Lundi 30 novembre, Gérald Darmanin a été auditionné par la commission des lois de l’Assemblée nationale sur le sujet très sensible – aïe ! – des violences policières. On ne lui connaissait pas une vision philosophique du monde ni une proximité de pensée avec ce grand penseur catholique qu’est Gustave Thibon. Et pourtant…

Tout de go, il caresse policiers et gendarmes dans le sens de la matraque : « Je ne suis pas et je ne serai pas de ceux qui flattent les policiers quand ça les arrange et qui les lâchent quand ça les arrange plus au gré des faits, des polémiques médiatiques, parce que comme aurait pu le dire ma grand-mère – cette phrase n’est pas d’elle – : « Être dans le vent est le plaisir d’une feuille morte. » Gérald Moussa Darmanin aurait-il des problèmes de mémorisation ? La citation attribuée à Gustave Thibon ne parle pas de plaisir mais d’« ambition » ! Et ça, notre Rastignac de Tourcoing en a fait bonne provision. Peut-être se souvenait-il vaguement, ce jour-là, que le 20 mai 2017, au cours d’un meeting parisien, François Baroin fustigeait la majorité présidentielle et les membres des Républicains qui entendraient la rejoindre en citant approximativement Jean Guitton : « Être dans le vent, c’est avoir un destin de feuilles mortes. » Jean Guitton, Gustave Thibon… souvenirs d’études en établissement catholique ? Plaisir, ambition, destin !

Voilà, en tout cas, que notre sémillant ministre de l’Intérieur – et des cultes ! – a parfaitement exécuté un mea culpa contrit, dans un effort de respect du rituel catholique de ses années : évocation des « sept péchés capitaux » commis par les politiques depuis de nombreuses années à l’encontre de la police et repentir chafouin : « Et plutôt que de se refaire la cerise sur leur dos, à ces policiers, moi je voudrais leur dire, puisque d’autres ne le font pas, qu’on leur doit aussi des excuses. »

En rappelant que « des actes inqualifiables ont été commis par ceux qui portent l’uniforme de la République », dans le 17e arrondissement de Paris, qu’il a souhaité leur révocation et qu’une enquête judiciaire suivait, il s’est adroitement dégagé d’un fait polémique lourd et a voulu marquer qu’il savait séparer le bon grain de l’ivraie, puisqu’il a pris le soin d’ajouter que « les individualités ne sont pas un tout », dégageant ainsi l’institution de l’accusation gauchiste de « violences policières » généralisées.

Gérald Darmanin réussit là un petit exploit politicien : estomper devant la police et ses soutiens éventuels sa mauvaise prestation – disons même son asservissement à la doxa marxiste dominante – qui l’avait conduit à qualifier de « choquantes » certaines images de l’intervention de ses troupes contre l’installation illégale de « migrants » à République, au soir du 23 novembre ; et à les abandonner, en rase campagne, à la vindicte médiatique ! Une belle leçon de rhétorique pro domo, comme aurait dit Cicéron qui savait défendre sa tête.

Gérald Darmanin aurait-il l’ambition de devenir le premier homme de l’État ? Tel un Brutus face à César, ne vient-il pas planter là son poignard dans la clavicule d’un Emmanuel Macron pris en flagrance de soumission au pouvoir de la rue quand il se risque à sermonner ses prétoriens via Facebook : « La France ne doit jamais se résoudre à la ou la brutalité, d’où qu’elles viennent. La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme. […] Le respect des valeurs de la République et la déontologie doivent être au cœur de l’engagement de toutes nos forces de l’ordre. »

Car l’échéance fatale de l’élection présidentielle de fait sortir tous les comploteurs du sous-bois. L’ultra-arriviste Castaner, qui, le premier, avait abandonné ses troupes : désertant par des propos infâmes le camp de la loi française pour soutenir celui de l’émeute racisée – forfait idéologique ayant imposé sa mise à l’écart feutrée – il s’est « refait la cerise », comme dirait Darmanin, en captant les LREM à l’Assemblée et, peut-être mandaté en sous-main par notre César-Macron – qui sait ? –, s’évertue à torpiller depuis, par tous les moyens, l’action de son successeur à Beauvau.

En 60 av. J.-C., l’alliance politique secrète conclue entre César, Pompée et Crassus se termina par la guerre civile et la dictature. Tous trois finirent par y perdre la vie. Emmanuel, Gérald, Christophe : qui s’imposera dans ce triumvirat de l’ambition ?

6 décembre 2020

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.