Dans un climat plombé par la crise sanitaire provoquée par le Covid-19, par une crise économique sans pareil avec une inflation qui devrait dépasser les 1.000 % en 2020, augmentant encore la précarité de plusieurs dizaines de millions de Vénézuéliens, par une ambiance de désespérance dont la seule lueur dans ce pays de tradition catholique est celle de la fête de Noël et de ses préparatifs, plus de 20 millions d’électeurs ont été appelés aux urnes, dimanche 6 décembre, par le Conseil national électoral (CNE) afin de renouveler l’Assemblée nationale, seule entité, depuis les législatives de 2015, à être dominée par la coalition de l’opposition. Un pouvoir cependant limité aux seules actions symboliques depuis que Nicolás Maduro a mis en place une assemblée constituante composée exclusivement (ou presque) de représentants chávistes afin de contrer toutes les décisions de l’Assemblée nationale.

En plus d’une abstention qui devrait être record, les conditions dans lesquelles cette élection se déroule sont de l’ordre de la mascarade ! Qu’on en juge : une décision unilatérale, sans aucune légitimité constitutionnelle prise dans le cénacle du palais présidentiel, a porté la composition de la nouvelle assemblée de 167 sièges à 277 sièges, des listes électorales non mises à jour (avec plus de trois millions de Vénézuéliens inscrits sur les listes qui ont, depuis, quitté le pays), du matériel électoral dont la fiabilité n’a pas été éprouvée (l’incendie d’un bâtiment du CNE, en mars dernier, a rendu inutilisables pratiquement tous les équipements du système de vote automatisé), de nouvelles machines à voter avec système d’identification biométrique achetées en toute opacité, aucune présence de scrutateurs étrangers hormis les inévitables « techniciens » cubains… Il faut ajouter à ce sinistre tableau des méthodes népotiques à la Ceaușescu qu’on pensait définitivement révolues avec des membres de la famille de Maduro présents sur des listes !

Pour autant, il n’est pas question d’absoudre les responsabilités de l’opposition dans cette farce démocratique. En particulier celles de son leader, Juan Guaidó, dont les multiples hésitations ont provoqué non seulement la division de l’opposition sur la stratégie à adopter mais également une forme de renoncement dans la population. Car malgré un contexte hostile, Guaidó avait le temps de préparer ces élections, d’y présenter de nombreux candidats (plusieurs petites listes d’opposition sont présentes), avoir un vrai programme autre que la démission de Maduro, exiger des scrutateurs indépendants et dénoncer éventuellement fraudes et autres manipulations du pouvoir cháviste plutôt que s’en remettre aux consignes de Washington…

Juan Guaidó, qui a demandé aux Vénézuéliens de ne pas participer à ces élections législatives, leur a proposé en parallèle une consultation populaire organisée du 5 au 12 décembre pour entériner une prolongation du mandat de l’actuelle Assemblée nationale !

Malgré cette dernière tentative, il est probable que la victoire de Maduro, comme par ailleurs l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, soient le clap de fin de l’épisode du « président par intérim », une opération créée, il faut le rappeler, de toutes pièces, début 2019, par le triumvirat Bolton-Pompeo-Trump.

6 décembre 2020

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