Élections européennes : Rachida Dati, victime de son opportunisme

©https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Thesupermat
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Elle n’avait jamais fait d’erreur, auparavant. C’était même une sorte de figure, en politique, dont la réussite avait quelque chose de fascinant et dont le destin, qu’on aime ou pas le personnage, la rattachait directement aux romans d’ascension sociale du XIXe. Résolument balzacienne, Rachida Dati, née dans une famille maghrébine ultra-nombreuse de Chalon-sur-Saône pouvait être fière de son parcours. Après avoir été magistrate, ministre régalien de Sarkozy, maire de l’arrondissement le plus chic de la capitale, la flingueuse des Républicains avait, à ce qu’il semblait, passé un deal avec Macron pour la suite. Lors du dernier remaniement, qui avait vu Gabriel Attal succéder à Élisabeth Borne, elle avait accepté de servir le pouvoir en place - sur lequel elle disait des horreurs depuis des années - en devenant ministre de la Culture. Son objectif : la mairie de Paris, face à son ennemie de toujours, Anne Hidalgo. Une saga de succès et d’orgueil, d’opportunisme et de vie politique, un cocktail que les Français adorent.

Patatras ! Nous sommes le 10 juin, au lendemain d’élections européennes qui ont terrassé la Macronie. KO debout, au coude-à-coude avec les socialistes qu’ils pensaient pourtant avoir tués en 2017, les fidèles du président de la République ont été achevés par la nouvelle de la dissolution. Il paraît qu’Emmanuel Macron n’en avait parlé à personne et qu’à 19 heures, ses ministres les plus proches ont découvert ce qu’il allait faire. Un article du Monde rapporte que certains conseillers (non élus) du Président ont comparé cette manipulation à l’opération Fortitude : faire croire qu’il ne va rien se passer et surprendre au dernier moment.

Elle ne va quand même pas aller au RN ? Quoique…

On imagine que Rachida Dati, elle aussi, a été prise de court par ce coup de poker un peu fou. Et, contrairement aux saisons précédentes de la saga Dati, la voici, pour la première fois, à la fois dans le camp des losers et sans avoir de plan B. La veste de Rachida Dati, à force d’avoir été retournée, craque de tous côtés. Qui peut-elle trahir ? Qui peut-elle rallier ? Elle ne va quand même pas aller au RN ? Quoique…Ce serait une belle manière de montrer que le parti de Marine Le Pen, s’il n’est pas exempt de défauts, n’est pas raciste.

Voilà donc Rachida Dati contrainte de faire un douloureux service minimum, ce dont elle s’acquitte de mauvaise grâce sur X : « Il faut une majorité à la France. Une majorité audacieuse, forte et claire. Ensemble, engagés pour gagner partout en France. » On note, au passage, qu’elle ne dit pas qui est cet « ensemble », et que le nom urticant d’Emmanuel Macron, contre qui le vote s’est cristallisé, n’est pas prononcé. Rachida Dati, dans le secret de son cœur, regrette-t-elle son choix ? Le sentimentalisme n’est pas dans ses habitudes. Ce ne serait guère balzacien, d’ailleurs. Rastignac avait fait le deuil de ses illusions lorsque, à la fin du Père Goriot, il défiait Paris d’un implacable « À nous deux ! »

Il n’empêche... Dans la solitude de son ministère, loin de la Macronie quintessentielle, dont la moitié des intimes n’ont été élus par personne, la prise de guerre des LR remâche peut-être quelque ressentiment. Il n’y a pas de grandeur dans la trahison, mais surtout, il y a une amertume particulière dans le constat d’avoir abandonné le camp des perdants d’hier pour le camp des perdants d’aujourd’hui.

Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

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