Chacun, en 2018, avait pu mesurer l’abaissement de l’image présidentielle à la vue de la photographie d’Emmanuel Macron, chef de l’État, tout jubilant, aux Antilles, en côtoyant un doigt obscène tendu à la face du pays. Ce même Emmanuel Macron vient, maintenant, de se trouver giflé en place publique par un quidam. J’ignore si l’auteur de cette claque se prend ou non pour un « visiteur » débarquant tout droit du Moyen Âge au cri d’un « Montjoie Saint-Denis » filmé par le Jacquouille de circonstance. Mais je sais, par contre, que l’Élyséen qui l’a reçue a bien trop souvent oublié de se situer à la hauteur de sa charge.

Face à l’incident, la polémique s’avère facile. Le ridicule apparaît tellement immense pour celui qui se voulait notre Jupiter qu’il n’existe aucun besoin réel d’en rajouter dans l’ironie. La campagne de communication qui l’a suivi mérite, pour sa part, l’analyse.

L’objectif, pour Emmanuel Macron, demeure naturellement de ne pas se voir emporté par l’humiliation ni par le grotesque de la situation. Dès lors, le pouvoir installa immédiatement un discours élaboré autour de trois axes.

En premier lieu, il faut soutenir coûte que coûte que cette gifle ne se destinait pas à l’homme mais uniquement à la fonction. Seul le symbole aurait pris la torgnole. La République, la France entière seraient souffletées, mais pas l’individu Emmanuel Macron. Il s’agit, par là, de procéder à un renversement du sens de l’événement. reçoit une baffe parce qu’il incarnerait bien la nation et non pas parce qu’il serait jugé que, de par son comportement, il en soit devenu indigne.

En deuxième lieu, il nous est martelé que, comme la gifle visait la démocratie, quiconque ose en rire se déclare fasciste ou islamo-gauchiste. Cet incident se voit comparer, sans honte, aux attentats, aux régicides, aux assassinats de dirigeants. Chacun réclame les sanctions les plus rudes. La moquerie face à l’incident devient ainsi interdite. L’événement ne doit surtout pas être réduit à une histoire d’entartage grotesque d’un candidat à l’élection présidentielle, accessoirement encore chef d’État, battant la campagne et trottinant ridiculement en chemise blanche vers un public clairsemé où l’attendait la main agile d’un électeur mécontent.

En troisième lieu, le scénario ainsi posé, peut alors se dresser en rempart de la nation réunie, en majesté bienveillante prenant de la hauteur par rapport à l’événement.

Une telle version des faits possède l’immense avantage d’en effacer une autre, celle d’un giflé non pas comme chef d’État mais pour lui-même, celle d’une calotte adressée à travers lui non pas à tous les Français mais à l’ensemble de la classe politicienne, celle d’un pays qui ne supporte plus de voir sa vie sombrer chaque jour d’avantage dans un grand-guignolesque dont cette claque constitue la parfaite illustration.

10 juin 2021

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