement Draghi (même si le parti de Silvio Berlusconi, en nette perte de vitesse, a annoncé soutenir « l’ami Draghi ») et décider de l’usage des fonds européens, qui devraient s’élever à 209 milliards d’euros.

Dans les faits, et malgré trois ministres de la Ligue dans le nouveau gouvernement, la partie s’annonce rude.

Passé le premier moment de surprise, la gauche italienne, désarçonnée par le coup de poker de Salvini, s’est ressaisie. Dimanche soir, le ministre de la Santé, reconduit dans le nouveau gouvernement malgré une gestion de la pandémie erratique et discutable, a annoncé reporter de trois semaines la réouverture des stations de ski, prévue… pour le lendemain. Quand on sait que le tout nouveau ministre du Tourisme est leghiste, tout comme celui du Développement économique, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre la basse manœuvre politique, sur le dos des italiens.

Le nouveau gouvernement Draghi n’est pas vraiment celui, annoncé, de la rupture. Quelques poids lourds du gouvernement précédent ont été reconduits, dont le ministre de l’Intérieur, aux idées diamétralement opposées à celles de Matteo Salvini. Tous les partis, de gauche comme de droite, à l’exception notable de Fratelli d’Italia, dirigé par Giorgia Meloni, y figurent : cette dernière a fait le choix de la cohérence, refusant de faire partie d’un gouvernement où figurent de (nombreux) ministres de gauche. Mise sur le banc de touche, elle sera néanmoins la seule vraie opposition au gouvernement Draghi, elle y gagnera sans doute en visibilité et en votes.

Le choix de Salvini est plus risqué, il devra avaler quelques couleuvres pour espérer, en retour, peser dans certaines décisions gouvernementales. Mais jusqu’à quel point ?

Sur l’Union européenne, sa volte-face « européiste » a fait beaucoup jaser. Il répond : « Pour moi, l’étiquette droite ou gauche, européiste, souverainiste, sont des étiquettes. Nous voulons être en Europe en tant que protagonistes, tête haute et défendant l’intérêt national italien. »

Et sur l’euro, il a lancé, mardi dernier, « que seule la mort est irréversible ».

Aujourd’hui au Sénat, dans son discours de politique générale, Mario Draghi a déclaré que « soutenir ce gouvernement signifie partager l’irréversibilité du choix de l’euro, signifie partager la perspective d’une Union européenne toujours plus intégrée ».

Un « en même temps » à la sauce italienne ?

Pour Matteo Salvini, la partie ne fait que commencer.

17 février 2021

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