[CINÉMA] L’Abandon, le film exhaustif sur l’assassinat de Samuel Paty

C’est évidemment le film incontournable du moment, si ce n’est de l’année 2026.
©Guy Ferrandis
©Guy Ferrandis

Réalisé en toute discrétion, à l’été 2025, par Vincent Garenq, L’Abandon retrace les onze derniers jours de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie du collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, assassiné le 16 octobre 2020 par le djihadiste tchétchène Abdoullakh Anzorov.

Inspiré du livre-enquête de Stéphane Simon, Les Derniers Jours de Samuel Paty, publié chez Plon en 2023, le film a bénéficié de la participation active de Mickaëlle Paty, la sœur de la victime, au processus d’écriture. Elle fut, en effet, sollicitée à chaque version du scénario afin de garantir un portrait psychologique fidèle de son frère.

À l’arrivée, le récit s’avère être une restitution minutieuse des faits – passée sous le contrôle des avocats concernés – qui, en moins de deux semaines, conduisirent à la tragédie que nous savons.

Un professeur assassiné pour avoir fait son travail…

Tout est parti d’un simple cours d’éducation civique sur la liberté d’expression durant lequel Samuel Paty (Antoine Reinartz, impeccable) a montré à ses élèves les caricatures de Mahomet parues dans Charlie Hebdo. Avec toutes les précautions possibles et imaginables, en cette époque où l’on ne peut rien dire ni montrer de peur d’offenser son prochain, le professeur permit aux élèves susceptibles d’être choqués – quelle que soit leur confession religieuse – de détourner le regard, de se boucher les oreilles ou de quitter la salle momentanément.

Malgré son extrême prudence, que d’aucuns auraient même jugée excessive, Samuel Paty dut rapidement se justifier auprès d’une mère d’élève puis, dans la foulée, fut mis en accusation d’avoir « exclu les musulmans » du cours. La dénonciatrice, une adolescente connue pour son insolence répétée envers les professeurs et ses absences injustifiées, n’était même pas présente au collège, ce jour-là. Livrant un témoignage mensonger à son père, Brahim Chnina (rebaptisé, ici, Kader Saidi), celle-ci déclencha la fureur de ce dernier qui, appuyé d’un militant salafiste, Abdelhakim Sefrioui, fiché S et connu du renseignement territorial pour ses prises de position radicales, lança alors toute une campagne de diabolisation de Samuel Paty sur les réseaux sociaux. Cela, afin d’exciter les musulmans des environs, de harceler le collège et de sanctionner le professeur. Lequel, comme l’explique le titre du film, fut dès le départ lâché par son administration.

L’Éducation nationale, en dessous de tout

La principale du collège, d’une crétinerie coupable, annonça d’abord aux élèves de Paty que celui-ci allait « s’excuser » devant eux, avant que l’intéressé ne la corrige publiquement et remette les choses au clair. Elle ne comprend que plus tard la diffamation dont il a été l'objet.  D’une bêtise tout aussi crasse, le pseudo-référent laïcité de l’établissement pointa « sa maladresse » quand nombre de professeurs pleutres, graines de LFIstes, condamnèrent sans ambages « l’islamophobie » de leur collègue auprès de leurs élèves pour se dissocier de lui et montrer patte blanche. Comme le dit si bien Christopher Caldwell, « le politiquement correct est un subtil mélange de lâcheté, de bonnes manières et d’intérêt personnel ». Ceux-là ignoraient seulement que, ce faisant, ils apportaient leur pierre à la fatwa qui se mettait en place…

Embourbée dans un magma de procédures, l’administration ne prit aucune mesure concrète pour protéger le professeur. Quant aux policiers du renseignement territorial, ils focalisèrent leur attention sur les risques de manifestations publiques sans prendre garde aux risques d’agression physique à l’encontre de Samuel Paty.

Un film pratiquement irréprochable

Avec un ton juste et une sobriété de rigueur dans la mise en scène, le réalisateur Vincent Garenq n’hésite pas à employer, à l’écran, les mots qui fâchent (« salafiste », « djihadiste », « fatwa ») et à pointer aussi bien la misère intellectuelle profonde du tandem Chnina-Sefrioui et leur inconséquence que leur antisémitisme latent ou leurs convictions pro-Hamas. Pudique, le cinéaste a l’intelligence de réduire au strict minimum la représentation de l’assassin, dont le visage est indiscernable, et de ne jamais citer son nom pour éviter tout risque d’idéalisation de la part des « spectateurs à risque »…

Cette anonymisation, en revanche, s’avère bien dommage concernant les autres coupables de l’affaire. On eût grandement apprécié que la famille Chnina, qu’Abdelhakim Sefrioui, que la principale du collège, que le référent laïcité ou que les professeurs qui ont lâché Samuel Paty soient virtuellement marqués au fer rouge par ce film.

Enfin, si l’on comprend que le tournage dans la véritable ville de Conflans-Sainte-Honorine était inenvisageable, pour de nombreuses raisons, il eût été judicieux, malgré tout, d’évoquer le changement de nom de l’établissement scolaire, passant de « collège du Bois d’Aulne » à « collège Samuel-Paty » en 2025.

 

4,5 étoiles sur 5

https://www.youtube.com/watch?v=gTAUdBL_K00

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 09/06/2026 à 15:45.
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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

34 commentaires

  1. Nous avons été choqués par cette interview diffusée sur Cnews dans laquelle un kéké ridiculise le film. D’autant choqués que l’animateur, Elliot Deval, a pris plaisir à nous l’imposer deux fois, en longueur, tout en flattant ce personnage insipide, totalement méconnu du grand public. Quel intérêt ? Nous avons perçu un malaise parmi les invités. Nous les comprenons. A vouloir se révéler le premier à diffuser une information, le Deval devient aveugle et tombe dans des chausse-trappes. Cnews tend les verges qui les fouetteront.

    Quant au film, laissons au temps le temps nécessaire à son appréciation. Les français jugeront. Reprendre l’information dans une quinzaine de jours deviendra alors d’intérêt.

  2. J’ai entendu les commentaires de certains. Il est tout à fait normal qu’aujourd’hui, en France, faire un film pour dénoncer le lâche assassinat d’un prof par un tenant de l’islam, c’est de l’islamophobie. Ces grands « intellectuels » (ou qui se prétendent tels) ne sont capable de s’arrêter qu’à la forme, le fond c’est top compliqué. Pour eux, le raisonnement est simple : « un prof a été égorgé au nom du Coran. Vous dénoncez cet assassinat ? Donc vous êtes islamophobe et par conséquent vous êtes fasciste ». C’est simple et ça ne demande même pas le niveau du certificat d’Études Primaires (surtout, ne pas oublier le « primaire »)…

  3. Aller voir ce film, jamais. Pour moi aller au cinéma c’est pour me distraire, me changer les idées, voyager mais aller pleurer pour un pauvre instituteur inconscient, abandonné par l’E.N. pour finir décapité par un islamiste cinglé et une diaspora musulmane , non merci pas pour moi.

  4. La vidéo d’une interview vue sur CNews entre deux gauchistes bas du front critiquant ce film avec des commentaires débiles en ricanant bêtement, est à vomir !
    Je suis écœuré d’entendre ces idiots utiles de l’islamisme faire joyeusement et en toute impunité leur sale propagande devant les caméras.

  5. Samuel Paty , tué par le bras armé de l’islam , l’islamisme , qui fait régner la terreur sur notre pays, ou la charia applique la peine de mort . La France est gouvernée par la charia musulmane et non par la loi républicaine votée par les représentants du peuple .

  6. A Raskasse…pas Reconquête. C’est un vote perdu pour le RN et tout bénef pour ceux qui ont permis l’exécution de S.Paty…un peu de clairvoyance ne nuit pas.

  7. les lâchetés et donc responsabilités sont multiples et les responsables ne seront jamais considérés comme coupables, et donc punis… j’ai tout simplement honte de ce que nous sommes devenus

  8. La gauche dénonçant un projet « dangereux » et droite fustigeant un « déni de l’islamisme

  9. la vérité, ce n’est pas qu’il a été « abandonné »
    Il a été enfoncé, par des collègues, par la principale, la recteur d’académie…
    qui ne seront officiellement ni coupables, ni même responsables…
    Pour moi, ils sont a minima complices

  10. Le titre est judicieux, pour passer la censure, mais les véritables responsables sont les politiques de presque tous bords qui persistent à nier le poids de l’islam dans leur couardise.

  11. Le sort de cet homme normal et bon nous attend tous si pas de réaction intelligente des français pour voter RN ou Reconquête en 2027 !!

    • Reconquête est plombé par Zemmour qui est trop clivant même si tout ce qu’il dénonce depuis longtemps est vrai. Et pourtant ce parti est tiré vers le haut par l’excellente Sarah Knafo. Je les préfère au RN

      • Vous avez raison mais entre deux maux il faut choisir le moindre. En apportant votre voix à un parti dont vous savez qu’il ne peut gagner, c’est une voix de plus pour la gauche… Comme ces gens « de droite » qui ont préféré voter Vassal à Marseille plutôt qu’Alisio et qui ont permis la victoire de Payan…

      • @mijuna : je suis d’accord avec vous, Zemmour a le tort d’avoir raison trop tôt mais trop clivant mais je préfère en effet, Sarah Knafo

  12. L ABANDON

    La critique en elle-même n’est pas vexatoire. Ne pas l’accepter comporte une part de culpabilité.

    Distinguer l’islamisme, et ses nombreuses variantes, de l’islam revient, comme pour l’hantavirus (par exemple, ou le covid), à ne considérer que le cas 0 et sa souche puis les cas-contacts en mettant de côté l’origine des dégâts : le rat.

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