Parlons-en, des fêtes ! Commerces en berne, cadeaux mal ficelés, Notre-Dame fermée. On n’en voit pas la fin, du flou de cette réforme du siècle. Le méli-mélo ferroviaire dure trop. Alors, on attendait, tout en n’en attendant rien, ces vœux présidentiels aux Français. Le Président n’avait pas parlé depuis longtemps. On espérait une parole précise.

Un peu de chaleur, pour commencer. Pas un lyrisme excessif. Mais un mot pour les marcheurs des rues, des carrefours, des villes, des campagnes aurait été bienvenu. Pour tous ceux qui n’auront pu être ensemble à Noël ni au jour de l’An. Ceux qui rament pour aller travailler. On attendait un peu de chaleur humaine de « proximité » : on a eu droit à la posture verticale du Président. Comme s’il n’y avait pas eu 23 jours de la grève de nos « mobilités » !

Il n’était pas très à l’aise, quand même. Faut dire qu’il y avait de quoi. Une perte des recettes dans les grands magasins, les restaurants, les commerces. Du monde dans les gares, les yeux fixés sur les pancartes où défilent les lettres « train annulé ». Les grilles de métro fermées. Le soir, le troupeau entassé dans les wagons aux heures de pointe. Certains prennent une trottinette. Pour eux, ça roule : tant mieux ! Quartiers déserts. Dans ma rue, le cordonnier continue, la tête penchée, à taper sur ses semelles. Peut-être tape-t-il sur du vide ? Les gens font de moins en moins ressemeler de vraies chaussures. Où sont les piétons d’antan ?

Au fort de Brégançon, on nous a dit et répété que le Président était très concentré sur sa tâche. Lors de ses vœux, nous avons la confirmation, un peu sèche, qu’il laissait le Premier ministre, Édouard Philippe, faire son travail : normal. Les tractations syndicales vont leur train : normal. Un journaliste empressé salue le volontarisme du Président, un autre joue le modérateur. On trouve déterminé : pourquoi pas ? Affirmatif ? Assurément. Boute-en-train en diable, non. Marlène Schiappa, interviewée à la fin de l’allocution, a fait la fête pour deux. La fête qui se poursuivra en 2022.

Les vœux, par définition, ne sont pas faits pour démoraliser les Français. Résumons. Tout va mieux, sinon bien. Il y aura, en 2020, plus de justice sociale, plus d’égalité pour les enfants et de fraternité dans la lutte contre les idéologies. Motus sur la dette exponentielle. Normal : le bonheur est sans histoire. Il faut de la paix, de la concorde, de l’unité. Les Français sont faits pour ça.

Quant au flou du projet de retraite, il devient un sfumato où chacun se retrouve. Suffit d’attendre le 7 puis les autres jours… tous les autres jours ? Les vœux présidentiels sont interchangeables d’une année à l’autre. Feu d’artifice sur les Champs-Élysées. Quelques cris dans la nuit à l’heure où tout bascule. La place de la Sorbonne, déserte, s’orne d’un magasin de peluches énormes. Notre vœu à nous, Français, pour cette année : la libre circulation des personnes. Le reste, on en est pourvu.

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