J’ai appris à lire, au CP, dans Le Voyage de Macoco. Je le confesse : j’adorais Macoco ; je rêvais de son village, ses cases, ses baobabs… Je l’aimais tellement que ma mère m’avait confectionné un coussin à son effigie et je m’endormais en songeant au crocodile du Nil. Preuve que je l’aimais d’amour : soixante ans plus tard, je m’en souviens encore !

Il paraît que Le Voyage de Macoco, méthode de lecture syllabique d’Henriette François, éditée par la librairie Armand Colin chez Bourrelier, est un trésor aujourd’hui très convoité. Convoité mais décrié. D’ailleurs, à la réflexion, et compte tenu de ce qui va suivre, je devrais me repentir d’avoir rêvé sur ces clichés scandaleusement racistes bien que post-coloniaux. Des images « d’un monde apaisé et vecteur de lieux communs », disait, tout récemment, Sophie Leclerq au Point, une dame qui se penche depuis 2015 sur ces images qui ont « contribué à enraciner des mythes de la période coloniale dans les esprits », décrivant ces espaces « illuminés par le soleil »« chacun vaque à ses occupations sur cette terre où la sérénité est reine, la paix, une constante ». Souvent, dit-elle, ces représentations offraient une image « édulcorée », les dessinateurs faisant « appel à l’exotisme » « C’est pour cela qu’on retrouve notamment beaucoup d’images de la faune et de la flore pour illustrer l’ », ajoute-t-elle.

Tout cela est affreux, j’en conviens. Il eût mieux valu, sans doute, dessiner des cannibales tournant un chef de tribu dans le chaudron, montrer les mutilations sexuelles des rites d’initiation, les sourires des Bantous aux dents limées en pointe, les scarifications profondes recouvertes de boue et de sel pour éviter une cicatrisation rapide et bien d’autres fantaisies folkloriques…

C’est affreux, je le redis, aussi, je comprends bien que l’ nationale s’attaque aujourd’hui à une entreprise d’envergure et de réhabilitation afin de « montrer aux élèves que l’Afrique fait partie de l’histoire du monde ». Le Point rend compte de l’événement qui vient d’être présenté à la presse dans le cadre de la saison Africa 2020, initiée par .

On apprend que « depuis septembre 2019, les historiens Naïl Ver-Ndoye et Alexandre Lanfon planchent, en tant que conseillers auprès du ministère de l’Éducation nationale, sur la manière de faire entrer l’Afrique dans les classes de  ». L’appel à projets dans ce sens a porté ses fruits mûrs et la récolte peut donc commencer.

Au menu, des partenariats avec des auteurs de BD (), de courts-métrages (Festival de Clermont-Ferrand), une exposition avec le collectif Cartooning for Peace où seront présentés « douze panneaux de dessinateurs de presse africains […] sur des sujets aussi divers que la jeunesse, l’, l’écologie et le droit des femmes ».

Pour les plus petits, il y a aussi de bonnes surprises, dit M. Ver-Ndoye. Par exemple, en ce qui concerne l’éducation physique et sportive, on recommande aux professeurs de maternelle d’utiliser « la lutte sénégalaise, sport national dans le pays aussi prisé que le […] pour appliquer le programme sur les jeux d’opposition ». De même, on proposera aux bambins le jeu d’awalé, bien plus fun que nos bûchettes et nos marrons d’autrefois, « pour expliquer le principe du dénombrement ». Un outil également indiqué « dans des leçons de classes de terminale, dans des séquences sur les probabilités ».

Enfin, il faudra, bien sûr, mettre la culture africaine à l’honneur. Pour ce faire, « tous les élèves de CM2, soit près d’un million d’enfants, vont recevoir un exemplaire spécial du journal Un jour, une actu qui leur présentera seize personnalités de l’Afrique contemporaine. Les enseignants de maternelle auront également à leur disposition un manuel dédié aux artistes contemporains africains, qu’ils trouveront aussi en ligne. »

Vous savez quoi ? Je me demande si ça ne va pas faire des jaloux…

17 décembre 2020

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