Lors d’une conférence de presse, le 3 décembre, le Premier ministre Jean Castex a annoncé que la France « disposera[it] d’un potentiel de 200 millions de doses » du vaccin anti-Covid 19, lesquelles permettr[aient] de « vacciner 100 millions de personnes ».

Au micro de Boulevard Voltaire, le Dr Bertrand Legrand réagit à cette annonce et souhaite, tout d’abord, connaître l’efficacité du vaccin avant de savoir qui il faut vacciner. Selon lui, « les information de pharmacologie » de ce vaccin sont, à ce jour, insuffisantes.

 

 

Le vaccin contre le Covid est là. Depuis plusieurs jours, les experts se succèdent sur les plateaux télé pour débattre de l’opportunité ou non d’un tel vaccin. Vous êtes généraliste dans le Nord de la France. Faut-il se faire vacciner contre le Covid-19 ?

 

Je ne vais pas vous répondre ! Vous êtes en train de demander s’il faut prendre une gélule ou un comprimé. Je suis désolé, mais cela dépend de ce qu’il y a dans la gélule ou dans le comprimé. Aujourd’hui, je ne sais pas vous dire si le vaccin a une répercussion clinique favorable ou défavorable, et si son bénéfice risque est positif ou non. Le vaccin est sorti il y a très peu de temps. Par conséquent, nous n’avons pas les études en phase 3 qui nous permettraient de faire cette partie clinique. Il faut évidemment sortir un vaccin le plus vite possible. Un vaccin est ce qu’il y a de plus efficace en termes de véhicule de transport d’un médicament envers une maladie. En revanche, il nous manque l’information de pharmacologie. Sur quoi agit le vaccin ? Comment a-t-il été fabriqué ? Quel type de protéine cible-t-il et pour quel impact ? Selon l’impact, vise-t-on tout le monde ou simplement les personnes à risque ?

Toutes ces questions-là dépendent de la cible. C’est comme si vous aviez une bombe et que vous me demandiez : êtes-vous pour ou contre la bombe ? Cela dépend. Si c’est sur moi, je suis contre. Si c’est sur les autres, peut-être…

Comment expliquer que les médias n’invitent que des médecins et non pas des spécialistes du vaccin ?

 

La vaccinologie est un métier complexe. À plusieurs reprises, j’ai dû vous dire que les pharmaciens ne devaient pas faire le métier des médecins et les médecins ne doivent pas non plus faire le métier des pharmacologues. Les pharmacologues produisent et construisent le médicament.

Si on n’est pas pharmacologue, les termes médicamenteux ne nous parlent absolument pas.

On a besoin d’avoir la parole des spécialistes. Ces gens-là sont liés à l’industrie pharmaceutique.

Aujourd’hui, on rentre dans l’abscons et on veut en faire un débat politique de pour ou contre la vaccination, sans même savoir comment a été fabriqué ce vaccin. Si on rate ce débat-là, on va rater la majorité de la question.

 

Cela paraît compliqué d’inviter sur un plateau, un salarié de Pfizer pour nous expliquer ce qu’il y a dans ce vaccin. On doute qu’il dise « attention ce vaccin est dangereux ». C’est un peu inviter l’inventeur d’une automobile qui vous dit que c’est la meilleure voiture de tous les temps…

Je suis persuadé que si vous invitez un salarié de chez Peugeot, il vous dira que sa voiture est bonne, mais il ne vous dira pas que la voiture ne peut pas avoir d’accident. Chaque personne est responsable et engage sa propre responsabilité civile. Les gens qui travaillent pour les firmes pharmaceutiques, engagent aussi leur responsabilité et ne peuvent pas raconter n’importe quoi. C’est vraiment essentiel. Chaque médecin et pharmacien engage sa responsabilité civile et pénale, à chaque fois qu’il parle. Selon moi, il faut faire parler les gens qui fabriquent parce qu’on a besoin de comprendre comment ces vaccins sont fabriqués et quelle est la cible. On ne peut pas diffuser un médicament dont on n’a pas d’autre choix que de le diffuser largement sans avoir fait un essai clinique très important, sans savoir comment il marche et sans que les médecins soient informés du fonctionnement. Je suis stupéfait que l’on se pose la question de savoir s’il faut vacciner ou non, comme s’il y avait un groupe politique pour la vaccination et un groupe politique contre la vaccination. La question qu’il faut se poser est plutôt : a-t-on un vaccin efficace ? Dans quelle mesure est-il efficace ? Combien de vies va-t-il « sauver » sur un grand échantillon ? Quels sont les effets secondaires, donc les vies que l’on pourrait perdre s’il y avait un effet indésirable ?

Pour pouvoir imaginer les effets indésirables, il faut bien que des concepteurs de vaccin nous en parlent et sûrement pas des cliniciens.

 

4 décembre 2020

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