Editoriaux - Santé - 1 janvier 2020

Ne pas confondre soins de fin de vie et euthanasie

Le docteur Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF), est monté au créneau, il y a quelques jours, pour défendre un confrère généraliste accusé d’avoir utilisé du midazolam chez un patient en fin de vie. Il faut souligner le courage et l’honnêteté des propos de ce médecin syndicaliste, et s’étonner du silence prudent des autres syndicats. Comme il l’a souligné dans son interview dans Le Parisien, il ne s’agit pas de polémiquer une fois de plus en faveur ou contre l’euthanasie, mais simplement d’expliquer et de défendre la notion de soins en fin de vie.

Le rôle du médecin est d’apporter un soulagement dans une épreuve difficile et/ou douloureuse, et il se retrouve souvent dans cette situation avec un patient dont la mort est proche. Cela diffère de l’euthanasie, qui est un acte volontaire de mettre fin à la vie. Décision devant être prise par le patient lui-même afin d’abréger ses souffrances ou pour d’autres raisons qui lui sont personnelles. Dans ce cas, il s’agit d’un suicide pour lequel on sollicite souvent la participation d’un médecin, ce qui peut se discuter.

Mais dans l’affaire évoquée par notre confrère syndicaliste, il s’agit de justifier l’usage d’un médicament anxiolytique lorsque la fin d’une vie ne se compte plus qu’en heures ou en jours.

Comment blâmer un médecin qui veut empêcher un patient de souffrir physiquement et moralement ?

L’usage d’anxiolytiques et d’antalgiques (benzodiazépine et morphine, le plus souvent) se justifie pleinement lorsque l’état du patient le nécessite, ce qui est souvent le cas lors d’une pathologie douloureuse ou mortelle.

Il semble que ce soit davantage le produit employé que le principe même de la sédation pré-mortem qui ait provoqué le débat.

Le midazolam est un hypnotique sédatif puissant qui appartient au groupe des benzodiazépines, tout comme le Valium™, le Lysanxia™, le Xanax™ ou le Lexomil™, pour ne citer que les plus connus. Largement utilisé en milieu hospitalier en pré-anesthésie ou pour des sédations, il est également utilisé par voie orale pour la prise en charge des convulsions chez l’enfant. Il se caractérise par un mode d’action rapide et puissant, et par une amnésie rétrograde : le patient ne se souvient plus des événements qui se sont produits pendant la durée d’action du produit, ce qui a valu au midazolam le nom de drogue des violeurs, lorsqu’il fut utilisé mélangé à des boissons pour abuser de personnes à leur insu.

L’usage frauduleux du produit ne doit pas masquer ses qualités thérapeutiques, et comme le demande le docteur Hamon, on doit pouvoir l’utiliser (comme d’autres sédatifs) lorsque la nécessité de soulager efficacement un patient se fait sentir, et surtout ne pas faire d’amalgame entre soins de fin de vie et euthanasie.

À lire aussi

Covid-19 : assez de discours infantilisants !

Affirmer que le confinement permet de sauver une vie toutes les huit minutes relève d'avan…