Les députés indépendantistes catalans ont voté la motion de censure, ils attendent d’être payés en retour

Coup de tonnerre en Espagne : le chef du gouvernement Mariano Rajoy a été renversé. Les socialistes reviennent au pouvoir par la personne de Pedro Sánchez. Comment l’expliquer ? José Maria Ballester répond au micro de Boulevard Voltaire.

Coup de tonnerre en Espagne. Le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, a été renversé. Les socialistes reviennent au pouvoir par la personne de Pedro Sánchez.
Que s’est-il passé en Espagne ? Comment expliquer cette chute de Mariano Rajoy ?

C’est un peu la chute de la passivité. Rajoy gouvernait en minorité. Il avait et a toujours 134 députés sur 350, car la Chambre n’a pas été dissoute. Il avait une alliance tacite avec Ciudadanos qui passait par des hauts et des bas, et beaucoup plus de bas ces dernières semaines. L’arrêt de l’audience nationale sur le financement illégal du Parti populaire lui a porté un coup fatal. C’est à la suite de cette décision de justice que Pedro Sánchez a déposé sa motion de censure.

Est-ce que le nouveau gouvernement de Pedro Sánchez est solide ou ne surfe-t-il que sur une vague anti-Rajoy ?

Il repose surtout sur le rejet commun de Rajoy et tout ce qu’il représente : la technocratie, les politiques d’austérité voulues par Bruxelles et une certaine passivité. C’est le lien commun qui a permis le succès de cette motion de censure. “Éphémère”, c’est le mot utilisé par de nombreux analystes ici. C’est un argument qui est repris à plusieurs reprises dans la presse espagnole et dans les médias. C’est aussi ce qu’on disait de Zapatero en 2004. Sánchez s’est engagé à convoquer des élections dans un délai raisonnable. La législature se termine en 2020. Dans le pire des cas, il durera deux ans.

Le fait notable en Espagne, ces derniers mois, était la crise catalane. On dit que le nouveau Premier ministre serait moins rigide sur cette question que n’a pu l’être Rajoy. Est-ce que la crise catalane a pu jouer dans le renversement de l’ancien gouvernement ?

Les députés indépendantistes, qu’ils viennent de la gauche républicaine de Catalogne ou du parti démocratique de Catalogne, ont voté la motion de censure et s’attendent à être payés en retour. Sánchez s’est engagé à faire des gestes politiques. Il y a à peine dix jours, il est allé voir Rajoy à la Moncloa, le siège du gouvernement – le Matignon espagnol. Il lui avait affiché toute sa solidarité pour continuer à appliquer l’article 155, qui met la région sous la tutelle du gouvernement central.

La chute de Rajoy a-t-elle un lien avec l’espèce de défiance des peuples vis-à-vis de l’Europe, comme on a pu le voir récemment en Italie ?

C’est une question intéressante. La motion de censure de Pedro Sánchez a eu du succès grâce aux cinq votes des députés du parti nationaliste basque, qui avaient pourtant soutenu le budget de Rajoy la semaine dernière. C’était un budget très avantageux pour le Pays basque. Sánchez s’est engagé à appliquer et à exécuter le budget présenté par le gouvernement Rajoy.
C’est un budget qui s’adapte aux exigences de Bruxelles en matière de déficit et de contrôle de la défense publique. Il serait difficile, pour Sánchez, de verser dans l’anti-européisme et qu’il commence à faire des pieds de nez à Bruxelles ou à mettre en péril la reprise de la croissance en Espagne.
À mon avis, il va contenter ses alliés de gauche, et notamment les communistes chávistes de Podemos, en matière sociétale, notamment sur l’euthanasie ou sur l’affirmation du caractère laïc de l’État. En revanche, en matière économique, je ne pense pas qu’il commence une aventure.

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