Dans son hommage télévisé à Valéry Giscard d’Estaing, jeudi soir, n’a pu s’empêcher de procéder à une récupération de son héritage. Il s’est engagé à mettre « tout en œuvre pour faire vivre cette flamme du progrès et de l’optimisme ». S’il est naturel qu’un Président en exercice honore, à son décès, un ancien Président, il faut une certaine outrecuidance pour prétendre s’inscrire dans sa lignée. Il pourrait bien ne pas en retirer le bénéfice espéré.

a, sans doute, des points communs avec son prédécesseur : des études brillantes, un goût prononcé pour les questions économiques, une inclination profonde pour l’Europe, la volonté de gouverner au centre et de réformer le pays. Mais que de différences dans leur personnalité ! Si l’ancien chef de l’État cédait parfois à la tentation narcissique et au modernisme, il savait avoir de la classe en toute circonstance. Même quand il jouait de l’accordéon, qu’il tâtait du ballon rond ou qu’il s’invitait à la table des Français, il conservait les apparences du naturel et de la dignité.

Ce n’est pas lui qui se serait exhibé avec des danseurs de la communauté LGBT, pour la fête de la Musique, dans la cour de l’Élysée, ou qui aurait imprudemment pris la pose, sur l’île de Saint-Martin, avec deux jeunes, dont l’un faisait un doigt d’honneur. Avec tout le respect qu’on lui doit, force est de constater qu’Emmanuel Macron n’a ni la prestance ni la distinction de son lointain prédécesseur : les cours de théâtre que lui prodigua son professeur préféré n’ont pas porté tous leurs fruits. Ainsi, quand, dans ses déplacements, il salue les Français d’un « Bonjour Messieurs-Dames », ne ressemble-t-il pas à un bonimenteur qui va vendre sa marchandise ?

Au demeurant, si la classe politique et les médias ont salué en VGE un grand réformateur, ses réformes, avec le recul, ont montré leurs défauts. On se souvient surtout de ses réformes sociétales, qu’il fit voter contre son camp, comme la loi du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse, qui dépénalisait l’avortement et dont il n’avait pas prévu les dérives. Ou de l’instauration du regroupement familial en matière d’immigration, qu’il regretta par la suite.

On a moins évoqué la loi du 11 juillet 1975 relative à l’éducation, plus connue sous le nom de « réforme Haby », du nom de son ministre, qui établit le « collège pour tous » auquel les plus lucides reprochent, non sans raison, d’avoir nivelé vers le bas les connaissances et les compétences des élèves. Plus tard, l’ancien président de la République émit aussi des regrets,  soulignant ses bonnes intentions : il avait conçu le collègue unique comme « l’antichambre du lycée » et souhaitait tirer vers le haut l’ensemble des élèves. Ce fut tout le contraire qui arriva.

Il est de tradition, quand une personnalité politique disparaît, de lui trouver toutes les qualités et de gommer ses défauts. Le locataire actuel de l’Élysée n’a pas dérogé à cette tradition mais a manqué de discernement en entonnant un dithyrambe en l’honneur de cet ancien Président et en voulant s’approprier son héritage. Il croit se rehausser en prenant pour modèle un homme dont l’action fut discutable. Il risque fort de n’avoir avec lui, pour dénominateur commun, que le non-renouvellement de son bail.

4 décembre 2020

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